Saint Jean vise un quasi doublement de son chiffre d'affaires d'ici à 2020 et cherche pour ce faire à se renforcer sur ses métiers, notamment le traiteur, via de la croissance externe. La société, contrôlée par Claude Gros et sa famille, réfléchit aussi à l'entrée de cadres au capital.
Petit à petit, le groupe Sabeton s'est réduit à une seule activité avec Saint Jean (1). « Nous avons progressivement cédé nos autres activités pour investir dans Saint Jean, à hauteur de cinquante millions d'euros sur la dernière décennie dont 17 millions d'euros sur les deux dernières années », explique Claude Gros, président de Sabeton. Au gré des rachats (le dernier date de 2007) et des agrandissements (Agra Alimentation du 9 avril 2015), Saint Jean, connue pour ses ravioles et ses quenelles est ainsi devenue une belle PME ; avec 350 salariés, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 57,3 millions d'euros en 2014, et entend bien continuer à se développer à un rythme soutenu. « Nous visons 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020, explique Guillaume Blanloeil, directeur général de Saint Jean. Nous atteindrons 85 millions d'euros grâce à la croissance interne, et le reste viendra d'acquisitions dans nos métiers. »
DIVERSIFIER LES RISQUES
Au nombre de quatre, ces métiers doivent aussi mieux s'équilibrer. Actuellement, les ravioles pèsent 35 % des volumes, les pâtes fraîches 32 %, les quenelles 24 % et le traiteur 9 %. « Il nous faudra notamment développer notre activité traiteur, détaille Guillaume Blanloeil. Elle est importante car elle nous donne une légitimité pour mieux nous implanter dans toute la France, voire à l'international. » Faire baisser le poids des ravioles dans les ventes permettrait aussi d'atténuer les effets de la hausse du prix du comté, un de leurs premiers ingrédients. « Nous en achetons plus de 1 000 tonnes chaque année, et le prix augmente de 4 % par an en moyenne… » La gestion de la volatilité des matières premières est sans doute l'un des enjeux les plus importants pour Saint Jean, qui affiche une marge brute d'exploitation de 7 % (2). En termes de distribution, le dirigeant est plutôt satisfait pour ce qui concerne la France. « Aucun client ne pèse plus de 10 % de nos ventes et dans une même enseigne, nous travaillons avec plusieurs acheteurs, ce qui est une bonne chose. En revanche, nous n'exportons quasiment pas, alors qu'une PME de notre taille devrait réaliser au moins 10 % de ses ventes à l'étranger », souligne Guillaume Blanloeil.
UNE TRANSITION EN DOUCEUR
Jusqu'ici, Saint Jean a construit son succès sur un modèle de développement atypique. « Je n'ai jamais fermé une seule usine, déclare Claude Gros. Parce que sur le long terme, la réussite de l'entreprise dépend de la bonne entente entre les dirigeants, les actionnaires et les salariés ». Actuellement actionnaire de Sabeton à hauteur de 63 % avec sa famille, il a proposé au conseil d'administration de travailler sur des pistes pour faire entrer des salariés au capital. Une idée qui devrait être à l'ordre du jour de l'assemblée générale de juin 2016. L'an passé, Sabeton avait déjà consenti à Guillaume Blanloeil une option d'achat portant sur 5 % du capital de Saint Jean, exerçable à partir du 1er juillet 2017.
(1) Sabeton contrôle toujours la Compagnie Agricole de la Crau, qui va prochainement être dissoute. (2) Avec l'ensemble de ses filiales, notamment imobilières, Saint Jean dégage une marge d'exploitation de 11 %
Si les boutiques Saint Jean ne sont pas centrales dans le projet de développement de l'entreprise, la démarche n'en est pas moins réfléchie. « Nous avons actuellement trois boutiques, à Romans sur Isère, Grenoble et Saint Jean en Romans. Elles dégagent un chiffre d'affaires de 1,4 million d'euros et sont rentables. Mais c'est encore insuffisant pour embaucher un spécialiste du métier », explique Guillaume Blanloeil. Les prochaines ouvertures auront lieu à Lyon et à Paris.