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Céréales Réduire les coûts logistiques grâce au développement durable

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Souvent vu comme une contrainte par les entreprises, le concept de développement durable peut aussi aider à faire des économies. Particulièrement en ce qui concerne la logistique. Deux pistes de réflexion pour cela : mieux raisonner les tâches et, lorsque c’est faisable, faire appel à des moyens de transport moins polluants.

Réduire ses coûts logistiques en pensant « développement durable », c’est possible. A l’occasion d’une table ronde organisée lors des journées techniques de l’Aemic (Association des anciens élèves des écoles des métiers des industries céréalières), les 15 et 16 octobre à Reims, Jean-Pierre Cochet, directeur du groupe Cohésis, a présenté quelques-uns des résultats obtenus par son entreprise. « Grâce à un système d’échanges, nous avons trouvé des solutions pour que nos adhérents s’arrêtent dans le silo le plus proche de leur ferme », a-t-il notamment expliqué. Ceux-ci ne livrent plus seulement dans les 75 lieux de stockage que possède Cohésis, mais profitent des 250 silos présents sur le périmètre de collecte de la coop. Bilan : 150 000 tonnes de marchandises parcourent désormais 5 km de moins, soit une économie de 750 000 tonnes kilomètres. Autre initiative : la livraison en direct de certains intrants. Via la plate-forme de distribution Sévéal, commune à plusieurs coopératives du grand Est, Cohésis livre désormais 80 % des phytos qu’elle vend chez l’agriculteur. Ce qui lui a permis de supprimer des dépôts et donc de réduire ses coûts logistiques.

Miser lorsque c’est possible sur la péniche de 1 250 tonnes
La coop a également fait des économies de transport sur le conseil. « Nous avons plus de 250 000 hectares à fertiliser, a indiqué Jean-Pierre Cochet. Nos conseillers allaient visiter les agriculteurs pour voir les parcelles. Nous travaillons maintenant avec un système de pilotage satellitaire ». L’entreprise y voit deux avantages : une réduction de 250 000 km de la distance parcourue par les technico-commerciaux en productions végétales, et une économie d’intrants liée à des préconisations plus précises.
Privilégier, dans la mesure du possible, des modes de transport moins générateur de CO2 peut également se révéler intéressant. Car développement durable et faibles coûts se marient parfois avantageusement. C’est le cas pour la péniche de 1 250 tonnes. Le transport d’une tonne de marchandises par ce biais ne coûte que 8 à 10 euros sur 100 km contre 14 à 16 euros pour un train de 1 250 tonnes. Et il ne génère que 2,6 g d’équivalent carbone par kilomètre (eq C/km). Certes, le train est également bien placé avec 2,8 g eq C/km, mais ce n’est pas le cas du camion de 25 tonnes, avec ses 15 g eq C/km. Même si celui-ci « est dix fois moins polluant qu’en 1990 », a précisé Laurent Vittoz, directeur des achats chez Nutrixo. Aujourd’hui, c’est pourtant le mode de transport utilisé à 50 voire 55 % pour les céréales. Or il coûte cher puisqu’il faut compter 11 à 13 euros pour transporter une tonne sur 100 km.

Auchan renforce ses exigences « vertes »
« Verdir » la production et le transport de ses marchandises devient-il un argument monnayable à la vente ? « Nous inscrivons en dur le développement “vert” dans les cahiers des charges que nous demandons à nos fournisseurs de remplir », a expliqué Christian Delesalle, directeur des partenariats et des relations avec les PME d’Auchan. Le groupe a par exemple des exigences sur les matériaux utilisés pour fabriquer les emballages ou sur l’origine des matières premières. Il réfléchit entre autres à l’idée de ne plus importer de fraises ou de cerises de l’hémisphère sud. Ces critères liés au développement durable « feront partie de la discrimination que nous pourrons mettre en place pour passer d’un fournisseur à un autre », a relevé le responsable d’Auchan. Le groupe s’intéresse en tout cas de près au développement durable, un concept que les 25-49 placent en troisième position derrière l’hygiène et le prix du produit.
Mais que l’on ne se méprenne pas : « Emettre moins de carbone, c’est nécessaire, mais ce n’est pas ça, le développement durable », a insisté Gilles Rotillon, économiste de l’environnement et professeur à l’université Paris 10. Pour ce spécialiste, « il s’agit d’une question qui dépasse largement le fait de faire des économies » … Et le cadre de l’entreprise.

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