En ces temps où l’Europe a perdu de sa légitimité pour ses citoyens, la Pac ne peut-elle être l’occasion de refonder une Union acceptée par tous ? Oui, répond en substance Patrick Ferrère, délégué général du think tank saf agr’iDées et ancien DG de la FNSEA. Pour lui, la politique agricole commune, qui absorbe le principal budget de politique européenne peut justement être un motif de renouveau pour l’Europe. Mais ceci à trois conditions.
La Pac nouvelle manière doit devenir une sorte de « code de la route », intégrant notamment les normes environnementales et de bien-être animal, normes reconnues légitimes par les citoyens. Ce code devrait alors s’imposer à tout agriculteur de l’Union européenne. « Motif de fierté » pour l’agriculteur, ce code, le même pour tous, avec des sanctions identiques en cas de manquement, « justifierait, face aux produits des pays tiers, le règlement d’un soutien direct à l’hectare pour les agriculteurs de l’UE ».
Deuxième condition, un soutien volontariste aux herbages. Si l’herbe incluse dans les zones défavorisées (montagnes, zones humides, etc.) est déjà aidée, cette nouvelle Pac doit encourager le maintien des herbages de production par ailleurs, de manière à éviter leur retournement et leur transformation en terre de grandes cultures. Une façon, là encore, de légitimer cette Pac aux yeux des citadins. « Donnons toute sa valeur à l’herbe, écrit Patrick Ferrère, en sachant y consacrer des moyens financiers sous forme de soutiens directs conséquents à l’hectare. »
La troisième condition affirmée par l’ancien DG de la FNSEA est de réduire ce qu’on appelle la subsidiarité laissée aux États, autre mot pour signifier une renationalisation. Aujourd’hui, « ces orientations peuvent être totalement ignorées, sous couvert de décisions nationales, créant des distorsions de concurrence entre agriculteurs et une incohérence dans le suivi des orientations données par l’UE". Pour le délégué général de Saf agr’iDées, il faut imposer aux États de mobiliser par objectif une proportion minimale de leur budget consacré aux soutiens directs ».
Responsabiliser des pratiques vertueuses
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Ainsi, « en responsabilisant des pratiques vertueuses au sein d’un code de la route européen, le lien entre agriculteur et environnement retrouve toute sa place, et les contraintes administratives s’allègent », explique Patrick Ferrère. En même temps, cette ré-européanisation de la Pac permettrait de la conforter en lui redonnant une nouvelle légitimité, à elle comme à… l’Europe.