Lors du colloque Agrofinances organisé le 27 novembre par Agra alimentation, un des dirigeants de la Rabobank, l’équivalent néerlandais du Crédit agricole, expliquait pourquoi, depuis le début de ce siècle, on devrait constater, sur le long terme, une augmentation durable des prix des matières premières agricoles. Selon lui, LA cause principale est la suivante : jusqu’en 1999, la productivité agricole augmentait plus que le taux de croissance de la population ; depuis cette période, la population progresse plus vite que les rendements agricoles. Toutes les autres raisons, expliquait-il, sont secondaires ou de court terme : la demande pour les biocarburants, les aléas climatiques, la spéculation, etc.
Le propos mériterait d’être médité par les politiques qui enclenchent, en ce moment même, une stratégie favorable à la réduction de l’usage de la chimie dans l’agriculture. Non qu’il faille remettre en cause cette stratégie au nom de la faim dans le monde. Elle a des impératifs écologiques et sanitaires indéniables. Mais il faut être conscient qu’elle provoquera une stagnation, voire une diminution des rendements agricoles. Elle devrait donc être accompagnée d’un plan de reconquête des sols que l’agriculture avait perdus, de manière à compenser par les surfaces les pertes de rendement prévisibles. Ce faisant, l’écologie s’en trouverait doublement satisfaite : d’une part grâce à la réduction de la chimie, d’autre part en raison du retour à une vie biologique de milliers d’hectares souvent bétonnés. On souligne souvent qu’en France, l’agriculture perd soixante mille hectares par an. Le Grenelle de l’environnement aurait peut-être dû prévoir une politique pour inverser cette tendance. On a un peu l’impression que personne… n’y a pensé.