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Financement Qui peut investir dans la filière porcine et porter son redéveloppement ?

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Tout n’est sans doute pas perdu pour la filière porcine française. À condition qu’elle se mette en bon ordre de marche. Ce qui pose inévitablement la question de moyens. Sont cités la BPI, des fonds comme Unigrains et Sofiprotéol, mais aussi les leaders du secteur.

Il faudrait, selon l’Ifip, 2,5 Mds EUR pour mettre l’élevage à niveau suite à une décennie de sous investissement. Les 100 M EUR annuels que la FNSEA souhaite collecter pour moderniser l’élevage peuvent être une première pierre, mais on restera loin du compte (après avoir envisagé une contribution volontaire, les céréaliers évoquent maintenant la possible mise en place d’une contribution volontaire obligatoire). « 2,5 Mds EUR, c’est un montant relativement proche du chiffre d’affaires annuel de la production porcine. Il faut mobiliser des collectivités, des fonds comme Unigrains et Sofiprotéol », conseille Michel Rieu.

Mettre en œuvre un plan à moyen terme

Il faudrait également moderniser les sites d’abattage découpe et les automatiser. Seules quelques entreprises ont vraiment débloqué des budgets dans ce sens pour l’instant parmi lesquelles Cooperl, Kerméné (Leclerc) ou encore Fipso. Et pour automatiser les sites, il faudrait sans doute en regrouper certains pour atteindre des volumes suffisants pour rentabiliser l’investissement. « La filière revendique le maintien de la production mais il n’est même pas sûr que cela soit possible. La réduction de la production est une menace qui pèse et qui rend les investissements difficiles à planifier. Des moyens ont été engagés, mais peut être pas suffisamment au regard de ce qui a été fait aux Pays Bas, au Danemark ou en Allemagne », souligne Michel Rieu. « Il faut s’organiser pour moderniser les outils que l’on conserve avec un plan à cinq ans. Pourquoi ne pas avoir recours à la BPI ? À des échanges capitalistiques entre les acteurs du secteur ? Malheureusement, la filière n’est pas mûre pour une telle solution collective. Il y a des discussions mais personne n’ose prendre le leadership d’une opération comme celle-là. Les acteurs se regardent en chien de faïence. Ils attendent que les autres chutent en espérant s’en sortir », se désole Guillaume Roué.

Quelle réalité derrière les discours politiques ?

On peut formuler un espoir. Que le discours des fédérations, par essence politique, ne reflète pas l’entière réalité du secteur. Et qu’au niveau microéconomique, certaines entreprises se préparent convenablement pour l’avenir. Cooperl, Kerméné (Leclerc) ou encore Fipso ont investi dans l’automatisation. « Le problème, c’est que l’on a enchaîné plusieurs années de faiblesse et que cela anesthésie un peu la créativité », commente un observateur. Cooperl, leader de la filière porcine en France, avec environ 20 % du marché, a racheté un réseau de commerce de détail, reconverti l’ancien site de Kerguelen sur la fabrication de plats préparés et de produits élaborés. Et malgré la fermeture de son site vendéen (38 emplois), le groupe devrait créer des emplois cette année. Emmanuel Commault, son directeur général, n’a pas souhaité répondre à nos questions, nous renvoyant vers les instances interprofessionnelles. Espérons que derrière ce silence se développent des projets d’avenir. Mais « les leaders n’ont peut être pas conscience de ce qu’il faut faire, peu- être pas de moyens, ou peut être trop d’interrogations sur le devenir de la production », souligne encore cet observateur. En attendant, la table ronde organisée par le gouvernement doit être l’occasion de dresser « un diagnostic commun et assumé », espère Michel Rieu. Gérard Viel, lui, espère que la filière réussira à se rassembler autour de ceux qui peuvent investir.

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