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La Fop s’étonne de la décision du ministre de l’Agriculture
La Fédération des producteurs d’oléoprotéagineux (Fop) s’est dite étonnée de l’annonce faite le 1er juin par Stéphane Le Foll d’envisager le retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR utilisée pour l’enrobage des semences de colza. Cette décision « me semble disproportionnée par rapport aux conclusions contenues dans le rapport de l’Anses », a déclaré Gérard Tubery, président de la Fop, dans un communiqué daté du 1er juin. La fédération estime « nécessaire » que les producteurs disposent de moyens de protection des cultures efficaces, qui leur permettent d’avoir les mêmes solutions que leurs homologues européens. « Le retrait unilatéral d’une molécule doit aussi s’apprécier dans un contexte de concurrence intra-européenne et ceci, d’autant plus que l’agriculture est un atout majeur pour la croissance et la reprise économique dans notre pays », a rappelé Gérard Tubery. La France pourrait devenir le seul pays à interdire l’insecticide alors qu’il est autorisé au niveau européen.
Quid des autres Cruiser ?
À la suite de la déclaration de Stéphane Le Foll, le président de l’Union nationale de l’apiculture française, Olivier Belval, a estimé que le verre était à moitié vide. Les apiculteurs attendent en effet que l’interdiction soit élargie à tous les Cruiser utilisés en France, a-t-il indiqué. Le thiamethoxam, molécule active du Cruiser OSR, est aussi celle des autres Cruiser, utilisés sur le maïs, la betterave ou les pois. « Il n’y a aucun Cruiser interdit en France, alors que l’Italie a interdit tous les néonicotinoïdes, la famille de pesticides dont fait partie le Cruiser », a-t-il affirmé. Dans son rapport, l’Anses précise qu’en France le thiaméthoxam est autorisé en traitement de semences pour les cultures de maïs (Cruiser 350), de betterave (Cruiser 600 FS), de pois (Cruiser FS) et de crucifères oélagineuses (Cruiser OSR), et que seules ces dernières, comme le colza, « sont des cultures nectarifères dont les fleurs sont accessibles aux abeilles pour le butinage ». Une étude a même été précisément réalisée sur le liquide de guttation des feuilles de maïs : les essais ont montré qu’il ne s’agissait pas d’ « une source d’abreuvement attractive et utilisée par les abeilles » et donc que le risque sur les abeilles butineuses était « peu probable ».
La Coordination rurale réclame plus de vigilance
La Coordination Rurale et l’Organisation de producteurs de grains s’interrogent, dans un communiqué daté du 1er juin, « sur le sérieux de certaines autorités qui délivrent ou retirent des molécules du catalogue phytosanitaire », s’étonnant en effet qu’une autorisation de mise sur le marché qui a été délivrée il y a un peu plus d’un an (le 3 juin 2011), puisse être retirée en aussi peu de temps. « Si ce produit était toxique, pourquoi a-t-il été autorisé ? Si au contraire il ne l’est pas, pourquoi le retirer ? Surpuissance des environnementalistes ou surpuissance de la phytochimie ? ». La centrale agricole attire l’attention du ministre de l’Agriculture « sur cette carence » et demande « une plus grande vigilance ».
La Confédération paysanne salue l’interdiction mais attend d’autres mesures
Dans un communiqué du 5 juin, « la Confédération paysanne accueille favorablement l’annonce faite par le ministre de l’Agriculture d’un retrait de l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le Cruiser OSR sur colza ». Cependant le syndicat agricole ne se satisfait pas entièrement de cette mesure, et « demande un retrait de tous les pesticides à base de néonicotinoïdes ». Selon la Confédération paysanne, ces produits « contaminent largement l’environnement, persistent dans les sols, sont extrêmement toxiques pour de très nombreux insectes pollinisateurs et auxiliaires des cultures ». Enfin, la Confédération paysanne argumente qu’ « il existe des alternatives à l’utilisation des pesticides, mais pas à l’action des insectes pollinisateurs ! ».