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« Repenser la gouvernance des coopératives » africaines

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Pour le chercheur italien du Ciat-CGIAR Gian Nicola Francesconi, les principes de gouvernance de l’International coopérative alliance (ICA), qui seraient souvent suivis par les coopératives en Afrique, ralentissent leur développement.

Pour renforcer leur place dans l’économie agricole du continent africain, « il faut repenser la gouvernance des coopératives qui a été jusqu’ici dirigée par de l’idéologie, des principes d’inclusion, de solidarité », a lancé Gian Nicola Francesconi, chercheur au centre de recherche Ciat-CGIAR, lors d’une conférence de la fondation Farm, le 24 novembre à l’OCDE.

Le credo de ce chercheur italien : « Il faut penser efficacité ». Après avoir travaillé de nombreuses années sur la gouvernance des coopératives dans huit pays africains, il estime que les principes de gouvernance de l’International coopérative alliance (ICA), que nombre de structures africaines utiliseraient pour définir leur fonctionnement, sont contre-productifs : « Ils s’appliquent bien aux marchés matures », mais mal aux marchés africains. « Les coopératives ont été créées par la colonisation pour contrôler des populations. En Afrique, il n’y a pas de problème de solidarité ou de communauté à résoudre », justifie-t-il.

Il estime par exemple que cette charte implique une ouverture trop grande à de nouveaux membres. « En Afrique, les coopératives laissent entrer tout le monde, y compris des gens qui n’ont pas de terre, explique-t-il. Or, les coopératives ne sont pas confrontées à de grosses demandes », évoquant notamment le cas de demandes de filières équitables. « Il faut réfléchir à l’offre en fonction de la demande », propose-t-il.

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Par ailleurs, Gian Nicola Francesconi propose aux coopératives du continent africain d’investir davantage dans le personnel de direction ; il observe que les coopératives sont souvent dirigées par les agriculteurs eux-mêmes.

Seuls 1 à 5 % des agriculteurs du Sud ont des contrats

La faible robustesse économique des coopératives est une des raisons de la faible part de contractualisation sur le continent africain, a-t-il par ailleurs expliqué, car les contrats vont souvent de pair avec les groupements de producteurs. Selon la chercheuse du Cirad Paule Moustier, seuls 1 à 5 % des agriculteurs du Sud sont concernés par la contractualisation, bien que celle-ci ait un effet positif en moyenne sur les revenus, « certes limité », nuance-t-elle.

Parmi les causes identifiées par Paule Moustier à ce faible succès, le manque de services (intrants, formation…) et le trop faible bonus de prix apportés par les contrats aux agriculteurs. La chercheuse explique qu’il existe une « zone d’intérêt du contrat qui se situe là où le contexte d’incertitude de marché est moyen ». Lorsque le risque est trop fort, comme cela peut-être le cas sur le continent africain, le contrat n’est pas toujours rémunérateur car « les incertitudes rendent sa mise en place difficile ».