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Au fil des tables rondes... Quelle taille critique, pour quoi faire ?

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De premier exportateur mondial de produits agroalimentaires transformés, la France est devenue quatrième. Dans le même temps, certains secteurs, comme la viande, voient émerger de véritables mastodontes. Ce constat, corroboré par la mission Rouault, a été repris et enrichi de multiples façons lors des tables-rondes du colloque. La taille devient-elle un critère déterminant de la compétitivité des entreprises ? Y a-t-il d’autres voies que manger ou être mangé ? Eléments de réflexion.

Alors que se constituent des mastodontes comme JBS dans le secteur de la viande, la question de la taille critique est récurrente. Comment souvent, elle n’a pas la même signification au niveau macroéconomique que microéconomique. Si l’on aime voir la France en haut des classements, certaines entreprises réussissent justement parce qu’elles sont différentes des leaders du secteur, ne serait-ce que par leur taille. Tout est donc question de marché et de positionnement. L’exemple d’Agrial est frappant, tant les activités industrielles de la coopérative illustrent les différents positionnements qui peuvent être adoptés. « En quatrième gamme, le marché est européen. Avec Florette, nous avons une marque qui a passé les frontières, explique Ludovic Spiers, directeur général du groupe coopératif. Pour le cidre, notre marché est français mais nous commençons à nous poser la question de l’Europe. Enfin, en volaille, notre marché est régional et nous travaillons peu avec la grande distribution. »

Une réponse adaptée à chaque entreprise
Même sur les MDD, pour lesquelles on évoque souvent la structuration européenne du marché, les analyses sont nuancées.
Pour Marc Senoble, « quand on travaille sur des MDD, il faut être européen. Ce n’est pas une affaire de course au chiffre d’affaires mais de gestion du risque client grâce à un portefeuille le plus large possible ».
Gilles Charpentier, le patron de Meralliance, spécialiste du saumon fumé MDD, préfère pour sa part parler d’outil industriel adapté au marché plutôt que de taille critique. « En France, sur notre marché, ce qui compte, c’est le service et le fait de pouvoir fabriquer des produits très spécifiques, adaptés au marché. En Allemagne ou en Italie, on est sur des produits plutôt discount, produits en Pologne, pour lesquels la capacité à produire de façon très efficace et à proposer des prix très bas est essentielle. » Pour se positionner dans ce contexte, le français a développé une stratégie de filière (Label rouge, Auchan, Carrefour), qui lui permet de se différencier.
Pour Malteurop, premier malteur mondial (groupe Champagne Céréales), l’adaptation au marché prend une autre forme. « Notre présence mondiale nous donne l’accès à la matière première et la connaissance du marché. Dès lors, nous pouvons prendre en compte la volatilité comme une donnée de marché et construire une offre commerciale qui intègre la gestion de la volatilité comme un service », explique Alain Le Floch, directeur général.

Le financement
La question de la taille est évidemment très dépendante de celle du financement. Les coopératives présentes à AgroFinance trouvent toutes des solutions pour financer leur croissance. Tereos s’est récemment allié à Petrobras via sa filiale dédiée à la transformation de la canne et des céréales, Tereos internacional. Champagne Céréales a regroupé ses activités de transformation dans Siclae, qui vient de recevoir l’appui du FSI. Agrial a travaillé avec Rabobank pour être en mesure de financer une opération de croissance externe importante en quasi-fonds propres.
Dans le secteur privé, Marc Senoble, qui a repris le contrôle de 100 % de l’entreprise familiale après l’intervention de 3i, défend farouchement son indépendance quand Savena a recours aux fonds d’investissement depuis toujours. « Dans les ingrédients, vous pouvez être très petit localement et très heureux. Si vous êtes de taille moyenne, vous devez continuer à vous développer. Nous n’avions pas les moyens de nous développer sans ouvrir notre capital, rappelle Eric Terré, président de Savena. Alors les fonds changent mais le centre de décision reste bien chez nous, quoi qu’il arrive. »

Quel modèle à l’amont et à l’aval ?
De ces commentaires de chefs d’entreprises ressortent aussi des grandes interrogations sur les modèles que l’on veut défendre en France. « Nous défendons un modèle moyen dans l’agriculture. Pourquoi ne pas faire coexister des modèles différents avec des exploitations ultracompétitives, de la bio, de l’extensif ? Plusieurs modèles sont possibles mais quand on fait un choix il faut s’y tenir. » Voilà pour l’amont. La problématique de l’aval est différente mais on entend des commentaires similaires. « En Espagne, un distributeur comme Mercadona est très proche des besoins des consommateurs. En Allemagne, le hard-discount joue la carte de l’efficience industrielle et logistique. Entre les deux où est la distribution en France ? », s’interroge Marc Senoble, confiant dans le fait que certains enseignes vont faire évoluer leurs relations avec les industriels. Même son de cloche chez Serge Papin de Système U qui compare les logiques allemandes et italiennes.

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