Discrets avant la présentation officielle de la Communication de la Commission européenne sur le sucre, les industriels fabricants ou utilisateurs du sucre, n’en ont pas moins des avis très divergents. Dès le 14 juillet, les utilisateurs de sucre devraient déplorer le maintien des quotas. Les fabricants de sucre s’interrogeront sur la visibilité que leur donnera la réforme : sera-t-elle une première étape vers la libéralisation totale ?
En l’état, la communication de la Commission est une provocation gratuite, sans utilité. Elle donne, de surcroît, une visibilité très courte sur ce qui se passera au terme de sa mise en œuvre en 2008 ». Comme le rapporte ce lobbyiste, les fabricants de sucre sont inquiets à la lecture du projet des services européens.Il salue tout de même le maintien de la « logique de gestion quantitative » et remarque que le document peut encore subir des « adaptations». Pour lui, cette proposition de réforme est due à des pressions internes à l’Europe, plus qu’à des enjeux internationaux : « Les utilisateurs de sucre veulent que leurs marges augmentent et entendent mettre la betterave dans le régime des grandes cultures », déplore-t-il. « Aux Etats-Unis, le prix du sucre a baissé, il y a quelques années, sans que les consommateurs payent moins cher les confiseries !», regrette-t-il.
Craintes sur la rentabilité des usines
Mis en place à la fin des années soixante, le régime du sucre permet aux usines peu compétitives de certains pays européens de poursuivre leur production de sucre. Suivant l’ampleur de la réforme, seuls les pays les plus rentables pourraient poursuivre leur activité, dont la France et l’Allemagne. A terme, les fabricants de sucre craignent que les Etats membres producteurs ne détiennent plus de minorité de blocage au sein du Conseil et ne puissent plus s’opposer à une libéralisation complète du régime sucre. « Si la production se concentre dans quatre Etats membres, les pays qui ne produisent pas de sucre ne voudront plus payer » pour le système, craint le lobbyiste. Dès lors, il s’interroge sur la rentabilité des usines de sucre européennes, y compris les plus performantes, face aux industriels brésiliens. D’autant plus que les enjeux internationaux – négociations Mercosur et OMC – et les ouvertures de marchés aux pays les moins développés ne sont pas pris en compte par le document.
Attente d’une baisse effective du prix
La tonalité est toute différente chez les producteurs de confiture, de soft drink ou de chocolat. « Nous sommes heureux qu’il y ait un projet», se réjouit un représentant d’un de ces secteurs. « Notre grand souci est que la concurrence soit mise entre les fabricants de sucre », poursuit-il, regrettant que « les principes énoncés par la communication sont là mais les mécanismes pour parvenir à une baisse des prix pèchent par leur absence». Selon lui, les quotas « figent le marché » et il faut les « supprimer». Dans les propositions de règlement qui doivent être élaborées par la Commission « très rapidement », ce représentant de l’industrie espère que Bruxelles prévoira un système permettant une « baisse réelle du prix du sucre au niveau du prix de référence», prévu par la communication aux alentours de 400 euros la tonne à terme.
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Quoi qu’il en soit, les industries qui achètent du sucre devraient pouvoir mettre les fabricants européens sous pression en augmentant leurs importations.
Projet « inutilement brutal », pour les betteraviers
De leur côté, les producteurs de betterave dénoncent d’ores et déjà ouvertement un projet « inutilement brutal ». La Confédération internationale des betteraviers européens (Cibe) déplore le manque de justification du document élaboré par les services du commissaire Fischler. Elle regrette que la réforme se fasse à l’aveugle, compte tenu des incertitudes entourant les résultats des négociations à l’OMC et l’impact de l’ouverture des frontières communautaires au sucre en provenance des pays les moins avancés.