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ACQUISITION/BRASSERIE SABMiller - AB InBev : une opération à 100 milliards d'euros

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SABMiller a accepté la quatrième d'offre d'AB Inbev, qui signe ainsi une opération à près de 100 milliards d'euros, l'une des plus importantes acquisitions jamais réalisées. S'il aboutit, ce rachat donnera naissance à un mastodonte, qui brassera près d'un tiers de la bière vendue dans le monde, soit trois fois plus de volumes qu'Heineken, son premier concurrent.

La quatrième tentative aura été la bonne. SABMiller, numéro deux mondial de la bière, a annoncé, le 13 octobre, avoir accepté l'offre du numéro un du secteur, le belgo-brésilien AB Inbev, qui propose de le reprendre pour l'équivalent de 96 milliards d'euros.

L'opération, si elle aboutit, représenterait une des plus grandes acquisitions de l'histoire économique. Elle donnerait naissance à un géant de la bière qui combinerait les

marques Budweiser et Stella Artois de AB Inbev avec Peroni, Pilsner Urquell et Grolsch apportées par SABMiller. Ensemble, les deux entreprises vendront près d'une bière sur trois dans le monde (29 % selon Euromonitor) et brasseront trois fois plus de volumes que l'actuel numéro trois du marché, Heineken (sous réserve des autorisations des autorités de la concurrence). Avec cette opération, AB Inbev s'ouvre les portes de l'Afrique, où SABMiller, né il y a 120 ans en Afrique du Sud, est très présent.

AB INBEV S'OUVRE LES PORTES DE L'AFRIQUE

Arguant de l'intérêt de son investissement il y a quelques jours, AB InBev avait souligné que la combinaison des deux groupes représenterait « un brasseur vraiment mondial ». « Vu les implantations géographiques largement complémentaires et les portefeuilles de marques d'AB InBev et SABMiller, le groupe combiné opérerait dans presque tous les marchés majeurs de la bière, y compris des régions émergentes clés avec de fortes perspectives de croissance comme l'Afrique, l'Asie, l'Amérique centrale et du sud », avait souligné le groupe basé à Louvain.

UNE OPÉRATION À 100 MILLIARDS D'EUROS

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SABMiller, basé à Londres, a expliqué dans un communiqué commun que son conseil d'administration était parvenu à une entente avec celui d'AB InBev, en vertu de laquelle ce dernier va racheter chaque action SABMiller pour 44 livres sterling, soit un niveau de capitalisation boursière pour SABMiller de 71,2 milliards de livres (96 milliards d'euros). Dette incluse, cette offre en numéraire valorise même le groupe basé à Londres autour de 80 milliards de livres (108 milliards d'euros).

PRIME DE 50 % POUR LES ACTIONNAIRES DE SABMILLER

Justifiant son accord, le conseil d'administration de SABMiller a souligné que cette offre, que AB InBev a dû relever quatre fois pour obtenir l'accord de sa cible, représentait une prime de 50 % par rapport au cours de clôture de SABMillerle 14 septembre, veille de forts mouvements spéculatifs sur une éventuelle transaction. L'accord conclu entre les directions des deux groupes prévoit une offre alternative à la proposition en cash, portant sur un maximum de 41 % du total des actions de SAB-Miller. Les actionnaires du groupe britannique qui choisiraient cette alternative se verraient remettre environ 0,48 action d'AB InBev plus 3,78 livres en numéraire pour chacune de leur action SABMiller.

Le titre SABMiller montait fortement de 9,07 % à 39,50 livres vers 11H00 GMT mardi à la Bourse de Londres, tandis qu'AB InBev grimpait de 1,73 % à 100,05 euros à la Bourse de Bruxelles.

… MAIS DES ANALYSTES DUBITATIFS SUR LE LONG TERME

Le marché de la bière devrait continuer à croître dans les années à venir, mais modérément, du fait de la stagnation dans les pays développés. Selon Euromonitor, il devrait atteindre 213 milliards de litres à l'échelle mondiale en 2019, contre 197,5 milliards en 2014. « Nous avons beaucoup écrit sur les intérêts de cette combinaison depuis 2011 et continuons à voir des avantages majeurs dans cette opération pour les actionnaires d'AB Inbev sur le long terme », ont indiqué des analystes de Canaccord Genuity à Reuters. Une position que ne partage pas complètement Euromonitor. « Alors que le mouvement artisanal arrive à maturité et rebat les cartes sur le marché de la bière et dans toute l'industrie de l'alcool, la consolidation peut peut-être satisfaire des marchés financiers, mais elle ne sera pas vraiment pertinente pour les jeunes consommateurs qui recherchent des alter-natives aux bières de masse. L'innovation et l'expérimentation à petite échelle détermineront les futures trajectoires de croissance, voire la taille et les marges », estimait Spiros Malandrakis, analyste spécialiste des boissons alcoolisées chez Euromonitor au début du processus. « Les principales opérations d'acquisitions possibles dans le secteur étant désormais bouclées ou sur les rails, on peut se demander ce que les brasseurs mondiaux vont bien pouvoir faire pour continuer de grandir », s'est pour sa part interrogé Jeremy Cunnington,également analyste chez Euromonitor. Ensemble, AB Inbev, SABMiller, Heineken et Carlsberg, qui sont chacun présents sur tous les continents, brassent plus de la moitié des volumes mondiaux.