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Alimentation Richard Girardot, le nouveau patron de l’Ania dévoile sa feuille de route

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Lors de sa première intervention devant la presse, Richard Girardot, nouvellement élu à la tête de l’Ania, a fait le point sur les grands sujets d’actualité pour les IAA, tels que la loi attendue pour la fin du mois, qui découle des États généraux de l’alimentation voulus par le gouvernement il y a un an. Il a également donné quelques axes de travail et de réflexion. Mais avant tout, le nouveau patron de l’Ania veut anticiper et agir pour faire bouger les choses.

Comme tout le monde, Richard Girardot, le nouveau patron de l’Ania a fait sa rentrée. Mardi 11 septembre, à l’occasion de sa première conférence de presse depuis son élection le 21 juin, l’ancien patron de Nestlé France a non seulement donné ses premières impressions depuis son arrivée, mais aussi dressé l’état des lieux des prochains chantiers. Richard Girardot, qui a effectué l’essentiel de sa carrière chez le géant suisse, a en premier lieu témoigné de son admiration pour "le dynamisme, la passion et l’esprit d’innovation et d’entreprise" qu’il a découverts dans bon nombre d’entreprises françaises. "Il n’y a pas de limite dans le dynamisme de ces entreprises, avec des patrons extrêmement courageux, qui prennent des risques et qui s’impliquent", a-t-il affirmé.

S’il semble globalement marcher sur les traces de son prédécesseur, "étant donné qu’il s’agit des mêmes entreprises et des mêmes secteurs", a-t-il précisé, Richard Girardot veut néanmoins se démarquer. ""La différence entre dire et faire, c’est faire", c’est une de mes devises. Anticiper, ça c’est le changement, a-t-il lancé. L’Ania doit être force de propositions, après les entreprises suivront, mais c’est à nous d’anticiper. C’est bien de se fixer des objectifs, des priorités, mais maintenant il va falloir assurer."

Précisant bien qu’il n’avait pas encore passé le cap des 100 jours à son nouveau poste, il n’en a pas moins donné ses principales priorités visant à "défendre notre métier et défendre nos intérêts pour redévelopper ou développer un souffle en termes d’investissement et d’innovation".

EGA - Parmi les principaux sujets évoqués, les Etats généraux de l'alimentation (EGA) arrivent en bonne position. Saluant au passage "le travail fantastique à la fois de l’Ania et des autres fédérations lors des États généraux", Richard Girardot a tenu à rappeler que le premier point positif de ces EGA tenait à la volonté de dialogue. "Pour la première fois, toutes les parties prenantes de l’amont à l’aval étaient sous l’œil et l’écoute de l’autorité". Une initiative dont on peut "remercier à la fois le président de la République et le Premier ministre". Chacun a essayé de faire passer des messages et de défendre son point de vue, mais maintenant la balle est dans le camp du gouvernement, a résumé le président de l'Ania. Dans l’attente de cette fameuse loi qui doit permettre de rééquilibrer le rapport de force entre producteurs, transformateurs et distributeurs et qui pourrait être annoncée à la fin du mois, le patron de l’Ania s’est bien gardé d’un quelconque pronostic. Il s’est contenté de souligner comme indispensable "un alignement sur les recommandations de cette loi", sachant que "sans règle du jeu claire, il y aura encore des problèmes avec la distribution ou en amont sur les prix de revient des matières premières". Le 5 juillet dernier, lors de son discours pour les 50 ans de l’Ania, Richard Girardot avait indiqué que les "négociations commerciales 2019 étaient celles de la dernière chance".

DMA - Un autre sujet "plus délicat" selon le patron de l’Ania concerne la "destruction massive de l’alimentation" (DMA). Montrant du doigt plusieurs livres à sensation, Richard Girardot a rappelé que, certes, tout n’était pas parfait dans l’IAA, mais que la majorité des entreprises faisaient tout "pour assurer une qualité et une sécurité alimentaire", a-t-il insisté, rappelant que ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la France est aujourd’hui au deuxième rang mondial pour la sécurité alimentaire. "Nous sommes face à un marketing de la panique, de la peur, dont personne ne doit être dupe." Pour autant, si le consommateur a besoin d’être rassuré au-delà de ce que fournissent les entreprises sur le plan de la sécurité alimentaire, tout sera fait en se sens. L’Ania approuve d'ailleurs les démarches de certaines vers plus d’authenticité et de naturalité et estime qu’il existe encore un seuil de progression pour atteindre ce niveau d’exigence des consommateurs. "C’est notre devoir de répondre à cette demande des consommateurs, mais cela prend du temps pour continuer à modifier nos recettes."

La viande et les végans - Si l’Ania n’a pas à être militante sur l’un ou l’autre de ces sujets, elle se doit de répondre aux demandes des uns et des autres. Le message est clair. "Notre rôle est d’accompagner les démarches de bien-être animal et de trouver un point d’équilibre dans la consommation de protéines végétales et animales", a encore souligné Richard Girardot.

Environnement - Citant à plusieurs reprises, la démarche de Danone comme l’exemple à suivre (lire ci-dessous), Richard Girardot a annoncé la mise en place d’une une charte sur l’environnement. Un sujet qui reste une position forte pour l’Ania. "Nous allons développer des axes de travail très clairs avec nos adhérents."

Export - Richard Girardot compte s’attaquer à la relance de l’export des produits français. Évoquant le concept de la chaîne Eataly qui réunit tous les produits italiens de toutes les régions, ce dernier ne verrait pas d’inconvénient à ce que ce type de démarche soit portée par l’Ania. C’est "une piste, une ambition qui devrait être collective et permettrait de fédérer des territoires" a-t-il souligné, reconnaissant toutefois qu'"il sera difficile de faire travailler ensemble par exemple l’Alsace avec la région Paca. Mais il faudra y arriver. Cela prendra du temps".

Relations avec la distribution - Reconnaissant la difficulté de donner un chiffre précis sur l’impact de la guerre des prix entre distributeurs, Richard Girardot évalue "en gros à 4 milliards d’euros la déflation en 5 ans" pour les IAA. Et au global, c’est-à-dire en tenant compte de la hausse des coûts des matières premières et de des coûts de production qui ne sont pas pris en compte dans le prix des produits alimentaires, "la perte pour l’industrie alimentaire peut être estimée entre 6 et 7 milliards d’euros sur 5 ans", a-t-il ajouté. Résultat : la France cumule du retard par rapport aux pays voisins, puisque dans le même temps, les prix alimentaires ont progressé de 3 % en moyenne sur la zone euro. " Une perte de compétitivité réelle et indéniable face aux autres pays européens qui ne se réglera pas en s’invectivant", selon le numéro un de l’Ania, "mais en trouvant des solutions ensemble, soit avec le gouvernement, soit lors des négociations avec les distributeurs". Et de regretter non pas "une loi pour réguler, mais qu’il faille une loi".

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La montée en gamme, souvent présentée comme une piste de croissance pour les IAA françaises, ne doit pas faire oublier qu’une grande partie des consommateurs français peine à satisfaire ses besoins alimentaires essentiels. Le dernier baromètre Ipsos-Secours populaire publié le 10 septembre est venu rappeler que 21 % des Français déclarent ne pas être en mesure de s’offrir une alimentation saine leur permettant de faire trois repas par jours. Et 27 % admettent ne pas avoir les moyens financiers de s’acheter quotidiennement des fruits et légumes. Chez les foyers les plus modestes, la situation est encore plus critique : plus d’un Français sur deux dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 200 euros indique avoir des difficultés à payer la cantine de ses enfants et près d’un sur deux (48 %) estime avoir des difficultés à se procurer une alimentation variée.

Richard Girardot l’a répété lors de la conférence de presse du 11 septembre : "Il est de notre devoir de répondre à la demande de tous les consommateurs. Nous devons avoir des solutions appropriées pour chacun".

Discours

Stéphane Travert : "Loi et plans de filière sont les deux jambes du chantier économique des EGA"

Stéphane Travert dans son discours au SPACE de Rennes le 11 septembre, a indiqué qu'il comprenait l'inquiétude des éleveurs d’avoir à supporter, seuls, les surcoûts liés à forte hausse des céréales et le renchérissement du coût de l’aliment. D'où l'importance de pouvoir répercuter "tout au long de la chaîne les variations trop fortes ou durables, sous peine de fragiliser le seul éleveur" a-t-il rappelé. Le projet de loi issu des EGA devait donc apporter des réponses sur ces différents points, à condition que chacun fasse sa part.

"Il faut être clair sur deux points : d’abord, la loi et les engagements volontaires des acteurs, exprimés dans les plans de filière doivent avancer ensemble. J’entends ceux qui voudraient que l’Etat règle tout par son autorité normative. Eh bien non. Loi et plans de filière sont les deux jambes du chantier économique des EGA et elles sont indissociables" a ainsi rappelé le ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Il a également enjoint les éleveurs à se regrouper "en organisations de producteurs et en associations d’organisations de producteurs pour être plus forts".  Et de terminer ce point sur les EGA par un rappel du calendrier : "les négociations commerciales commencent dans quelques semaines. Ma mobilisation est totale pour que d'ici là, vous ayez les outils pour enclencher l'inversion de la construction des prix agricoles. A vous de les faire vôtres et le plus tôt sera le mieux !"

Coûts de production

La FNSEA favorable à l’intervention de l’Observatoire des prix

Alors que le projet de loi alimentation est examinée à l’Assemblée nationale le 12 septembre, la FNSEA est revenue sur la question des indicateurs de coûts de production. « Nous avons des engagements sur l'ordonnance, sur les promotions, sur la question de la contractualisation, sur la renégociation pour les industriels mais on a un point de désaccord sur les indicateurs », a indiqué Christiane Lambert, présidente du syndicat.

Les agriculteurs souhaitent que les filières puissent s'appuyer sur l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) pour établir des indicateurs de coûts de production, qui serviront de base à l'établissement des prix, pour éviter que les acteurs les plus puissants - distributeurs et transformateurs - n'imposent leur volonté. 

Mais le gouvernement estime pour sa part que c'est aux filières de prendre leurs responsabilités, par la négociation. « Nous ne voulons pas de prix administrés mais des indicateurs fixés en interprofession avec, comme père fouettard, l'observatoire qui en cas d'échec en interprofession sera la référence fiable », assure Christiane Lambert, déplorant au passage l’attitude de « la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) qui a refusé de finaliser le travail pour définir des indicateurs de référence de coûts de production » lors des dernières rencontres des interprofessions du lait et de la viande.