Abonné

Refonte de la carte des zones défavorisées simples: front commun des syndicats

- - 6 min

L’ensemble des syndicats agricoles fait front commun face au ministère de l'Agriculture et sa proposition de révision de la carte des zones défavorisées simples, qui établit les zones où les agriculteurs peuvent percevoir l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN). Les syndicats la refusent en bloc, mais l'équation budgétaire s'annonce compliquée. Dans la version proposée par les pouvoirs publics, plusieurs milliers d’éleveurs se verraient exclus de l’aide. La prochaine réunion avec le ministère est prévue le 15 février.

Les manifestations d’agriculteurs s’enchaînent, notamment depuis le 26 janvier, date de la dernière réunion avec le ministère de l'Agriculture au sujet de la révision de la carte des zones défavorisées simples (ZDS). Cette carte est indispensable pour déterminer qui percevra l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), une aide destinée à l’origine aux éleveurs. Bruxelles a dénoncé la non-conformité de l’attribution de cette aide et demandé une révision du zonage il y a plusieurs années. Depuis 2016, de nouveaux critères ont été testés comme la présence de haies, de zones humides, l’autonomie fourragère, etc. Afin de coller au mieux à l’ancien zonage, un critère « emploi » avait même été proposé par les syndicats agricoles. Mais il avait été rejeté par le ministère sous prétexte que l’Espagne avait déjà tenté cette initiative sans résultat auprès de Bruxelles. Avec les nouvelles cartes, de nouvelles zones intégraient le système d’aide au détriment d’autres zones. La dernière carte en date est celle du 20 décembre. Elle fait toujours office de référence puisque le 26 janvier, elle n’a pas été amenée à évoluer.

Des zones exclues de la nouvelle carte

Dans la proposition du gouvernement, plusieurs départements sortent des ZDS dont les Deux-Sèvres, le Tarn ou encore le Tarn-et-Garonne. Comme le souligne un syndicaliste, pour certains éleveurs, « cette aide représente 10 000 €, soit plus que leur revenu ! ». Difficile de la voir supprimer du jour au lendemain. D’où le discours volontairement rassurant, le 26 janvier, d’Emmanuel Macron : « Il faut des mesures d’accompagnement pour ces territoires qui, sortant du dispositif ICHN, auront besoin d’être accompagnés parce qu’il y a des filières en difficulté, parce qu’il y a des exploitants qui ont vécu des aléas » (voir Agra Presse n° 3628). En attendant, les syndicats demandent la réintégration des territoires nouvellement exclus de la zone. Dans le cas des Deux-Sèvres, le niveau de chargement, l’un des critères exigés par Bruxelles, supérieur à 1,40 unité gros bovins par hectare, bloque la possibilité pour les éleveurs du département de percevoir l’aide, expliquent les Jeunes agriculteurs (JA). À moins de jouer sur ce critère de chargement, il sera difficile voire impossible de réintégrer ce département dans la carte des ZDS.

Un budget constant

La carte doit être achevée le 15 février, selon les vœux d’Emmanuel Macron, pour un rendu à la Commission européenne au plus tard le 31 mars. Côté budgétaire, l’enveloppe ne devrait pas être augmentée. « Il n’y aura pas un centime de plus », rapporte un syndicaliste. Difficile de conserver les mêmes zones et d'en intégrer de nouvelles impliquent une baisse de l’aide par agriculteur, à moins que les Régions n’abondent le fonds ; certains dirigent leurs regards vers les budgets alloués aux mesures agro-environnementales et climatiques (Maec) de certaines régions,qui n’ont pas été consommés en entier. Un nouveau transfert budgétaire du premier au second pilier de la Pac pourrait aussi financer ce « gap ». Pour l’heure, il ne serait pas d’actualité. L'équation s'annonce compliquée, d'autant que Bruxelles demande toujours la création d'une ICHN végétale, qui n'existe pas encore en France. Pour les Jeunes agriculteurs (JA), la question des ZDS est importante puisqu’elle a aussi un impact sur la Dotation jeune agriculteur (DJA) au travers d’une majoration. « Dans les Deux-Sèvres, allons-nous encore installer des éleveurs ? Les prairies ne seront-elles pas retournées ? » s’interroge Yohann Barbe, membre du conseil d’administration des JA.

Un « vrai plan » pour sortir de l’aide en douceur

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

ministère de l'Agriculture
Suivi
Suivre

Les syndicats font front uni contre la proposition du gouvernement, qu'ils jugent tous insuffisante. Yohann Barbe souhaite un « vrai plan » pour accompagner les éleveurs dans cette transition de trois ans avant la mise en œuvre de la prochaine Pac. Et surtout le syndicat revendique la reprise des réflexions concernant la carte de manière « plus territorialisée, département par département », selon lui. Le Modef a demandé, le 31 janvier, une révision du calendrier « afin de ne pas prendre plus difficile ce qui l’est déjà assez ». De son côté, la FNSEA confirme, le 29 janvier, qu’elle « ne lâchera rien ». La Confédération paysanne et la Coordination rurale réclament eux aussi une révision de la mécanique d’attribution de l’aide.

3 500 éleveurs sortiraient des zones défavorisées simples

« Quelque 3 500 éleveurs en France vont sortir des zones défavorisées simples (ZDS), dont 2 000 en Nouvelle-Aquitaine », a expliqué Philippe Moinard, président de la FNSEA Nouvelle-Aquitaine, interrogé par l’AFP. Dans les Deux-Sèvres, un millier d’éleveurs répartis dans 200 communes verraient disparaître une aide, pour un montant annuel total de neuf millions d’euros, selon lui. « L’idéal aurait été d’attendre la réforme de la Pac » d’ici 2020, a-t-il fait remarquer. « Le grand Sud-Ouest est la zone la plus impactée par l’exclusion des communes », a résumé Bertrand Dumas, chargé de mission à la Chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Quelque 250 agriculteurs ont manifesté le 29 janvier à Montauban, moins d’une semaine après un premier rassemblement qui avait mobilisé 1 200 agriculteurs face à ce nouveau zonage.

ICHN : une transition de deux ans serait insuffisante, estime la FNSEA

Réagissant aux positions prises par le président de la République sur l’indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN) lors de ses vœux à l’agriculture, la FNSEA estime, dans un communiqué le 29 janvier, qu’une transition de deux ans proposée aux agriculteurs qui ne bénéficieraient plus de l’ICHN suite à la réforme de la carte des zones défavorisée, serait insuffisante : « Une transition de 2 ans, ce n’est jamais qu’organiser sur 2 ans une perte financière catastrophique pour l’équilibre économique des exploitations concernées ». La FNSEA évoque par ailleurs l’hypothèse que des Mesures agro-environnementales (MAEC) soient accordées en compensation. Une éventualité qui ne la satisfait pas non plus ; et de mettre en avant les lenteurs de la mise en place de la Maec polyculture-élevage et son résultat jugé décevant.