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Nutrition Retour sur les probiotiques

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Le rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments concernant les probiotiques, et notamment le yaourt, a déjà été commenté à chaud ici ou là , mais de façon un peu trop rapide, selon Jean-François Molle (JFM Conseil) qui tente d’évaluer pour nos lecteurs ce qui en ressort vraiment.

Après quelques reprises médiatiques, il n’est pas inutile de revenir sur le rapport de l’Afssa publié le 17 février dernier. Qu’en ressort-il si on prend le temps de lire ce texte « ingrat », issu de l’analyse de plus de 300 articles scientifiques internationaux ? Concernant les probiotiques (micro-organismes dont l’ingestion est bénéfique pour l’hôte), l’Afssa indique clairement que l’objectif de la rédaction de ce rapport est de définir des lignes directrices pour la constitution des dossiers scientifiques.En effet, il faudra constituer de tels dossiers avant de mettre sur le marché de nouveaux produits ou de promouvoir de nouvelles allégations. Ces dossiers vont être évalués par des experts. En établissant ces lignes directrices, l’Afssa veut donc « faciliter la vie » à fois des industriels qui auront à rédiger ces dossiers et des experts publics chargés de les évaluer.

UNE QUESTION SUFFISAMMENT SERIEUSE

Ceci veut dire que les probiotiques, c’est une question suffisamment sérieuse sur le plan scientifique, et qui va se poser de plus en plus (on attend une forte croissance du nombre de ces dossiers), pour que cela vaille la peine de rationaliser les méthodes de constitution des dossiers ! 

Bien sûr, l’Afssa souligne la nécessité d’études scientifiques sérieuses et approfondies comprenant en particulier des essais sur l’homme (et précisément sur la cible qui consommera le produit).

Il convient évidemment que ces études mesurent les effets de la consommation de probiotiques à des doses proches des consommations réalistes par un consommateur.

Par ailleurs, souligne-t-elle, si l’effet bénéfique d’un probiotique est validé, il est spécifique d’une souche. Donc, chaque souche, chaque produit doit faire l’objet d’un dossier particulier, pour un effet positif donné et par conséquent pour une allégation spécifique.

L’Afssa insiste sur l’idée que la flore bactérienne intestinale est spécifique d’un individu, qu’elle lui est adaptée, qu’il n’existe donc pas de bonne flore « en général » mais que, quelle que soit la flore, les probiotiques pourraient contribuer positivement à sa stabilisation. L’Afssa affirme que la colonisation de l’intestin par un probiotique donné n’est pas durable, ce qui est rassurant. Pour obtenir l’effet bénéfique revendiqué, il convient donc que celui-ci soit régulièrement consommé (hygiène de vie).

DES BENEFICES RECONNUS

Parmi les effets bénéfiques indiqués par l’Afssa (à chaque fois, il s’agit d’effets spécifiques d’une souche de probiotique), on retiendra notamment :

– un effet sur l’amélioration du transit intestinal (page 46 du rapport). A noter que l’Afssa consacre un chapitre spécial au Bifidus ;

– une activation des défenses immunitaires (p.39) ;

– un raccourcissement de la durée des diarrhées infantiles.

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De plus, et à titre de résultats prometteurs mais qui demandent encore des compléments, le rapport cite :

– une possibilité de prévention des allergies lorsque la mère puis le nouveau-né consomment certains probiotiques (p.41) ;

– une possibilité d’amélioration de la « fonction barrière » de la paroi intestinale entre le « milieu extérieur » et le milieu intérieur (p.50) ;

– un effet probable « anti mort cellulaire » sur les cellules de la paroi intestinale (effet anti-apoptotique, p. 49) ;

– une diminution probable de l’adhérence de micro-organismes indésirables sur les parois intestinales (p.47).

Concernant plus particulièrement le yaourt, il est clairement indiqué que la digestibilité du lactose est améliorée par les ferments vivants du yaourt (p. 16 et 43), question qui concerne 20 à 30% des Européens du sud qui peuvent donc bénéficier de cette caractéristique.

Cet effet bénéfique est générique du yaourt, c’est-à-dire qu’il vaut pour tous les yaourts (symbiose St+Lb quels qu’ils soient) et est observé aux doses commerciales de consommation ; en revanche, le traitement thermique du yaourt neutralise cet effet bénéfique (p.16).

Par ailleurs, la survie dans le tractus digestif, en particulier dans les fèces, n’est pas un critère pertinent (ceci étant, des études – p21 – ont bien mis en évidence la survie dans les fèces de la souche S.thermophilus). La digestion du lactose ayant lieu au niveau de l’iléon (intestin grêle supérieur), c’est à ce seul niveau que la présence de bactéries vivantes du yaourt est pertinente et la survie de 1% des bactéries du yaourt à ce même niveau est suffisante (p.22).

N.B : une ingestion d’un yaourt représente celle d’un milliard de bactéries bénéfiques dont 10 millions se retrouvent, à chaque fois, sur le site actif de l’iléon.