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Collèges Rentrée 2015 : les élèves agricoles et généralistes à la même enseigne

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Entre la réforme des collèges de Najat Vallaud-Belkacem et l'annonce de Stéphane Le Foll, le 20 mai dernier, quant aux modifications relatives à l'attribution des bourses pour les étudiants de l'enseignement agricole, quelques nouveautés s'annoncent à la rentrée 2015 pour les établissements scolaires agricoles.

Les mesures qui entreront en vigueur à la prochaine rentrée scolaire tendent à rapprocher le système « général » qui dépend du ministère de l'Education Nationale et celui de l'enseignement agricole, porté par le ministère de l'Agriculture. La réforme des collèges, défendue par la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, semble en partie inspirée des pratiques de l'enseignement agricole, tandis que les nouvelles conditions d'attribution des bourses aux étudiants agricoles seront désormais calquées sur le système des étudiants boursiers de l'Éducation nationale. Stéphane Le Foll et la ministre de l'Education nationale ont travaillé en commun à plusieurs reprises ces derniers mois. Les élèves agricoles avaient notamment été sollicités pour impulser un projet scolaire citoyen à la suite des attentats de Charlie Hebdo en janvier dernier. Ces interactions pourraient bien avoir convaincu les deux ministres qui proposent pour la prochaine rentrée des réformes qui rapprochent les deux systèmes. Prendre le meilleur de chacun des régimes pour améliorer le fonctionnement des deux ? Telle est l'ambition qui transparaît, mais l'accueil de la part des établissements et élèves tant du secteur agricole que du généraliste, est mitigé.

Une réforme inspirée de l'enseignement agricole

Le décret et l'arrêté relatifs à « l'organisation des enseignements dans les classes de collèges », publiés au Journal officiel du 20 mai 2015, seront applicables dès la rentrée des classes de septembre 2015. La réforme entérinée qui vise, selon le ministère de l'Education nationale, à permettre de « mieux apprendre pour mieux réussir » s'appliquera également aux élèves d'établissements publics et privés de l'enseignement agricole. En plus d'un « socle commun de compétences », les élèves recevront des « enseignements complémentaires ». La réforme met l'accent sur l'accompagnement personnalisé, les enseignements pratiques interdisciplinaires et donne une autonomie aux établissements qui bénéficieront désormais d'une dotation horaire qu'ils pourront aménager en fonction des besoins qu'ils auront eux-mêmes identifiés.

Dans les mois qui ont précédé la publication de la réforme, Najat Vallaud-Belkacem a rencontré les élèves et enseignants des établissements agricoles, au Salon de l'agriculture notamment. Réceptive à leursremarques, elle se serait en partie inspirée de leur système. Pour Philippe Poussin, secrétaire général du CNEAP, réseau d'établissements d'enseignement agricole privés, cette réforme est « intéressante et plutôt positive » dans le sens où elle généralise à l'Éducation nationale ce qui fonctionne dans l'enseignement agricole. Il explique d'ailleurs les inquiétudes et les manifestations des enseignants de l'Éducation nationale plus par la « peur du changement » que par le contenu de la réforme elle-même. « Les grands axes de la réforme des collèges sont déjà appliqués dans les établissements scolaires agricoles ». Et, pour Philippe Poussin, ils ont fait leurs preuves. Grâce à cette organisation du travail (accompagnement personnalisé et une part du temps d'enseignement organisée librement par l'établissement), « on a aidé beaucoup d'élèves en difficulté », explique Philippe Poussin. De fait, pour la rentrée 2015, « ça ne changera pas grand chose pour les collèges agricoles », explique-t-il.

« Ce que l'on regrette, c'est que la réforme ne soit pas allée plus loin sur l'organisation du temps de travail des enseignants ». Il aurait fallu, selon Philippe Poussin, annualiser le temps des enseignants passé « hors salle de classe » et permettre ainsi aux professeurs d'être présents dans l'établissement même en dehors des heures de classe. Un moyen de se rendre disponible pour les élèves lorsqu'ils en ont vraiment besoin. En période de stage, les enseignants pourraient au contraire limiter leur présence.

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Avec la réforme des collèges, explique M. Poussin, seule une inquiétude transparaît chez quelques enseignants du secteur agricole : la singularité de l'enseignement agricole, qui avait fait sa force, disparaît, au profit d'un rapprochement des deux systèmes. Certains chefs d'établissements agricoles craindraient la concurrence des établissements généralistes. Pour M. Poussin, pas d'inquiétude, « c'est un bon stimulant, l'occasion d'innover encore davantage dans les collèges agricoles ».

Attribution des bourses : un fonctionnement identique

Le ministre de l'Agriculture a annoncé le 20 mai une «  amélioration des conditions d'attribution des bourses » dans l'enseignement agricole. A compter de la rentrée 2015, comme pour les élèves de l'Éducation nationale, c'est le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) qui aura en charge la gestion des bourses étudiantes relevant de l'enseignement supérieur agricole. En choisissant le même intervenant, le ministre de l'Agriculture aligne le régime agricole sur le système général : une décision qui intervient suite à la sollicitation de députés et sénateurs qui l'ont interrogé à plusieurs reprises sur la problématique de la différence de traitement entre les élèves.

La Coordination Rurale de Basse-Normandie avait adressé un courrier, le 12 mars dernier, à ses élus régionaux afin de les alerter sur « les inégalités » entre « les étudiants du régime agricole et leurs confrères du régime général ». Les étudiants des lycées agricoles touchaient jusqu'à présent leur bourse sur un rythme trimestriel et celle-ci était directement gérée par les établissements scolaires. Chez les boursiers de l'Éducation nationale, le versement est mensuel et adressé à l'étudiant. Des élus régionaux de Basse-Normandie, députés et sénateurs, avaient alors fait échos de la demande de la CR et saisi le ministre de l'Agriculture.

Avec l'annonce de Stéphane Le Foll, le 20 mai, de la nomination du Cnous pour gérer les bourses des étudiants des lycées agricoles, les différences de traitement prennent fin.

Si les élèves et leurs parents voient ce changement d'un bon œil, il n'en est pas de même chez certains responsables d'établissements agricoles. Pour Philippe Poussin, qui concède que l'égalité entre tous les étudiants était nécessaire, il eût été plus judicieux d'aligner le système de l'Éducation nationale sur celui de l'agriculture et de systématiser le versement des bourses directement aux établissements scolaires. « Lorsqu'une somme d'argent est fléchée, elle doit arriver à l'endroit destiné », explique-t-il, c'est-à-dire dans les lycées. Le secrétaire général du CNEAP se demande comment vérifier que les bourses allouées aux étudiants sont effectivement utilisées pour leur scolarité. Il craint que certains bénéficiaires utilisent ces subventions à d'autres fins.« La mensualisation est une bonne chose. Il fallait changer le rythme, mais pas la destination des versements », conclut-il.