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Spéciale Rétrospective Recherche : Ce qui s’est passé en août

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Séance de rattrapage pour tous ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité de cet été avec Agrafil : retrouvez l’essentiel de nos informations parues ce mois d’août, hormis celles dont l’actualité se poursuit et qui vous ont été développées dans le numéro précédent ou dans celui-ci.

AgroParisTech et l’INRA se lancent dans l’agriculture urbaine
Optimiser la production de légumes sur le toit : c’est le pari fait par l’école AgroParisTech, l’association Trois potagers et l’Institut national de recherche agronomique (Inra). Les trois acteurs se sont précisément penchés sur la conception de différents substrats de cultures issus de matériaux locaux. L’objectif étant d’en comparer les productions obtenues, les évolutions physico-chimiques et les éventuels polluants (métaux lourds) issus des substrats ou de la pollution atmosphérique, qui pourraient se retrouver dans les produits récoltés. Les légumes choisis sont la tomate et la salade. Or, les premiers résultats de cette expérimentation ont montré que les apports d’organismes exogènes (vers de terre, mycélium de pleurotes) favoriseraient une meilleure dynamique de minéralisation de l’azote. Les substrats composés de déchets de bois, de compost et de marc, assemblés en couches, permettent d’obtenir un meilleur rendement et sont plus durables dans le temps que les mélanges ou le terreau témoin. Cette expérimentation lancée en 2012 va être poursuivie, note l’Inra sur son site Internet, pour recueillir des données agronomiques plus approfondies ainsi que des données pertinentes sur les risques de pollution atmosphérique pour des cultures conduites à proximité de trafic routier.
 
Le Conseil d’État annule le moratoire français sur le maïs OGM Mon810
Le Conseil d’État a annulé, le 1er août, l’interdiction de cultiver sur le territoire français le maïs transgénique MON810. Motif : « le ministre de l’Agriculture a commis plusieurs erreurs manifestes d’appréciation », en estimant que les conditions posées par Bruxelles pour « l’adoption de mesures conservatoires étaient remplies ». Le Conseil d’État explique que, selon la jurisprudence européenne, un État membre ne peut activer un moratoire « qu’en cas d’urgence et en présence d’une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l’environnement ». Ce risque devant être « constaté sur la base d’éléments nouveaux reposant sur des données scientifiques fiables. » Or pour le Conseil d’État, ni l’avis rendu par l’Autorité européenne de sécurité des aliments sur la question (le 8 décembre 2011) « ni aucun autre élément du dossier ne permettait de caractériser un tel risque ». Le Mon810 a obtenu une autorisation européenne de mise en marché en 1998. En 2007 puis en 2008, la France a pris des arrêtés pour interdire sa culture sur son territoire, tous deux annulés en septembre 2011 par le Conseil d’État. Cette nouvelle décision vient annuler le décret pris à nouveau par le ministre de l’Agriculture le 16 mars 2012. Le Conseil d’État rappelle avoir été interpellé par l’Association générale des producteurs de maïs.
 
OGM Mon810 : le gouvernement promet une décision « avant les prochains semis »
Après l’invalidation par le Conseil d’État du moratoire français sur le maïs OGM Mon810, les ministres de l’Agriculture et de l’Écologie ont assuré, le 1er août, qu’une « décision sera prise avant les prochains semis qui auront lieu entre avril et juin 2014 ». Ils ont rappelé l’engagement du gouvernement : « maintenir le moratoire sur la mise en culture de semences OGM, afin de prévenir les risques environnementaux et économiques pour les autres cultures et l’apiculture ». Ils affirment travailler sur « de nouvelles pistes pour créer un cadre réglementaire adapté durablement au respect de ces objectifs ». L’AFBV, l’Association française des biotechnologies végétales plaide contre un nouveau moratoire. Il serait « nuisible à la compétitivité de l’agriculture française et à la préservation de l’environnement » et serait vu, selon elle, comme une façon de « sacrifier les OGM pour sauvegarder (l’)accord avec les Verts. » Pour l’AFBV, la coexistence entre cet OGM et le maïs conventionnel est « légale » et « parfaitement viable si l’agriculteur respecte les bonnes pratiques agricoles préconisées », voire « souhaitable pour lutter efficacement contre la pyrale ». La coexistence, c’est justement ce que fustigent les détracteurs des OGM. Plusieurs organisations environnementales, agricoles et apicoles, (dont la Confédération paysanne, la Fédération nationale d’agriculture biologique, FNE, Greenpeace, Réseau semences paysannes et les apiculteurs de l’Unaf) ont demandé au gouvernement, dans un communiqué commun, « des mesures d’interdiction définitive des cultures d’OGM, à l’instar de 8 pays européens. »
 
Blé tendre : l’Inra met en évidence la capacité d’adaptation des semences paysannes
Dans son bimestriel « Presse Info », l’Inra met en évidence la capacité d’adaptation des paysannes en agriculture biologique ou à bas niveau d’intrants, a indiqué l’Inra début août. Des chercheurs de l’Inra Versailles-Grignon et de Rennes, dans le cadre du programme de recherche européen Farm Seed Opportunities (FP6), ont montré qu’au terme de trois années de culture dans huit fermes de France, des Pays-Bas et d’Italie, certaines variétés paysannes de blé tendre ont évolué sensiblement et se sont montrées aussi performantes que les variétés « modernes ». Une variété paysanne est généralement « diversifiée et évolutive », non inscriptible au catalogue officiel, contrairement aux variétés modernes, du fait de son hétérogénéité génétique, rappelle l’institut. « Dans certains cas, des variétés de pays, historiques ou mélanges fermiers se sont montrées aussi performantes agronomiquement que les variétés modernes », rapporte le bimestriel. Ainsi, la variété Rouge de Bordeaux se comportait bien partout avec notamment une teneur en protéines supérieure, « offrant de nouvelles perspectives aux agriculteurs européens ». Une illustration de la capacité de ces blés à s’acclimater en dehors de leur zone d’origine. Les agriculteurs « pourraient contribuer à améliorer les performances des variétés de pays, historiques ou mélanges fermiers dans un environnement moins prédictible », conclut l’Inra.
 
Compétitivité : la Recherche profite à la filière plantes à parfum
Les producteurs de plantes à parfum, notamment de sauge sclarée, devraient voir leurs revenus augmenter d’au moins un tiers et la filière peut se targuer d’une efficacité d’extraction qui augmente de 40 %. Un résultat important dans un secteur où la concurrence internationale est des plus vives. La raison de ce succès ? L’aboutissement d’un travail de longue haleine entamé depuis 2006 avec le pôle de compétitivité Pôle Pass Parfums, Arômes Senteurs Saveurs et qui vient de se terminer. Pour s’adapter à l’évolution des marchés, le porteur du projet, la société Bontoux, souhaitait réorienter la culture de la sauge sclarée, 3e plante à parfum après la lavande et le lavandin. C’est-à-dire passer de la production d’huile essentielle à des composants adaptés à la parfumerie. Toute la chaîne, de la production en passant par l’extraction et la valorisation des co-produits, a été regardée à la loupe avec les moyens les plus modernes comme l’identification des gènes impliqués dans la synthèse et la sécrétion du sclaréol, le composant recherché.
 
Premier steak né en laboratoire à partir de cellules musculaires de vache
« Notre burger est fabriqué à partir de cellules du muscle prélevées directement sur la vache », a déclaré le 5 août Mark Post, scientifique néerlandais de l’Université de Maastricht. Son équipe a créé in vitro un steak de 142 grammes pour un coût de 250 000 euros : il s’agit de l’assemblage de 20 000 minuscules tranches de viande cultivées en laboratoire auquel les chercheurs y ont ajouté de la chapelure, du sel, du jus de betterave, du safran et de la poudre d’œuf. L’objectif ? Obtenir une apparence, une consistance et un goût les plus proches possible d’un steak naturel. Pour Mark Post, l’enjeu est de taille : « la demande en viande va doubler dans les quarante ans qui viennent. Aujourd’hui, nous utilisons 70 % de nos capacités agricoles à la production de viande. Il est facile de comprendre qu’il nous faut trouver des alternatives ».
 
La FNB vent debout contre le steak éprouvette 
« La Fédération nationale bovine (FNB) s’élève contre toutes ces falsifications et rappelle l’enjeu majeur de l’emploi lié au maintien de l’activité d’élevage sur les territoires », indique la FNB dans un communiqué daté du 6 août, au lendemain de la dégustation du premier steak sorti d’un laboratoire de Maastricht. Les éleveurs sont particulièrement choqués : « Une nouvelle fois, leur activité est décriée sur des bases totalement infondées ». La FNB dément les raisons écologiques que listent les chercheurs pour légitimer leur steak in vitro. « Il est faux de dire que 15 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un kg de bœuf, que l’élevage émet 18% des gaz à effets de serre et que l’élevage bovin mobilise 70% des terres », soutiennent les professionnels. Par ailleurs, les moyens de fabriquer ce « faux-steak » sont loin de correspondre aux attentes et aux exigences des consommateurs. « Les cellules souches sont développées en incubateur dans un milieu de culture mélangeant acides aminés, sucre, facteurs de croissance, hormones et sérum fœtal de veau », rappelle la FNB.

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