La contractualisation fait doucement son chemin dans la tête des éleveurs comme des vétérinaires ruraux. Des animaux en meilleure santé, des professionnels plus sereins, les adeptes de ce modèle y trouvent de nombreux avantages.
Encouragée par les chambres d’agriculture et l’Ordre des vétérinaires, la contractualisation éleveur-vétérinaire doit encore convaincre sur le terrain. Ce modèle est souvent perçu comme désavantageux financièrement pour les éleveurs. Une étude menée à l’école vétérinaire de Nantes (Oniris), présentée lors d’une journée sur la rémunération des vétérinaires ruraux, le 18 avril, bat en brèche cette idée. Une simulation montre que, même si les frais vétérinaires peuvent être plus élevés, ils sont compensés après plusieurs années par les effets bénéfiques sur la santé des animaux. Le point de bascule s’opère « la troisième année », indique la docteur vétérinaire Nathalie Bareille, professeure à Oniris.
« L’éleveur appelle plus vite et plus souvent. Il y a moins de perte d’animaux et de production, car les diagnostics sont plus précoces et les traitements plus adaptés », explique Florence Beaugrand, également vétérinaire et maître de conférences à l’école nantaise. Les vétérinaires aussi redoutent de voir la rentabilité de leur activité se dégrader en passant à la contractualisation. « La crainte principale de mon associé était d’avoir plus de travail. Mais nous n’avons pas eu de surcharge, les éleveurs respectent notre travail », observe Frédéric Arzur, vétérinaire dans le Finistère, qui a choisi ce modèle. Les praticiens témoignent même d’un gain en termes de qualité de vie, notamment parce que les éleveurs attendent moins longtemps avant d’appeler leur vétérinaire. « Les urgences du dimanche passent le samedi et les urgences de nuit passent en journée », note Nicolas Courdent, auteur d’une thèse sur le sujet. « Il y a moins d’interventions d’urgence qui nous désorganisent », confirme Frédéric Arzur.
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« Nous avons gagné en sérénité »
Au-delà d’un calcul purement financier, les éleveurs adeptes de la contractualisation mettent en avant d’autres aspects. « Nous avons gagné en sérénité », témoigne Sébastien Landais, éleveur de bovins lait en Mayenne, en contrat depuis dix ans avec sa clinique vétérinaire. « Le vétérinaire est un vrai partenaire de l’élevage. On travaille vraiment ensemble », poursuit-il. Frédéric Arzur apprécie la « relation de confiance » qui s’instaure avec les éleveurs. « Ils mettent plus rapidement en place les conseils du vétérinaire dans la conduite d’élevage », affirme-t-il. Au-delà de la réalisation du bilan sanitaire annuel et des soins vétérinaires, divers services peuvent être prévus dans le contrat : suivi de reproduction, suivi de qualité du lait, parage…
Dans un contexte de désertification vétérinaire, la contractualisation est citée dans un rapport remis au ministre de l’Agriculture en février 2023 comme l’un des moyens de préserver le maillage dans les territoires. « Il n’y a pas de preuve scientifique du lien entre la contractualisation et une amélioration du maillage vétérinaire », souligne cependant Florence Beaugrand. Néanmoins, ce modèle contribue à attirer les jeunes vétérinaires, plus intéressés par le suivi global de l’élevage que par les urgences. Il est même encouragé par certaines collectivités : le département de la Manche délivre, par exemple, une aide de 500 euros par an sur trois ans pour les jeunes éleveurs qui contractualisent avec un vétérinaire pour des suivis (reproduction, veaux, qualité du lait…). Du côté des éleveurs aussi, beaucoup de ceux qui basculent vers la contractualisation « sont de jeunes éleveurs dans des élevages très structurés et performants », note Frédéric Arzur. Cependant, si ce modèle est « pertinent dans les zones à forte densité d’élevage », il l’est moins dans les zones où la déprise est forte, nuance le président de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA), Yohann Barbe. De l’avis des vétérinaires comme des éleveurs, la contractualisation ne suffira pas à éviter le délitement du maillage.