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Réactions professionnelles : un rattrapage qui masque des situations difficiles

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Chambres d’agriculture : « Une année de rattrapage mais des inquiétudes pour l’avenir »
« Les résultats semi-définitifs de 2009 des comptes de l’Agriculture ont été fortement revus à la baisse, en raison de la réévaluation du coût des intrants, signe de la gravité de la crise économique mondiale », soulignent les chambres d’agriculture dans un communiqué. « Cette forte variabilité interannuelle (...) nécessite « de mettre en place des outils de gestion de l’instabilité, comme des outils fiscaux, des filets de sécurité ou des aides flexibles, s’adaptant à la conjoncture pour aider les plus fragiles », réclament les chambres d’agriculture. « La situation de l’élevage bovin et de la viticulture reste très difficile » rappellent les établissements consulaires. « La forte remise en cause des décisions d’investissement en 2010 (-16%) aura un impact négatif sur la performance de l’agriculture et de toute la chaîne alimentaire française ». Face à ces inquiétudes, « il est urgent d’instaurer une meilleure complémentarité des filières ainsi qu’une véritable politique de l’élevage, secteur qui sera d’autant plus touché du fait de la sécheresse en 2011 ».

Coordination rurale : « Les revenus des agriculteurs sont ballottés par le marché mondial »
Les chiffres annoncés par la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation pour le revenu des agriculteurs sont « édifiants » pour la Coordination rurale (CR) : « Après une baisse encore plus forte que prévu pour 2009 (- 36,6 %, soit un revenu deux fois moindre qu’en 2002), elle table désormais sur un quasi doublement du revenu en 2010 (+ 96,2 %)… qui reste cependant inférieur de 12 % à celui de 2007 ». « Cela est symptomatique du malaise profond qui touche le secteur stratégique et vital qu’est l’agriculture : la dérégulation des marchés et la volatilité des prix qu’elle induit, ballote les revenus des agriculteurs au gré des fluctuations des cours mondiaux tout en créant des énormes distorsions entre les différentes productions », dénonce le syndicat. Ce sursaut de 2010 n’inverse pas la tendance moyenne : « l’indice de variation du revenu par actif agricole français reste inférieur à celui de l’UE des 27 et le revenu des exploitations est à son niveau du début des années 90 ». Par ailleurs, « l’observation des résultats par type d’exploitation illustre de manière criante l’imposture du Bilan de santé de la Pac », souligne la CR. « Les revenus des céréaliers ont baissé (- 8,6 % en cumul triennal sur 2007-2010), mais les éleveurs de bovins (-16 % par an depuis 5 ans) et d’ovins viande (15 000 € de revenu annuel) n’en ont pas beaucoup profité ».

Confédération paysanne : « Les éleveurs toujours à la peine »
« L’incapacité politique à résoudre le désordre de la spéculation, et les conclusions du G20 agricole qui n’y changeront rien, trouve sa traduction dans les comptes provisoires de l’agriculture 2010. Si le résultat courant avant impôts des paysans s’élève en moyenne à 24 300 euros, il y a de grandes disparités » : 41 200 euros pour les grandes cultures, 21 300 euros pour les producteurs de lait, 15 200 euros pour les éleveurs ovins et 14 300 euros pour les éleveurs de bovins. Le revenu des éleveurs de productions hors sol végète à 17 400 euros. « La cause revient en partie aux prix des aliments du bétail qui progressent fortement », explique le syndicat. « Les productions ovines, bovines et porcines génératrices d’emplois et d’un chiffre d’affaires de 10,9 milliards d’euro, semblent peu considérées par les politiques », dénonce la Confédération paysanne. « Ce chiffre d’affaires est pourtant supérieur à celui de l’ensemble des céréales qui s’élève à 10,5 milliards, du lait à 8,1 milliards ou des vins d’appellation d’origine contrôlée à 7,5 milliards », rappelle la Confédération paysanne. « Ces chiffres suffisent à rappeler au ministre de l’Agriculture, l’incapacité financière de nombreux éleveurs à supporter les conséquences de la sécheresse 2011 et l’achat de fourrages de substitution livrés à la spéculation », conclut le syndicat.