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Paiement/Étude Retards de paiement : le secteur fait figure de mauvais élève

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Les entreprises du secteur agroalimentaire règlent leurs factures avec davantage de retard que la moyenne des entreprises françaises. L’amélioration globalement observée dernièrement tous secteurs confondus ne semble pas profiter à l’agroalimentaire. Seules 27 % des entités du secteur respectent les délais de règlement prévus.

Avec, en moyenne, des retards de paiement de 13,4 jours par rapport aux conditions négociées avec ses fournisseurs, selon les dernières analyses de la société Altares (1), le secteur de l’agroalimentaire fait figure de mauvais élève. "Tous secteurs confondus, les entreprises françaises affichent actuellement des retards de paiements de 12,2 jours et reviennent à niveau plus normal, après la forte dégradation constatée entre le printemps 2014 et le printemps 2015 : dans un contexte de relative reprise, les retards étaient passés de 11 à 14 jours. L’agroalimentaire est, non seulement, au-dessus de la moyenne. Mais en outre, le secteur ne semble pas connaître d’amélioration : les retards s’y sont amplifiés entre le premier et le deuxième trimestre 2016, passant de 12,6 jours à 13,4 jours", détaille Thierry Millon, directeur des études d’Altares. Pendant la même période, l’industrie hors agroalimentaire passait de 10,8 à 10,6 jours de retard de paiement… En outre, les entreprises qui paient leurs factures en temps et en heure sont plus rares dans l’agroalimentaire qu’ailleurs. "En moyenne, 39 % des entreprises françaises respectent les délais de paiement et paient leurs factures à échéance. Dans l’agroalimentaire, elles ne sont que 27 %. Cela signifie qu’on a 3 chances sur 4 d’être payé en retard si l’on travaille avec une entreprise de l’agroalimentaire…", relève Thierry Millon. Et la part des mauvais payeurs semble s’accroître inexorablement de trimestre en trimestre depuis 2014 (voir encadré).

L’analyse détaillée des données fournit quelques éléments de précisions… à défaut d’explications. Ainsi, il apparaît que les retards de paiement varient fortement selon les domaines d’activité : de 9 jours dans les produits laitiers et les aliments pour animaux, à 10 jours pour la viande et la meunerie, 11 pour le poisson, les boissons et les sucreries, on atteint 13 jours dans les fruits et légumes, 14 dans les plats préparés et, surtout, 17 dans le secteur "pain, pâtisserie, pâtes". "Les artisans boulangers sont nombreux et pèsent sur les résultats de l’ensemble du secteur par leur comportement de paiement peu vertueux. Au-delà des éventuelles variations sur le cours des matières premières, les retards de paiement de ces professionnels ne s’expliquent pas vraiment, car leurs clients sont des essentiellement des particuliers qui paient comptant. Les meuniers n’affichent que 10 jours de retard. Que les boulangers soient presque au double semble être surtout le signe de la fragilité de leur situation de trésorerie. C’est d’ailleurs un domaine qui connaît beaucoup de dépôts de bilan, alors que le prix des fonds de commerce semble élevé par rapport aux résultats dégagés par ces petites entreprises. Il semble finalement que le secteur pain/pâtisserie joue du crédit fournisseur pour ajuster leurs besoins de trésorerie", estime Thierry Millon.

Rien qui, finalement, explique le décalage entre l’agroalimentaire et les autres secteurs. "Les retards de paiement ne sont pas très importants, mais cela a un véritable impact sur la capacité de croissance des entités qui reçoivent leurs fonds avec un décalage. L’Observatoire des délais de paiement estimait dans son rapport 2015 à 16 milliards d’euros le coût des retards de paiement pour les PME. Un montant considérable qui freine l’innovation et la compétitivité des entreprises notamment de l’agroalimentaire. Ce secteur aussi doit s’améliorer et tendre vers une relation fournisseur durable et responsable", souligne Thierry Millon. À moyen terme, rien ne laisse pourtant augurer d’amélioration. "Les premiers éléments sur le troisième trimestre 2016 tendent à montrer que l’agroalimentaire ne réduit toujours pas ses retards. En outre, le texte de la loi Sapin 2, en cours d’adoption, prévoit la possibilité, pour les entreprises exportatrices hors Europe, de répercuter les délais de paiements supportés de leurs clients à l’international sur leurs fournisseurs français, dans des conditions encore à préciser. L’impact pourrait être important dans le secteur agroalimentaire, dont certaines entreprises sont fortement tournées vers le grand export", souligne Thierry Millon.

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1- Étude trimestrielle sur les comportements de paiement des entreprises en France et en Europe au cours du 2e trimestre 2016 du Altares, spécialiste de la Data Economy, analyse les retards de paiement par rapport aux conditions contractuelles des entreprises et organismes publics au travers des informations provenant direcgtement de la comptabilité client de milliers de sociétés participant au programme DunTrade® du réseau mondial d’informations B to B Dun & Bradstreet, dont Altares fait partie.

De grandes entreprises qui paient mieux que les petites

Le secteur de l’agroalimentaire n’a pas fini de surprendre : contrairement à tous les autres secteurs, les grandes entreprises y paient mieux que les petites ! "Les structures de moins de 3 salariés paient avec un retard moyen de 18 jours, les TPE de 3 à 9 salariés affichent des retards de 16 jours, ils tombent à 14 jours pour les entreprises de 10 à 99 salariés, tandis que les groupes de plus de 100 salariés paient en moyennent avec 12 jours de retard ! C’est l’inverse de tous les autres secteurs", s’étonne Thierry Millon, directeur des études d’Altares.