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« Repenser le cycle de Doha »

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«Même si Doha réussit d'ici deux ou trois ans, une nouvelle crise (alimentaire) se répétera car les problèmes structurels ne seront pas résolus », a prévenu le rapporteur spécial de l’Onu pour le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, en présentant à la presse le 17 décembre à Genève les premières conclusions d'un rapport sur les conséquences pour l'agriculture des règles de l'OMC.

« Le problème est très simple : les droits de l'homme à s'alimenter sont totalement absents du commerce international », a-t-il souligné. Selon lui, aujourd'hui, quelque 963 millions de personnes ne mangent pas à leur faim sur la planète, dont la moitié sont des petits producteurs agricoles. Alors que ces derniers devraient être les principaux bénéficiaires des accords sur l'agriculture, dans les faits, « le commerce international a favorisé un petit groupe de producteurs parmi les plus puissants dans le monde ».

La libéralisation du commerce agricole, telle qu'elle est actuellement pratiquée et prévue, implique un certain nombre de coûts « cachés » ignorés à l'OMC, a poursuivi M. De Schutter. D'une part, elle pousse les pays émergents à construire leur économie sur des exportations agricoles génératrices de devises et à négliger leur auto-suffisance. Ce qui les rend « très vulnérables aux fluctuations des prix mondiaux ». D'autre part, les pays les moins riches souvent ouverts au commerce alors qu'ils ne sont pas prêts, sont confrontés à une baisse des cours agricoles nationaux avec l'afflux de produits importés, au détriment de leurs paysans dont la productivité est loin d'atteindre celle des grands pays industrialisés. « La priorité des pays en développement doit être de produire pour leur marché local », a martelé l'expert belge.

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Enfin, M. De Schutter s'est inquiété des coûts environnementaux que l'ouverture des marchés induit avec l'augmentation des transports ainsi que l'intensification de productions consommatrices d'eau et appauvrissant les sols. L'agriculture est déjà responsable de 30% des émissions globales de gaz à effet de serre.

« C'est pourquoi il faut totalement repenser le cycle de Doha » pour tenir compte d'éléments non commerciaux, tels que l'environnement et le social, a conclu le rapporteur spécial de l’Onu pour le droit à l’alimentation.