Le ministère de l'Agriculture a mandaté Régis Hochart, membre du Comité économique, social et environnemental (CESE) et ancien porte-parole de la Confédération paysanne, pour une mission sur le devenir de l'arboriculture française. Pendant plus de sept mois, il rencontre les producteurs, les syndicats, les coopératives, etc. À mi-parcours, le 8 juillet, il tire déjà quelques conclusions. Le prix de la main-d'œuvre en arboriculture et les contraintes phytosanitaires sont au cœur des discussions qu'il mène. Sa mission devrait s'achever autour du 30 septembre.
Vous avez reçu le 21 février une lettre de mission relative à l'arboriculture française, qu'indiquait-elle ?
Régis Hochart : J'ai un périmètre de travail bien précis autour de l'arboriculture métropolitaine, je dois étudier 11 espèces : pomme, poire, abricot, prune, cerise, kiwi, agrume, raisin de table, petits fruits rouge, fruits à coque, pêche nectarine. Je pars du constat que la France a perdu 30 % des surfaces de plantation arboricole, je vais m'interroger sur les solutions pour enrayer cette baisse. J'ai commencé mon travail le 1er mars, je vais voir les responsables professionnels, syndicaux, économiques, les producteurs, les coopératives, etc. partout en France. Je m'intéresse aussi à la dynamique régionale possible pour mener des politiques publiques en faveur de l'arboriculture. J'étudie les fruits frais et les fruits d'industrie.
Quelles sont les premières conclusions que vous tirez ?
La première question est : comment faire manger du fruit français ? Je dirais que c'est presque le seul aspect commun entre tous les fruits, sachant que la volonté des opérateurs n'est pas forcément que le consommateur mange des fruits français car beaucoup d'entre eux ont élargi leurs activités à l'import. La stratégie globale doit aller vers la recherche d'une augmentation de la consommation des produits français. En France, on a des atouts et des handicaps : le prix de la main-d'œuvre et les contraintes phytosanitaires.
Justement, quelles sont les solutions qui se dessinent autour du prix de la main-d'œuvre ?
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Le prix de la main-d'œuvre n'est pas un handicap mais un état de fait, sauf si l'Etat décide de faire exploser le Smic français, ce qui est peu probable et ça ne fait pas partie des choses que je vais proposer. Par exemple, pour une production nationale, comme la cerise qui est destinée à la consommation nationale, ce n'est pas le prix de la main-d'œuvre (car c'est une production française pour un marché français) qui est en jeu mais la formation du prix. En effet, le prix se construit dans un rapport de force. Le problème, c'est le déséquilibre total entre les organisations de producteurs, d'un côté, et la distribution de l'autre côté. S'organiser en production fruitière reste plus dur que dans le blé à cause des volumes qu'on ne peut pas déterminer à l'avance et de l'aspect périssable. Pour influer sur le prix du marché, les grosses OP jouent un rôle bénéfique sous réserve d'être bien conduites avec des stratégies à long terme. Il faut organiser l'ensemble de la production, toutes espèces fruitières confondues sans qu'elles ne se marchent sur les pieds. Cela implique un travail collectif de la production arboricole.
Que proposez-vous pour être compétitifs ?
Nous devons améliorer la compétitivité par la spécialisation, la spécification d'une espèce comme les signes officiels de qualité, la charte de marque, etc. Par exemple, pour l'abricot, cela a bien marché avec le bergeron qui est désormais connu de tous. L'abricot français a bonne réputation et est devenu un abricot de qualité : 85 % des abricots consommés en France sont français.
Et sur les contraintes phytosanitaires, quelle est votre position ?
Vu qu'on ne fera pas baisser de manière extraordinaire le coût de la main-d'œuvre, on peut faire des efforts pour améliorer les usages des produits phytos dans les vergers. Ce qui est aujourd'hui un handicap pourrait être notre atout de demain. En France on a une des meilleures traçabilités du monde. Il y a cinq ans, on aurait dû prendre le train écophyto et communiquer à fond dessus pour faire de la valeur ajoutée. Ça, c'est un facteur de compétitivité incroyable. Parce qu'aujourd'hui, si on a un problème grand public de pesticides, les fruits et les légumes seront les premiers touchés. Le consommateur mange un produit qui vient directement de la terre, ce n'est pas comme le blé qui a été ramassé puis transformé. La question n'est pas de s'opposer les uns aux autres mais de gagner ensemble. Utiliser moins de phytos permettrait de dire qu'on est le pays au monde où l'on traite le moins. On a un atout phénoménal mais on est en train de le tuer.