La Commission européenne a annoncé qu'elle allait « prochainement » rendre publiques deux études analysant la faisabilité et diverses options possibles pour l'étiquetage obligatoire du pays d'origine pour une série de denrées alimentaires dont des produits à base de viande. Réclamées par les associations de consommateurs mais également par plusieurs Etats membres et eurodéputés suite à l'éclatement de la fraude du « horse-gate » en 2013, ces études devaient en principe être publiées « au plus tard » le 13 décembre 2014.
L'Eurodéputée italienne Elisabetta Gardini s'est inquiétée de savoir où en étaient les travaux sur la possibilité d'étendre l'obligation de mentionner le pays d'origine de la viande de cheval. Le nouveau commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, a révélé que la Commission européenne allait bientôt publier un rapport sur la faisabilité d'un étiquetage obligatoire de l'origine d'une série d'aliments, y compris de la viande de cheval. La parlementaire PPE a fait observer au commissaire que le secteur de la viande chevaline en Italie, premier consommateur de viande chevaline en Europe, était confronté « à une grave crise de rentabilité dans la mesure où la production nationale est insuffisante pour répondre à la demande et que le pays se devait donc de recourir à l'importation de viande de cheval fraîche ou congelée en provenance d'autres pays ». Selon elle, ce serait « l'incertitude de la réglementation européenne sur l'étiquetage de la viande de cheval qui exposerait les producteurs italiens à la concurrence des autres pays et qui les empêcherait aussi de différencier systématiquement les produits “made in Italy” des produits concurrents ». Pour preuve, ajoute la députée italienne, « 30 millions de kg de viande de cheval ont été importés en Italie en l'absence d'une obligation de l'étiquetage de l'origine ».
DEUX ÉTUDES D'IMPACT EN PRÉPARATION
Dans sa réponse, le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, a rappelé que la rédaction d'un rapport sur l'étiquetage de l'origine d'une série d'aliments, y compris la viande de cheval, était prévue par le règlement 1169/2011 sur l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires (dont une grande partie est entrée en vigueur le 13 décembre 2014). Le commissaire irlandais a précisé que la Commission européenne a confié à des consultants externes la réalisation de deux études pour analyser les impacts de faisabilité et des diverses options possibles pour l'étiquetage obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance pour une série de produits : les types de viande autres que la viande bovine, le lait, le lait utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers, les produits comprenant un seul ingrédient, les ingrédients constituant plus de 50 % d'une denrée alimentaire et les denrées alimentaires non transformées. Le commissaire irlandais a tenu à souligner que le remplacement de la viande bovine par de la viande de cheval constitue « un acte frauduleux et non une quelconque lacune dans la réglementation européenne actuelle ». Il a aussi rappelé que suite au scandale du « horse-gate » de février 2013, plusieurs mesures avaient été prises par la Commission, y compris le renforcement de la capacité de la Commission à lutter contre la fraude alimentaire, l'instauration de contrôles officiels plus efficaces, la mise en place de « passeports » plus sûrs pour les chevaux ainsi qu'une meilleure coordination des contrôles.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les associations de consommateurs ont également pris des initiatives pour rendre obligatoire la mention de l'origine des viandes. Le Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs) a fait campagne du 2 au 30 septembre 2014 pour que l'étiquetage du pays d'origine soit étendu à toutes les viandes incorporées dans les aliments transformés vendus en Europe tels que les lasagnes, le jambon ou encore les nuggets. Selon le lobby des consommateurs, « pas moins de 9 consommateurs sur 10 souhaitent savoir où l'animal est né, a été élevé et abattu ». Il estime que le scandale de la viande de cheval a ébranlé la confiance des consommateurs dans leur alimentation et que rendre la chaîne d'approvisionnement en viande moins opaque « peut contribuer à restaurer cette confiance érodée et cela passe notamment par un étiquetage obligatoire de l'origine de la viande ».
PROFESSIONNELS ET ASSOCIATIONS DE CONSOMMATEURS IMPATIENTS
La Fédération nationale bovine (FNB) a demandé de son côté à la Commission européenne de se hâter pour rendre obligatoire la mention de l'origine de la viande dans les plats préparés, « une question « primordiale », selon elle. Les responsables de la FNB s'étonnent que, deux ans après la crise du « horse-gate », qui a fortement ébranlé la filière, l'Europe apparaisse « en panne » sur cette question pourtant majeure à leurs yeux. L'indication obligatoire de l'origine, disent-ils, sous forme du pays de naissance, élevage, abattage et transformation de la viande bovine en plats préparés constitue « une attente prioritaire des consommateurs ». La FNB appelle donc le Parlement européen, le Conseil des ministres de l'UE et la Commission européenne à rendre obligatoire l'étiquetage de l'origine des viandes dans les plats préparés, une mesure nécessaire pour assurer « la transparence de tout le secteur ».