A quelques mois de son départ à la retraite, Raymond Destin, le directeur général de la Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne (CIAA) explique la place que l’industrie doit prendre, à ses yeux, dans le combat contre l’obésité. Il s’inquiète par ailleurs du manque de moyens de son organisation face aux défis qui s’annoncent à Bruxelles.
Agra Industrie : L’industrie agroalimentaire est fortement attaquée sur les questions nutritionnelles. Pourquoi avoir organisé votre congrès d’octobre justement sur ce thème ?
Raymond Destin : Lors de ce congrès nous voulons montrer que l’industrie agroalimentaire est un partenaire constructif et ouvert dans le débat sur la nutrition. Un espace exposition présentera les initiatives développées par les compagnies, les fédérations nationales et les secteurs afin de promouvoir une bonne hygiène de vie et une alimentation équilibrée. Nous avons également prévu des sessions parallèles interactives, qui seront des lieux de débat et de propositions concrètes. C’est pour cela que nous avons demandé à des experts d’horizons très divers, y compris des professionnels de la santé, les consommateurs, les distributeurs, d’intervenir.
A.I. : Concrètement, les fabricants sont-ils prêts à revoir leurs pratiques ?
Raymond Destin : L’offre de produits « santé » est déjà très importante et des centaines de produits continuent à être modifiés pour réduire les portions, les quantités de sel ou de graisse. Mais ce processus n’est pas simple : nous devons tenir compte de certaines contraintes, notamment en matière de goût et de conservation des aliments. Par ailleurs, nous sommes prêts à renforcer l’information des consommateurs, pas seulement sur les emballages, mais aussi via d’autres moyens tels que des sites Internet, des lignes vertes et dans les points de vente. Pour autant, quoi que nous fassions, il faut l’accepter : l’industrie n’est pas seule responsable. L’alimentation relève avant tout d’un choix personnel et les consommateurs ont un rôle clef à jouer. C’est pourquoi l’éducation, dès le plus jeune âge, est primordiale.
A.I. : Pouvez-vous aller au-delà de ce que vous faites aujourd’hui ?
Raymond Destin : Nous ne le pourrons pas seuls. Nous pensons qu’un partenariat est nécessaire. Réunissons à une même table les pouvoirs publics, les consommateurs, le commerce, les industries et les ONG concernées pour prendre le problème de l’obésité à bras le corps sur le long terme et de façon rationnelle. Au niveau européen, les premiers résultats d’un tel travail devraient apparaître fin octobre : nous allons participer à un atelier de travail organisé par la Commission européenne avec tous les autres partenaires, dont les associations de consommateurs. L’objectif pour nous est d’y présenter des bonnes pratiques, issues des actions des entreprises sur le terrain. Les propositions issues des sessions parallèles du congrès pourront en faire partie.
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A.I. : Pensez-vous que la prochaine Commission européenne sera moins hostile à l’égard de l’industrie dans ses propositions législatives, notamment sur les allégations ?
Raymond Destin : Je crois que nous pourrons avoir un partenariat constructif avec la plupart de nos interlocuteurs, en particulier la direction générale Santé et Protection des consommateurs. Concernant les allégations, nous ne sommes pas opposés à une législation, au contraire. Nous voulons qu’un texte pratique et cohérent émane de ce projet. Plutôt que contraindre et réglementer, il faudrait que l’Europe apprenne à promouvoir et positiver. L’objectif de l’industrie n’est pas d’induire les consommateurs en erreur ! En revanche, nous n’accepterons pas d’investir pour innover si nous ne sommes pas certains, au terme de plusieurs années de recherche et de procédure d’autorisation, de pouvoir communiquer le résultat de cette innovation au consommateur.
A.I. : Estimez-vous que votre compétitivité est aujourd’hui menacée ?
Raymond Destin : Nous soutenons pleinement le développement durable, la protection de l’environnement à condition de pouvoir maintenir notre compétitivité. L’industrie a besoin d’un cadre harmonisé et cohérent lui permettant d’innover et qui l’encourage à investir. Il faut aussi que les matières premières soient disponibles à des prix compétitifs. Les grandes entreprises disposent toujours d’une plus grande marge de manœuvre. Elles peuvent faire le choix de se développer hors d’Europe où la croissance est plus dynamique et l’environnement réglementaire plus clément. Les entreprises de taille modeste, elles, ont moins le choix et auront plus de difficultés à maintenir leur compétitivité si l’environnement européen ne leur est pas favorable.
A.I. : La CIAA a-t-elle, à l’heure actuelle, les moyens de faire entendre tous ces messages ?
Raymond Destin : Par son chiffre d’affaires, l’agroalimentaire est le premier secteur industriel de l’Union européenne. Il est sous-équipé en terme de présence à Bruxelles. Il est important de réaliser que l’importance de Bruxelles dans le domaine alimentaire ne diminuera pas. Le nombre de dossiers dans lesquels les institutions européennes s’impliquent est en augmentation. La CIAA est en train, à l’heure actuelle, de se réorganiser afin de tenir compte de ces évolutions et de se donner les moyens de répondre à une demande accrue. Grâce à une forte représentation à Bruxelles et une action ciblée et coordonnée des fédérations nationales et des secteurs, les messages de l’industrie agroalimentaire auront un retentissement plus important, en ligne avec son poids économique. Les changements politiques actuels à la tête de l’Union européenne sont l’occasion idéale pour accélérer ce processus.