Parmi les principales mesures décidées par le Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE du 14 mars 2016, le retour temporaire à une forme de régulation du marché laitier semble avoir satisfait le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. « Une demande que nos producteurs réclament depuis des mois », a-t-il souligné.
Les ministres de l'Agriculture de l'UE et la Commission européenne ont-ils enfin pris la mesure de la profondeur et de la durée de la crise sur les marchés agricoles et son impact en Europe notamment dans les secteurs du lait, de la viande porcine et les fruits et légumes ? Cela semble être le cas si l'on en croit la déclaration de Stéphane Le Foll. Lors de son point de presse à l'issue du Conseil agricole du 14 mars, celui-ci a en effet souligné que « la plupart, voire la totalité, des propositions françaises, se retrouvent dans les mesures décidées par le Conseil des ministres » et ce qui est le plus important « est qu'une large majorité d'Etats membres les soutiennent ». Il a aussi indiqué que « c'est la première fois qu'est prise en compte la situation de surproduction dans certains secteurs, comme le lait, et qu'il y a nécessité d'agir pour maîtriser la production. C'est un point politiquement important ». Le ministre faisait référence à l'une des décisions les plus emblématiques prises par les Etats membres, à savoir, l'autorisation temporaire (six mois renouvelables) accordée aux organisations de producteurs, aux organisations interprofessionnelles et aux coopératives d'établir des accords volontaires sur leur production ou leur offre. (lire aussi p. 9). C'est ce que l'on appelle l'article 222 de l'organisation commune de marché (OCM) (1) Son application conduit à l'autorisation par la Commission d'exempter de tels accords de l'application de l'article 101 du traité sur le droit de la concurrence de l'UE en cas de grave déséquilibre sur le marché. Il s'agit d'une mesure exceptionnelle, prévue par les législateurs dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (Pac) en 2013, mais qui n'a jamais été utilisée auparavant. Cependant, comme l'a souligné le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, « il ne s'agit nullement d'un retour aux quotas laitiers qui ont été supprimés le 1er avril 2015 ». Il a indiqué lors de la conférence finale que « la réponse que nous donnons aujourd'hui est une réponse globale, tenant compte de bon nombre des propositions soumises par les 28 Etats membres, dans les limites des contraintes juridiques et budgétaires qui s'appliquent à chacun d'entre nous. J'estime qu'il s'agit d'un train de mesures qui, avec la pleine mise en œuvre des mesures de solidarité décidées en septembre 2015, peut avoir une incidence réelle et positive sur les marchés agricoles européens ».
PRINCIPALES MESURES ADOPTÉES PAR LES MINISTRES
Parmi les principales mesures décidées par le Conseil des ministres de l'agriculture on peut citer l'augmentation temporaire des aides d'État (les États membres pourront fournir un maximum de 15 000 euros par agriculteur et par an), le doublement des plafonds d'intervention pour le lait écrémé en poudre et le beurre (la Commission va augmenter les limites quantitatives pour le lait écrémé en poudre et le beurre mises à l'intervention de respectivement 109 000 tonnes et 60 000 tonnes à 218 000 tonnes et 120 000 tonnes), le renforcement de la position des producteurs dans la chaîne d'approvisionnement (le groupe de travail « marchés agricoles », lancé dans le cadre de l'aide globale de 500 millions d'euros de septembre 2015, rendra ses conclusions et ses recommandations législatives à l'automne 2016 afin de parvenir à un meilleur équilibre de la chaîne d'approvisionnement alimentaire), le soutien au secteur de la viande porcine (un nouveau régime de stockage privé sera instauré et dont les modalités devront être confirmées), la mise en place d'un « Observatoire du marché de la viande » (à la suite de l'Observatoire du marché du lait établi en 2014), couvrant la viande bovine et por-cine, la promotion des produits (plus de 110 millions d'euros sont disponibles en 2016 uniquement pour le soutien de la promotion des produits agricoles de l'UE au sein de l'UE et dans les pays tiers. Plus de 30 millions d'euros sont spécifiquement alloués à la viande de porc et au secteur laitier, un engagement pris en septembre 2015. Un montant supplémentaire est ajouté aujourd'hui aux 30 millions d'euros afin de tenir compte des perturbations du marché dans ces secteurs), le dialogue avec la Banque européenne d'investissement (élaborer des instruments financiers appropriés pour aider les agriculteurs et les transformateurs à investir dans leurs entreprises pour améliorer leur compétitivité ou procéder aux adaptations structurelles nécessaires), les crédits à l'exportation (étude de la faisabilité d'un régime de crédit à l'exportation qui pourrait compléter les régimes que les États membres gèrent sur une base nationale) et enfin en ce qui concerne le secteur des fruits et légumes : prorogation pour un an encore des mesures exceptionnelles découlant de l'embargo russe et qui expirent le 30 juin 2016.
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Parmi les eurodéputés qui sont intervenus lors d'une réunion exceptionnelle de la commission de l'agriculture du Parlement européen sur la crise des marchés agricoles, le 7 mars dernier, rares sont ceux qui se sont montrés emballés par les déclarations et intentions du commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan. Ainsi le Vert allemand, Martin Hausling, a indiqué que la situation des marchés n'a cessé de se détériorer en dépit des mesures prises par la Commission européenne. Pour lui, cette crise « n'est pas une crise de la demande, il s'agit au contraire d'une crise de l'offre ». Selon lui, « réduire les productions et promouvoir la qualité de nos produits est la meilleure voie à suivre ». Le député PPE français Michel Dantin (à l'origine de la réunion extraordinaire de la commission de l'agriculture sur la crise agricole, ndlr) a indiqué de son côté que même les exploitations les plus performantes en France se disent en difficulté. Selon des banquiers français qu'il a rencontrés au Salon de l'agriculture de Paris, « plus de 15 % des exploitations agricoles françaises ne sont plus redressables » et les industriels témoignaient de négociations commerciales encore difficiles cette annnée. Pour le député de la Savoie, « il est impératif d'exempter les producteurs des dispositions communautaires en matière de concurrence». Propos soutenus aussi par la députée socialiste espagnole Clara Aguile-ra Garcia, pour qui « il est nécessaire et urgent de combattre les pratiques commerciales déloyales et que la Commission doit prendre ce problème à bras le corps ». L'idée de mettre sur pied des crédits à l'exportation n'a pas convaincu grand monde. Marc Tarabella (socialiste belge) a indiqué qu'il s'agit là « d'une idée qui a été utilisée dans le passé et qui s'est traduite notamment par la ruine des petits paysans africains qui n'étaient pas en mesure de concurrencer les prix écrasé des Européens grâce aux subventions communautaires ».
(1) Pour que l'article 222 du Traité de l'UE puisse être activé, une majorité d'Etats membres doit se prononcer en sa faveur. Et pour être efficace, cet article doit être appliqué par tous les pays en même temps.