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Enquête Rendements en grande culture : l’Allemagne mieux que la France

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L’Allemagne n’atteint pas la puissance céréalière de la France, du fait de ses plus faibles volumes produits. Mais elle progresse chaque année et obtient une rentabilité souvent supérieure. Deuxième volet de l’enquête sur les « vraies raisons de l’émergence de l’Allemagne » agricole.

Avec quelque 15 800 exploitations spécialisées en grandes cultures contre 69 200 en France, l’Allemagne pèse nettement moins lourd que l’Hexagone dans les productions végétales européennes. Il n’empêche, le pays aura su se faire une place à l’export sur cette campagne. Selon les dernières données de FranceAgriMer, la France devrait exporter 9,5 Mt de blé sur 2009/2010 tandis que notre voisin parviendrait à un total de 5 à 5,5 Mt. Une belle performance pour un pays qui, en raison de surfaces plus faibles, a récolté un tiers de blé de moins que l’Hexagone. A sa façon, ce chiffre reflète une certaine vigueur des exploitations céréalières allemandes. Les données du ministère allemand de l’Agriculture (BMELV) montrent par exemple que les rendements moyens du blé continuent de progresser en tendance... alors qu’ils stagnent en France. D’après le Coceral (comité du commerce des céréales, aliments du bétail, oléagineux), ils devraient même en 2010 dépasser pour la deuxième campagne consécutive les moyennes françaises, montant à 77 q/ha contre 71,3 q/ha pour la France.

Des fermes plus grandes en Allemagne

Autre élément : sur la campagne 2008/2009, le BMELV chiffre la baisse des profits des exploitations allemandes de grandes cultures à 13 % par rapport à 2007/2008, tandis qu’en France, les comptes de l’agriculture font état d’une réduction des revenus de 44 % entre 2009 et 2008. Si ces chiffres ne sont pas directement comparables, ils semblent accréditer l’idée d’une meilleure santé des fermes céréalières allemandes. Comment l’expliquer ? Comme le montrent les éléments d’une étude sur la compétitivité des exploitations céréalières européennes présentée par Vincent Chatelier, chercheur à l’Inra, dans le cadre d’un colloque organisé par Pluriagri en février, les fermes allemandes comptent en moyenne 202 hectares contre 108 seulement en France. Le poids des grandes structures est de plus en plus important outre-Rhin : de 44 % entre 1996 et 1998, il est passé à 65 % sur 2005-2006... Contre une progression de 29 à 46 % pour la France. Cette configuration s’accompagne d’un recours accru au salariat, qui représentait en 2007 42 % des emplois contre 13 % en France. Une proportion qui monte entre 62 et 76 % dans les 5 länder de l’ex-RDA, où les surfaces moyennes par exploitation atteignent 350 à 450 ha.

Une meilleure productivité du travail outre-Rhin

Chaque UTA (unité de travail annuel) gère en moyenne davantage d’hectares (92 au lieu de 78 en France) et produit plus : en 2007, elle générait environ 143 700 euros contre 119 300 euros en France. Une valeur qui a plutôt tendance à progresser, ce qui n’est pas le cas dans l’Hexagone. Si le salariat rend les fermes probablement plus difficiles à transmettre, il permet aussi aux agriculteurs allemands d’ajuster la main d’œuvre en période de crise. La gestion des intrants semble par ailleurs plus raisonnée : à court ou long terme, l’augmentation des coûts liés aux produits phytos et aux engrais paraît plus modérée qu’en France. Les céréaliers français apparaissent également pénalisés par des dotations aux amortissements en % de la production très supérieures : 23 % en 2006 contre 16 % outre-Rhin, des chiffres montant respectivement à 34% et 20 % pour les grandes fermes. La tendance est plutôt à la hausse, ce qui n’est pas le cas chez notre voisin. Certes, dans les grandes structures, les charges dépassent comme en France le chiffre d’affaires de l’exploitation hors aides. Mais les céréaliers allemands sont pénalisés par les fermages, notamment, sur lesquels leur prise est limitée. En France, la fiscalité et des taux d’intérêt plus bas semblent pousser à une certaine sur-mécanisation qui, finalement, pèse sur la compétitivité. Résultat, si les céréaliers français dominent leurs homologues allemands en termes de volumes produits, ce n’est pas forcément le cas en termes de rentabilité.

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