Les petites et moyennes exploitations ne doivent-elles pas être au centre de la Pac de l’après-2020 ? Des analyses et prises de position commencent à aller dans ce sens.
Les dirigeants des organisations agricoles et coopératives majoritaires de l’UE (Copa-Cogeca) devaient avoir les 21 et 22 avril un premier échange de vues sur la Pac de l’après-2020, dossier qui fait d’ores et déjà l’objet de multiples réflexions un an et demi à peine après l’entrée en vigueur de la dernière réforme (1). La nécessité de centrer cette réforme sur les petites et moyennes exploitations est soulignée par une étude réalisée pour le Parlement européen et par un projet de rapport de sa commission de l’agriculture.
Copa-Copeca : pas de « décisions hâtives »
À ce stade, selon le Copa-Cogeca, « il est important d’identifier les besoins en termes politiques, en lien avec les intérêts de la société civile et les autres politiques de l’UE, et de s’accorder sur ce que devraient être les objectifs de la Pac pour la période post-2020 ». Tout en tenant compte de l’exercice en cours de simplification de cette politique, y compris celle du verdissement qui doit être annoncée dans les mois à venir par la Commission européenne.
« Des décisions hâtives basées sur une analyse erronée ou incomplète ne sont dans l’intérêt de personne, et surtout pas celui des agriculteurs et de leurs coopératives », avertit le Copa-Cogeca. « Compte tenu des pressions économiques aujourd’hui, les structures agricoles évolueront. Il y aura vraisemblablement deux tendances parallèles pour la concentration et l’intégration. Dans quelle mesure devrions-nous favoriser ce développement ? Ou devrions-nous simplement croire que le marché ira dans la bonne direction ? ».
Valeur ajoutée et emploi
« Les fonds de la future Pac devront soutenir davantage les petites et moyennes exploitations, qui, généralement plus diversifiées, plus économes et autonomes, plus aisément transmissibles, sont plus efficaces en termes de création de valeur ajoutée et d’emplois sur les territoires », affirme le socialiste français Éric Andrieu, dont le rapport sur « la façon dont (cette politique) peut améliorer la création d’emplois dans les zones rurales » sera discuté le 26 avril par la commission de l’agriculture du Parlement européen (2).
Quant à la Pac actuelle, elle devrait, selon le député, « encourager les États membres à renforcer leur soutien aux petites et moyennes exploitations, notamment en recourant davantage au paiement redistributif, et instaurer systématiquement le plafonnement des aides à 150 000 € ».
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Halte aux « méga-exploitations »
« L’UE a besoin d’une politique agricole inclusive et non pas sélective », plaide une étude commandée par le Parlement européen pour alimenter la réflexion d’un atelier de travail organisé récemment par sa commission de l’agriculture. Principale recommandation des auteurs : « La croissance agricole et le développement rural doivent de nouveau se fonder sur la vaste majorité d’exploitations familiales petites et moyennes ».
« Au lieu de soutenir essentiellement les grandes entreprises high-tech, la politique agricole devrait donner à toutes les exploitations la possibilité de se déployer et de se développer – en particulier lorsqu’elles se conforment aux besoins de la société », souligne l’étude qui analyse les changements structurels de l’agriculture dans l’Europe de l’Ouest et dans l’Europe centrale et orientale ainsi que la position des producteurs dans la chaîne alimentaire.
Une telle réorientation impose de « repenser les interrelations entre les piliers 1 et 2 de la Pac », ajoutent les auteurs, le premier devant être « intégré dans la logique » du second, et « remanié en fonction ».
Pour protéger le caractère inclusif de cette nouvelle Pac, « l’augmentation des méga-exploitations doit être freinée, car elles risquent de pousser hors du marché les exploitations familiales et d’éloigner encore plus l’agriculture des objectifs de société », conclut notamment l’étude.
(1) Voir n° 3541 du 11/04/16
(1) Voir n° 3532 du 08/02/16