Spécialiste de l'économie porcine à l'université de Wageningen, le Néerlandais Robert Hoste estime que le cycle du porc existe toujours, mais qu'il doit être appréhendé en fonction de la rentabilité des exploitations et non plus du prix du porc. Il s'attend à une baisse de la production en 2015-2016.
Pourquoi n'observe-t-on plus de cycle du porc en Europe depuis le milieu des années 2000 ?
Pour moi, le cycle du porc existe toujours. Cependant il ne s'agit plus d'un simple cycle « hausse des prix – hausse de production – baisse des prix – baisse de production ». Il est perturbé par différentes forces. L'une des forces notables est le prix de l'aliment. Quand le prix de l'aliment est monté en 2007, il a fallu environ une année et demi avant que la rentabilité ne retrouve le niveau d'avant la hausse des prix. En fait, le cycle du porc ne doit pas être mesuré avec les prix, mais avec les profits. Un autre facteur, c'est l'ouverture par la Commission européenne d'une aide au stockage privé en début d'année, et le retour sur le marché, en ce moment, sur la période juillet-août de la viande de porc qui avait été stockée. Par ailleurs, on observe que le nombre de truies en Europe n'a pas baissé l'année dernière, malgré l'augmentation intrinsèque de la productivité des truies. Or, il est nécessaire d'avoir une offre constante de porcs charcutiers. Par conséquent, je m'attends à une baisse dans le cycle en 2015 et 2016.
Pourquoi la production française décroit-elle depuis le milieu des années 2000, tandis que les productions espagnole et allemande progressent ?
La filière porcine française – production et industrie – n'est pas compétitive comparée à l'Espagne et à l'Allemagne. L'Espagne a des coûts de production relativement faibles, et un bon prix de marché. L'Allemagne a plutôt de faibles coûts de production également, lorsqu'ils sont basés sur des porcelets danois ou hollandais. L'industrie porcine française a connu une longue période – environs douze ans – avec presque aucune amélioration structurelle dans les bâtiments de production porcine. Cela la place loin derrière d'autres pays européens.
« Les producteurs français doivent pouvoir être compétitifs. Sinon, la production nationale va voir ses volumes se réduire »
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Que pensez-vous de la contractualisation entre producteurs et abatteurs ou transformateurs ? Certains producteurs remarquent que la contractualisation n'a pas empêché la production de certains pays, comme l'Italie, de diminuer.
Si les transformateurs sont capables de proposer des contrats et de les tenir dans le temps, ils s'assurent une sécurité de volumes et de qualité. Cependant, les risques portés par le niveau de l'exploitation (par exemple, les prix de l'aliment) seront transférés au niveau de la transformation. Cela pourrait être positif pour les éleveurs, mais pourrait devenir un fardeau pour l'industrie de la viande.
Si rien ne change en France, que se passera-t-il pour la filière porcine ?
La demande mondiale de viande porcine va augmenter, mais la compétition se fait sur le marché européen. Par conséquent, les producteurs français doivent pouvoir être compétitifs. Sinon, la production nationale va voir ses volumes se réduire et les éleveurs vont essayer d'augmenter la taille de leurs exploitations pour diminuer leurs coûts de production.