Le mouvement de concentration s’accélère sur la bière. A la recherche de croissance externe sur les marchés émergents, à l’instar du hollandais Heineken en Russie depuis un an, les grands brasseurs continuent de réaliser de grandes acquisitions à l’international. C’est au tour du britannique SABMiller de s’offrir le numéro deux en Amérique Latine : Bavaria.
Moins d’un an après le rachat du brésilien AmBev par le belge Interbrew, qui a donné naissance à InBev, le groupe SABMiller, numéro trois mondial de la bière, croque en Amérique du Sud le groupe colombien Bavaria pour 7,8 milliards de dollars. Avec cette opération, il devient le numéro deux de la région derrière InBev. Après plusieurs mois de discussions, l’acquisition se concrétise par un échange de participations entre le britannique et la famille Santo Domingo, propriétaire de Bavaria. Ainsi, SABMiller acquiert 71,8 % du Colombien, au prix de 19,48 dollars par action, et émet 225 millions d’actions nouvelles, d’une valeur de 3,5 milliards de dollars, qui donneront à la famille Santo Domingo 15,1 % de SABMiller. La valeur de la participation de 71,8 % est de 4,8 milliards de dollars et, en incluant la dette de Bavaria et les intérêts minoritaires, la valorisation totale du groupe est de 7,8 milliards de dollars. Dans le détail, le groupe britannique assumera 1,9 milliard de dollars de dette et rachètera les intérêts minoritaires du groupe colombien pour 2,1 milliards de dollars. D’autre part, le groupe britannique a également l’intention d’acheter les titres de la filiale colombienne de Bavaria au Pérou.
12,5 milliards de dollars de CA
Ce rapprochement donne naissance à un groupe de 52 000 personnes, implanté dans près de 50 pays et dont la production annuelle s’élèvera à 175 millions d’hectolitres de bière, contre 202 millions pour InBev et 136 millions pour l’américain Anheuser-Busch en 2004. Le nouveau mastodonte de la bière ainsi créé générera 12,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires net pro forma, pour 3,5 milliards de dollars d’excédent brut d’exploitation (Ebitda), ce qui le propulse à la deuxième place mondiale (en chiffre d’affaires) derrière Anheuser-Bush (14,9 Mds de dollars) et devant Heineken (12 Mds de dollars). SABMiller, propriétaire des marques Miller, Castle, Pilsner Urquell et Peroni, était déjà implanté au Salvador et au Honduras, mais était absent de l’Amérique du Sud. Bavaria y détient quant à lui des positions quasi monopolistiques. La jeune mariée possède en effet 99 % des marchés colombien et péruvien de la bière, 93 % du marché en Equateur et 79 % à Panama, via ses marques vedettes Aguila, Cristal, Pilsener et Atlas. Le groupe produit également du lait, des jus de fruits et des sodas. « C’est une très bonne opération pour SABMiller,s’est félicité le directeur général du groupe britannique, Graham Mackay, au cours d’une conférence de presse. Cela fera du groupe l’un des plus gros investisseurs dans la région des Andes, avec de belles perspectives de croissance. C’est une opportunité unique et un mouvement stratégique ». Sur ces marchés, le groupe britannique s’attend à une croissance annuelle de 4 % des volumes sur les cinq prochaines années.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
120 millions d’économies de coûts attendus d’ici 2010
Ce rapprochement entre SABMiller et Bavaria n’est qu’une illustration de plus de la recherche de croissance tous azimuts que mènent actuellement les grands brasseurs internationaux dans les pays émergents à l’instar du hollandais Heineken en Russie - où il a racheté les groupes Volga, Shikan, Sobol, Patra et Stepan Razin en l’espace d’un an à peine – et en Chine – où il a acquis récemment une participation de 40 % dans la brasserie de Jiangsu DaFuHao. De son côté, le mois dernier, SABMiller avait déjà annoncé un investissement de 125 millions de dollars dans sa filiale en Inde. Cette internationalisation se révèle en effet plus que jamais indispensable pour les géants du secteur, alors que leur marchés traditionnels, qu’ils soient américains ou européens, arrivent à saturation et voient leur consommation chuter face à la montée des nouvelles boissons et à une désaffection croissante de la part des consommateurs. Grâce à ce rapprochement, SABMiller – dont le groupe américain Altria est le premier actionnaire avec environ 25 % du capital – table sur des économies de coûts de l’ordre de 120 millions de dollars d’ici mars 2010 et s’attend à ce que l’opération profite à ses résultats, hors coûts liés à la fusion, dès l’exercice en cours qui s’achèvera fin mars 2006. Mais déjà, certains analystes considèrent que le prix était bien trop élevé et que le jeu n’en valait pas la chandelle.