FNSEA : Le gouvernement doit « se mouiller »

« Imaginons que l’Afssa en soit venue à dire que le maïs MON810 présentait un risque pour la santé humaine, et nous serions rentrés dans une crise mondiale ! », a plaisanté Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, en conférence de presse le 12 février à Paris. Pour le responsable, « il est temps que le gouvernement se mouille ». L’Etat doit prendre ses responsabilités vis-à-vis du consommateur, de Monsanto et des producteurs en fixant les règles du jeu. « Il faut sortir du dogme à la Bové », a-t-il commenté. Pour gagner du temps, Jean-Michel Lemétayer a estimé que « le gouvernement aurait dû mettre en place la haute autorité sur les OGM ».

Au niveau européen, les Etats membres ont trop longtemps laissé faire la Commission européenne sur le dossier, selon le responsable. « Il faut que les Etats et les gouvernements disent ce qu’ils pensent d’un dossier devenu plus politique que scientifique », a-t-il affirmé.

Une harmonisation de la réglementation lui semble indispensable, même si les Etats membres conservent une certaine latitude pour définir les modalités de la mise en production. Le syndicaliste a par ailleurs jugé qu’il ne fallait pas « se moquer du monde ». Autrement dit, il faut rester transparent vis-à-vis du consommateur. « L’essentiel du soja importé en France vient des Etats-Unis et du Brésil », a-t-il souligné. Des pays où la culture de variétés transgéniques est largement répandue. « On peut avoir de la cohérence au niveau de la politique européenne », a-t-il noté. Ce qui impliquerait de développer la production de protéines végétales dans les Vingt-Sept. « Mais ce n’est pas un sujet européen », a souligné le président de la FNSEA.

Coordination rurale : « une expertise à courte vue »

La Coordination Rurale, elle, « s’inquiète de la carence en matière d’expertise globale pour la sécurité sanitaire ». « On ne peut pas se contenter de l’avis de l’Afssa concernant l’innocuité prouvée ou apparente de l’ingestion du MON 810 par les animaux extrapolée aux êtres humains. En effet, la question posée quant à l’autorisation de culture à grande échelle du maïs MON 810 est beaucoup plus large, puisqu’il s’agit de savoir si celle-ci risque d’avoir des impacts négatifs sur l’équilibre de la faune et de la flore », réagit le syndicat présidé par François Lucas. La CR regrette que l’avis de l’Afssa « ne soit que parcellaire » et « ne prenne pas en compte la globalité des problèmes induits par les OGM et le MON 810 en particulier ».

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Le syndicat demande aux pouvoirs publics de mettre « enfin en place une autorité qui fasse la synthèse entre la qualité, l’intégrité ou la détérioration de l’environnement et la santé de ceux qui y vivent ».

Gnis : « Oui à un retour à la raison »

Les professionnels des semences et de la protection des plantes (Gnis, Oleosem, Seproma, UIPP) plaident pour « un retour à la raison ». « L’Europe et surtout la France ne doivent pas rater le train de l’innovation et du progrès agricole. Les agriculteurs français et européens doivent enfin pouvoir avoir le libre choix de leur mode de production (conventionnel, bio ou OGM) », indique Philippe Gracien, porte-parole des professionnels. « Il est urgent que des décisions, basées sur la science et le courage politique, soient enfin prises pour permettre aux agriculteurs français de disposer de tous les outils qui leur permettent de faire face aux défis alimentaires et environnementaux des années à venir », ajoute-t-il.

Ecologistes : l’Afssa instrumentalisée (Greenpeace)

« On peut légitimement s’étonner de la fuite organisée d’un rapport soi-disant secret, quelques jours avant que le sort de la clause de sauvegarde française soit discuté à Bruxelles », observe Arnaud Apoteker de Greenpeace France. « Cette fuite est un coup bas des lobbies biotechnologiques visant à affaiblir M. Borloo, mais aussi à inciter les autres Etats membres de l’UE à voter contre les moratoires nationaux, ajoute-t-il. On ne peut que mépriser de telles pratiques et encourager le ministère français à défendre au nom du peuple français son opposition à des cultures potentiellement dangereuses et mal évaluées devant les institutions européennes. » France Nature Environnement (FNE) qualifie de « politique, pas scientifique », l’avis de l’Afssa. « D’un point de vue scientifique, ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est qu’on est un dans un contexte d’incertitude : il y a des controverses entre experts, il y des doutes, il y a des connaissances fragmentaires », déclare Arnaud Gossement, porte-parole de FNE. Pour Corinne Lepage, présidente du parti écologiste Cap21, le rapport de l’Afssa « est une opération de manipulation » digne des « années Tchernobyl ».