La PME familiale a refondu l’ensemble de ses financements et rallongé ses maturités en contractant parallèlement un prêt bancaire et un placement privé sous forme de "loan".
Spécialisé dans le champagne et les spiritueux (Champagne Gosset, Cognac Frapin, Liqueurs Pagès Védrenne), le groupe familial Renaud Cointreau affiche un chiffre d’affaires de 46 millions d’euros sur son dernier exercice (clos le 31 mars 2016) et… de grandes ambitions. "Nous avons fait d’importants investissements, pour permettre l’accroissement dans les trois, quatre ans de nos ventes de champagne de près de 20 %, pour augmenter notre surface d’exploitation de cognac et nos capacités de stockage de 11 %", explique Philippe de Broissia, secrétaire général du groupe. Des investissements qui sont venus s’ajouter à un important besoin de fonds de roulement : dans ce métier hautement capitalistique, les stocks sont importants, puisqu’il faut quatre années de vieillissement minimum pour le champagne du groupe et plus encore pour le cognac. Selon les calculs réalisés par les dirigeants de l’entreprise en 2015, le groupe, essentiellement financé par des crédits bancaires revolving de courtes échéances, avait besoin de 3 millions d’euros de financements supplémentaires.
"Nous nous sommes tournés vers nos banquiers pour trouver cette somme, mais le Crédit Lyonnais nous a proposé de remettre à plat l’ensemble de nos financements. L’idée était de rembourser les anciennes échéances et de mettre en place un nouveau financement englobant le tout, avec une maturité plus longue que celles que nous avions et un alignement des garanties", explique Philippe de Broissia. Un refinancement qui représente finalement 13 millions d’euros (et le groupe bénéficie d’une seconde tranche de 3 millions d’euros qui sera versée en mars prochain).
Si le Crédit Lyonnais et la banque historique du groupe, Neuflize OBC, sont prêts à mettre une partie de la somme sur la table, le Crédit Lyonnais propose de compléter le financement par le recours direct à des investisseurs, via un placement privé de type "EuroPP". "Un certain nombre d’investisseurs regardent aujourd’hui du côté des PME : ils ciblent des entreprises de bonne qualité, qui présentent à la fois des garanties et des perspectives de développement, et leur offrent un bon niveau de rendement par rapport aux produits classiques du marché", explique le dirigeant. De son côté, le groupe Renaud Cointreau a deux exigences. "Tout d’abord en termes de confidentialité : ce ne sont pas les habitudes de la maison que d’exposer sa stratégie et son développement, mais nos interlocuteurs ont joué le jeu", indique Philippe de Broissia. Ensuite, l’entreprise souhaite que le contrat soit à sa mesure : celle d’une PME. "Nous voulions des clauses lisibles… et pas un document incompréhensible rempli de clauses léonines. Là aussi, les avocats ont fait un effort pour simplifier le contrat et le rendre clair".
L’entreprise a rencontré plusieurs investisseurs, et c’est avec le fonds Novi 2 (géré par Idinvest, voir encadré), que le placement privé est mis en place. "Nous nous sommes sentis en confiance avec l’équipe : ils ont bien compris ce que nous faisions et ils ont adhéré à notre projet", explique Philippe de Broissia. De son côté, Valérie Ducourty, directrice d’investissement pour le fonds Novi 2 chez Idinvest Partners, a indiqué que le placement s’inscrivait « parfaitement dans la stratégie de Novi 2 de soutenir le développement de groupes familiaux dont la qualité de produits participe au rayonnement du savoir-faire français dans le monde ». Bouclé en quelque neuf mois, le financement se répartit finalement entre 7 millions de prêts bancaires (amortissables à six ans) et 9 millions d’Euros PP (8 financés par le Fonds Novi et 1 par le Crédit Lyonnais) : un financement sous forme de "loan" (prêt), d’une maturité de sept ans et remboursable in fine, mais dont les conditions (documentation, garanties etc) sont adossées au prêt bancaire. Le coût ? "Raisonnable pour une maturité beaucoup plus longue que celle que nous avions, et plus faible que les précédents financements", estime Philippe de Broissia.
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Encadré : Qu’est-ce que le fonds Novi ?
Créé en juillet 2015, Novi est un fonds multi-financements destiné à des entreprises affichant un chiffre d’affaires compris entre 30 et 200 millions d’euros et recherchant un accompagnement pour des projets de croissance, d’acquisitions, de développement international ou d’innovation. D’une durée de vie de 21 ans, le fonds a été initialement doté de 580 millions d’euros, par la Caisse des dépôts, 19 sociétés d’assurance et 3 fonds de retraite. Son objectif est de financer plus de 50 entreprises par an, pour des montants allant de 3 à 20 millions d’euros, en dette et/ou en fonds propres. Novi 1 (50 % du fonds Novi) est géré par Tikehau IM avec la Financière de l’Echiquier, Novi 2 étant géré par Idinvest Partners*, avec Oddo.
* Idinvest Partners, ex AGF Private Equity, indépendante depuis 2010, est un acteur du Private Equity mid-market en Europe qui dispose de plus de 6 milliards d’euros sous gestion