Le Royaume-Uni a conclu, après celui avec l’Australie, son plus grand accord commercial post-Brexit avec la Nouvelle-Zélande, permettant aux viandes bovine et ovine néo-zélandaises d’accéder librement à son marché avec une suppression progressive des quotas et des droits de douane. Une nouvelle fois, cet accord inquiète le monde agricole britannique et irlandais en raison des risques de distorsions de concurrence.
Après l’Australie il y a quelques mois, le Royaume-Uni vient de conclure le 20 octobre un accord commercial de principe avec la Nouvelle-Zélande qui viserait notamment à octroyer un accès libre à son marché aux viandes bovine et ovine néo-zélandaises avec une suppression progressive des quotas et des droits de douane en quinze ans. Selon cet accord, durant la première décennie, un contingent transitoire exempt de droits sera mis en place pour le bœuf néo-zélandais, il augmentera par tranches annuelles égales, passant de 12 000 t la première année à 38 820 t la dixième année. Pour les cinq autres années, les deux parties ont convenu d’une garantie spécifique au produit pour la viande bovine, avec des volumes qui augmenteront par tranches annuelles égales de 43 056 t au cours de la onzième année à 60 000 t lors de la quinzième année. Et si les importations en provenance de Nouvelle-Zélande dépassent ces niveaux, un droit de 20 % sera appliqué pour le reste de l’année. Sur le plan des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS), l’accord stipule que l’interdiction des hormones dans la production de viande bovine (autorisée en Nouvelle-Zélande) reste en place. Dans le même temps, les deux parties s’efforceront de reconnaître des équivalences concernant leur système réglementaire respectif.
Concernant l’agneau, les droits de douane seront aussi éliminés sur une période de quinze ans avec un contingent transitoire en franchise de droits pour les importations de viande ovine en provenance de Nouvelle-Zélande. Le volume étant fixé à 35 000 t par an pour les quatre premières années et à 50 000 t par an pour les onze autres années. En dehors de ce contingent le tarif de la nation la plus favorisée (NPF) actuel pour la viande ovine s’applique. Quant aux produits laitiers et aux pommes fraîches, les droits de douane seront éliminés respectivement sur une période de respectivement cinq et trois ans.
Un chapitre sera également consacré au bien-être animal, enjeu auquel Londres attache beaucoup d’importance.
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Inquiétudes en Irlande
Inquiet de cette décision pour les éleveurs d’ovins, le président de l’association des agriculteurs irlandais (IFA), Tim Cullinan, a déclaré dans un communiqué que « c’est précisément le scénario dangereux que nous avons signalé à la suite du vote du Brexit en 2016. Les accords commerciaux entre le Royaume-Uni et les pays tiers ont le potentiel de miner ce qui est un marché très important pour nos exportations ». Les négociations commerciales en cours entre l’UE et l’Australie d’une part et la Nouvelle-Zélande d’une autre, ne devraient pas non plus le rassurer. Ces deux pays sont connus pour leur forte capacité d’exportation de produits agricoles.
Côté britannique, la présidente du principal syndicat agricole britannique (NFU), Minette Batters, s’alarme « du risque du manque de compétitivité des agriculteurs britanniques qui pourrait à terme menacer la viabilité de nombreuses exploitations agricoles dans les années à venir ». En conséquence, elle appelle le gouvernement « à expliquer de toute urgence comment cet accord ainsi que celui avec l’Australie bénéficieront à l’agriculture britannique et aideront les consommateurs qui souhaitent acheter des produits locaux à partir de normes sanitaires élevées ». Sur ce point, elle a assuré que « l’accord comportait une mesure de sauvegarde qui peut être activée pour protéger les producteurs nationaux contre une hausse soudaine des importations ».
Avant une signature officielle de l’accord, les deux parties doivent encore procéder à un nettoyage juridique du document. Les gouvernements devraient ensuite publier le texte juridique complet assorti d’une évaluation d’impact, avant une ratification par les parlements respectifs.