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FNCL Quel grand saut après les quotas laitiers ?

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La question n’est déjà plus de savoir si les quotas laitiers disparaîtront ou non après 2015, car il n’y a plus de majorité en Europe pour en décider le maintien. Mais il est urgent de dire quel régime va leur succéder pour que chacun sache sur quel pied danser. Ce sentiment paraît le plus communément partagé par les différents professionnels en France et chez nos voisins que la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) a fait s’exprimer le 26 avril dernier à Paris.

L’année 2007 est décisive pour la filière laitière. Le bilan de santé de la PAC prévu début 2008 va en effet être précédé par une étude d’impact de la réforme de l’OCM lait adoptée à Luxembourg en 2003. Est-ce à dire que les quotas laitiers ne survivront pas à l’échéance 2014-2015 qui avait été obtenue alors et qu’ils seront relevés progressivement d’ici là ? La question est quasiment tranchée depuis que Mariann Fischer Boel, tout en assurant qu’il n’y aurait pas de sortie anticipée de ce régime, a suggéré que la non-reconduction du régime des quotas devait être annoncée suffisamment tôt pour que l’industrie et les producteurs puissent se préparer.

Il reste donc peu de temps pour examiner toutes les hypothèses d’évolution sur la période 2009-2014. En donnant la parole à ses partenaires professionnels des pays voisins, la dernière assemblée générale de la FNCL a eu le mérite d’éclairer le débat. Et de montrer les lignes de partage entre partisans d’une libéralisation rapide et tenants d’un système de régulation.

La position de la France est intenable

Le président Gérard Budin, en tout cas, au nom des coopératives laitières françaises, s’impatiente et juge que la France doit sortir de sa position officielle purement défensive jusqu’ici. Elle doit faire ses propositions sans trop tarder et obtenir que soient préservés des moyens, notamment contractuels et interprofessionnels, de maîtriser les volumes en fonction des marchés.

Les quotas laitiers ont-ils encore une pertinence ?, se demande le représentant du Copa-Cogeca, Stanislas Jas, quand pour un grand nombre de producteurs il existe des capacités de production non utilisées, estimées à 10 % sans investissements supplémentaires. Citant une étude néerlandaise, M. Jas a souligné à la tribune de la FNCL, que la valeur des quotas était en baisse dans de nombreux pays et que leur disparition entraînerait une chute du prix du lait de 5 à 10 %.

Ainsi, un pays comme l’Irlande ne peut voir d’un bon œil la disparition des quotas. Selon Catherine Lascurettes (Irish Farmers Association), si par le jeu de la fin des restitutions le prix à la production tombe à 22 centimes du litre, « nous n’aurons même plus 10 000 producteurs en Irlande » (contre 22 000 actuellement). Cette économie laitière étant plus vulnérable que d’autres parce que dominée par le beurre et la poudre et très dépendante des outils actuels de gestion du marché, le gouvernement irlandais a décidé d’aider à la restructuration et d’engager 114 M EUR pour cofinancer des investissements de diversification (290 millions) des transformateurs laitiers.

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Le porte-parole des industriels laitiers d’Allemagne, Eberhard Hetzner, qui n’apprécie guère ce genre de soutien à des entreprises alors que dans l’UE elles sont censées se battre à armes égales, juge vain de nourrir de faux espoirs chez les producteurs : « Une prolongation des quotas au-delà de 2015 est exclue puisqu’il n’y a d’ores et déjà plus de majorité pour prendre une telle décision », fait-il remarquer. En revanche les producteurs doivent être avertis au plus vite de cette disparition définitive pour pouvoir s’y préparer. Des solutions alternatives doivent être trouvées, en plaçant au centre de la réflexion les problèmes d’approvisionnement de l’industrie (accords contractuels entre laiteries et producteurs, accords entre groupements de producteurs, régulation par les pouvoirs publics). S’il voit plus d’opportunités que de risques dans cette évolution, du fait de la demande croissante des marchés (énormes besoins de la Chine, qui en 2015 importera entre 15 et 20 millions de tonnes d’équivalent lait, moindre capacité de l’Australie à revenir sur les marchés tiers), E. Hetzner s’inquiète des effets de la vogue des biocarburants qui pousse les plus gros producteurs allemands à abandonner la production laitière.

Ranger la « camisole de force »

Les Danois, eux, sont déjà dans l’après-2015. Leur système laitier est en voie de s’affranchir des mécanismes communautaires : il faut dire qu’un seul organisme, le Danish Dairy Board, gère la quasi-totalité du lait du pays et défend les laiteries tant au plan interne qu’à l’exportation (60 % des débouchés). Son représentant, Kristian Svendsen, s’est donc aisément prononcé pour l’arrêt des quotas, qu’il qualifie de « camisole de force » dans un pays qui se fait fort d’exporter sans restitutions. Avec ou sans quotas, l’exportation européenne va diminuer à cause de la croissance de la consommation interne, prévoit-il. Le commerce mondial augmentera moins que la production. A part l’Argentine, la croissance de la production viendra de pays peu ou pas exportateurs (Chine, Inde, USA). La palme de la compétitivité ira à une zone allant de l’Irlande à l’Ukraine en passant par un nombre limité de pays ou de régions d’Europe, en particulier là où les producteurs ont la volonté de se pérenniser (Danemark ou Pays-Bas plus qu’Angleterre ou Suède). Pour les Danois, en tout cas, le bilan de santé de la PAC doit être l’occasion d’une augmentation immédiate des quotas.

G. Budin : comment maîtriser les quantités

Au regard de ces multiples points de vue, comment la France peut-elle se projeter dans l’avenir ? Pour la Coopération laitière, en tout cas, « une politique de gestion de l’offre, de maîtrise des quantités produites en adéquation avec les marchés» reste au contraire indispensable. A ceux qui disent que le seul marché doit déterminer les volumes produits, le président de la FNCL réplique que le commerce mondial laitier ne pèse que 6 % de la production et ne peut donc être directeur des prix. Et que si on peut chaque année pousser ou retenir la production laitière, ce n’est qu’une fois dans sa vie que l’on entre ou que l’on sort de cette activité.

Sans se prononcer sur le moment où se situera l’échéance, le président de la FNCL prend comme un fait certain la disparition des quotas qui ont été gérés de façon administrée depuis 1984. « Leur suppression est devenue inéluctable non parce qu’ils n’ont pas réussi mais parce qu’ils sont coûteux, rigides et idéologiquement irrecevables pour la Commission. A trop vouloir gagner du temps, La France s’est mise dans une situation intenable, trop sur la défensive », déplore-t-il. Mieux vaut, selon Gérard Budin, reprendre l’initiative en formulant des propositions dès l’automne, à l’instar de la plupart de nos partenaires. Reste à savoir quel système pourrait prendre le relais du système actuel, car il n’est pas question, selon lui, de faire l’économie d’une politique laitière. Quelques principes doivent s’y retrouver : adéquation production-marchés, prix en correspondance avec les valorisations du marché, nouveau système de régulation reposant sur le contrat Entreprise/Production, encadrement de ces contrats par l’interprofession, avec une déclinaison par grands bassins de production. Et en complément, des mécanismes de gestion de crise seront nécessaires, voire des systèmes de marché à terme en Europe. Ainsi que le maintien, impératif, d’un stockage privé. Il y aura par ailleurs à débattre «sans tabous», au sein de l’interprofession, de la valorisation de la matière protéique et de la matière grasse et du paiement du lait à la matière sèche utile.

Ce disant, le porte-parole de la Coopération estime que l’outil interprofessionnel doit être non seulement maintenu mais développé car « plus les marchés se libéraliseront et les organisations de marché seront démantelées, plus ce sera aux acteurs économiques de s’organiser ». D’où le « soutien sans réserve » de la FNCL au projet de fonds interprofessionnel que porte la fédération des producteurs de lait et que critique pourtant vivement l’administration. De même, pour compenser les handicaps des zones de montagne, Gérard Budin ne croit pas qu’il suffise, comme le prétendent les fonctionnaires européens, de s’appuyer sur les financements – « limités » – du 2 e pilier de la PAC.