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Robert Vautard, climatologue

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Sécheresse dans le Grand Est, inondations dans l’Aude, tempêtes dans le Sud Est… Ces évènements extrêmes semblent de plus en plus fréquents. Est-ce un signe du changement climatique ? Éléments de réponses avec le climatologue Robert Vautard, spécialiste des phénomènes climatiques extrêmes à l’Institut Pierre-Simon Laplace. Il participe depuis 2013 au projet « Extremoscope », dont le but est d’améliorer les outils pour analyser ces évènements.

Est-il possible de savoir avec certitude si un évènement extrême est lié au réchauffement climatique ?

Oui, et c’est de moins en moins compliqué. Pour déterminer ce lien, deux étapes sont nécessaires. Il faut d’abord analyser les caractéristiques d’un phénomène climatique. S’il survient avec une plus forte intensité qu’auparavant, ou avec une fréquence plus soutenue, c’est un bon indice. Nous réalisons ensuite une simulation, grâce à un logiciel de modélisation. On simule un monde A, dans lequel le changement climatique n’a pas eu lieu, et un monde B, au sein duquel ce phénomène existe. Ensuite, on calcule les conséquences d’une augmentation de la température moyenne sur l’évènement climatique en question. Ces modèles sont très performants, car ils prennent en compte de plus en plus de données. Grâce au projet « Extremoscope », mené par Météo France et l’Institut Pierre Simon Laplace depuis 2013, nous avons mis au point des outils capables de déterminer, quasiment en temps réel, si un extrême climatique est lié au réchauffement.

Quels sont les évènements extrêmes dont on sait qu’ils sont liés au changement climatique ?

On a des conclusions claires pour certains phénomènes. C’est le cas des vagues de chaleur. Il y en a de plus en plus, et elles sont de plus en plus intenses. On peut dire avec certitude qu’il s’agit d’une conséquence du changement climatique. Les pluies intenses sont aussi liées au réchauffement, notamment autour de la Méditerranée. Pour les inondations, c’est moins clair. Elles peuvent aussi s’expliquer par l’imperméabilisation croissante des sols. En Europe continentale, les sécheresses ne semblent pas non plus être liées au réchauffement – dans le Grand Est c’est une certitude. En effet, ce phénomène est souvent lié à un manque de précipitations. Or, le changement climatique se traduit par une augmentation des précipitations. Il est vrai, en revanche, que les températures élevées peuvent aggraver la sécheresse des sols.

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À quoi peut-on s’attendre en matière d’extrême climatique dans les prochaines décennies ?

On observe une vraie accélération de l’intensité et de la fréquence de la plupart des extrêmes climatiques. Dans les prochaines décennies, on assistera à une augmentation des grosses vagues de chaleurs, avec des étés caniculaires très fréquents. C’est une quasi-certitude. Les phénomènes de pluies torrentielles vont se poursuivre chaque année. Pour les cyclones, c’est en revanche beaucoup moins clair : les résultats de nos expériences ne nous permettent pour le moment pas de faire des conclusions.

L'« Extremoscope » : un projet pour affiner l’analyse des extrêmes climatiques

Lancé en 2013 sous l’égide du ministère de l’Environnement, le projet « Extremoscope » a réuni pendant trois ans des experts de Météo France et de l’Institut Pierre-Simon Laplace. L’objectif : développer des méthodes et outils visant à déterminer l’influence du changement climatique sur les événements météorologiques extrêmes. Les climatologues ont notamment réalisé des cas d’études sur certains évènements, comme la canicule de 2003 et les précipitations extrêmes de l’hiver 2013-2014. Ses résultats ont été présentés en 2017. Ils font état d’un impact du réchauffement climatique sur les vagues de chaleur et les fortes précipitations. La collaboration entre les deux organismes continue depuis.