Il est étonnant de voir à quelle vitesse plusieurs capitales européennes, dont Berlin, se sont ralliées à l’idée d’ajouter, au pacte budgétaire de l’UE, une dimension de croissance comme l’avait suggéré François Hollande. Une preuve, s’il en fallait, que la perception de la situation économique et DE ses remèdes évolue très vite.
Ce qui est vrai de l’économie en général peut-il être vrai des questions agricoles ? Ce n’est pas impossible. Jugée à contre-courant des idées reçues encore aujourd’hui, la notion de régulation et de maîtrise de l’offre pourrait bien reprendre du poil de la bête, à condition qu’existe bien une volonté politique. L’exemple vient d’ailleurs d’outre-Atlantique, pays trop souvent qualifié de parangon du libéralisme. Alors que dans la vieille Europe on s’ingénie à supprimer les quotas laitiers, les Américains, eux, imaginent en créer. Dans le cadre du prochain Farm Bill, le Sénat US vient d’envisager un système qui combine des aides d’Etat au revenu à un mécanisme de quota ou de plafonnement individuel de la production laitière. Rien ne dit que ce système soit demain définitivement adopté, tant il semble trancher avec des pratiques antérieures. Il n’empêche. Les Américains savent que demain, la planète laitière pourrait faire couler du lait avec des quantités jamais observées jusqu’à présent. Alors, ils hésitent à tout libéraliser.
En Europe, on semble se poser moins de questions… pour l’instant. Pour l’avenir, rien n’exclut des changements de position. En témoigne le progrès réalisé pour le maintien des droits de plantation en vigne. La négociation de la réforme de la Pac, qui vient d’entrer dans le vif du sujet ces jours-ci, montre un bon nombre de divergences sur bien des points. Rien n’est joué. Les régulateurs n’ont peut-être pas définitivement perdu la partie.