Abonné

Sucre/Résultats Saint Louis Sucre pense sortir renforcé des turbulences actuelles

- - 5 min

Le n°2 du sucre en France, Saint Louis Sucre, a accusé une chute de 30% de son bénéfice net l’an dernier (64 M EUR pour un chiffre d’affaires stable à 1,08 milliard), ses marges subissant le contrecoup des hausses de l’énergie et de l’encombrement du marché européen. Se préparant à la réforme de l’OCM et à des rachats de quota additionnel, il accroît ses investissements de productivité et s’engage plus avant dans la filière alcool en reprenant notamment le contrôle total de la distillerie nordiste Ryssen.

Saint Louis Sucre, la filiale du premier sucrier mondial, l’allemand Südzucker, ne manque pas d’atouts pour s’adapter à la nouvelle donne créée par la réforme du régime sucrier européen. L’entreprise a quand même souffert sur le dernier exercice des turbulences provoquées par la gestion communautaire du marché. Si la campagne a été excellente pour Saint Louis dont la production a été de 974 000 tonnes de sucre de betteraves et les volumes vendus en progression à 1,18 million de tonnes, le groupe n’a fait que maintenir son chiffre d’affaires à 1,080 milliard d’euros, après plusieurs années de croissance.

Encombrement du marché européen

Les résultats du numéro 2 français du sucre ont été amputés fortement par les hausses du coût de l’énergie et la contraction de ses marges due à la situation dégradée du marché européen du sucre. Ainsi sur l’exercice clos fin février, le résultat opérationnel est retombé à 94 millions d’euros, contre 151 M un an plus tôt, soit une chute de 38% et le bénéfice net ressort à 64 M, en baisse de 30%. Ce résultat « totalement insatisfaisant » pour Frédéric Rostand, président du directoire du groupe, est imputable pour partie (7 M EUR) à la hausse du prix de l’énergie et des transports, mais surtout aux déséquilibres constatés sur le marché européen qui se sont aggravés en 2005 avec une forte chute des prix du sucre (de l’ordre de 50%) alors même que le cours mondial augmentait de 80%. Frédéric Rostand pointe la façon dont la Commission a géré le marché, sacrifiant les restitutions à l’exportation sur pays tiers et provoquant par effet domino un encombrement du marché intérieur et une mise à l’intervention de 10% de la consommation.

Avec l’entrée en vigueur au 1er juillet de la réforme de l’OCM sucre (qui ne bougera pas avant 2015), le groupe n’a pas le choix, il devra se retirer du marché export pour se concentrer sur le marché européen. L’Europe, en ne soutenant plus les prix, a en effet programmé une baisse sur quatre ans de 38% pour la betterave et de 36% pour le sucre ; sa production pourrait diminuer de plus de 30% et en s’ouvrant davantage aux sucres des pays émergents, l’UE va passer du statut d’exportatrice nette à celui d’importatrice nette, prévoit le président de Saint Louis.

Rachat de 100% de Ryssen

Le groupe assure néanmoins qu’il saura faire face, grâce à sa double implantation en France et en Pologne et à son adossement au premier sucrier mondial qui totalise 22% du quota européen. Il aura ainsi la capacité d’investir en conséquence pour être encore plus compétitif. « Une nouvelle phase de consolidation du secteur va s’ouvrir dont il doit sortir gagnant», assure Frédéric Rostand, dans une Europe qui à terme « ne comptera plus que cinq groupes ». Les investissements industriels de Saint Louis ont déjà augmenté de 24% l’an dernier pour atteindre globalement 51 M EUR et en France ils devraient passer de 37 à 46 M EUR cette année. De plus, le groupe diversifie ses débouchés en direction de la filière alcool. C’est en ce sens qu’il vient de porter de 50 à 100% sa participation dans la distillerie Ryssen à Dunkerque, leader européen du raffinage d’alcool agricole. Cette entreprise, qui réalise 99 M EUR de chiffre d’affaires avec 143 salariés et fournit entre autres les grands du secteur des spiritueux, va tripler sa capacité de déshydratation actuellement de 300 000 m3 à raison d’un investissement de 6 M EUR.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

organisation commune de marché
Suivi
Suivre

Avenir dans le non alimentaire

Au-delà, le groupe Saint Louis prend position dans la filière éthanol : il a obtenu un agrément pour 33 000 tonnes et va se positionner sur les nouveaux appels d’offres sachant qu’il a un potentiel de 765 000 hl de biocarburants et de 275 000 hl d’alcool.

De plus, le groupe prévoit d’acheter (à 730 euros la tonne) les 49 000 tonnes de quota sucrier additionnel que Bruxelles lui octroie (sur 351 000 t pour la France entière), soit un budget de 36 M EUR pour lequel un cofinancement par les planteurs est en discussion.

Sur le marché du sucre de bouche, enfin, Saint Louis continue à défendre sa position de leader en GMS avec 33,9% de part de marché valeur et assure être le premier investisseur publicitaire en ce domaine : ses campagnes ont appuyé la révolution du sucre en TetraPack – une première dans l’épicerie – dont Saint Louis a déjà vendu 2 800 tonnes. Et le sucre allégé Tutti Free caracole en tête des sucres allégés avec 64,5% de part de marché (+2,5 points). Il a dû néanmoins sacrifier à la tendance inaugurée par ses deux concurrents en se mettant aussi à vendre sous marques distributeur.

Saint Louis Sucre, 2e groupe sucrier français, emploie 1 637 salariés dans 5 sucreries, 1 raffinerie, 1 distillerie et 3 ateliers de conditionnement. Il a produit avec les betteraves de 7 200 planteurs 1,124 million de tonnes de sucre en 2005-2006. Le groupe détient en France 100% désormais de la Cie Financière de l’Artois (Ryssen), 49,9% de la Sucrerie de Bourgogne et 44,5% de la Sucrerie distillerie de Souppes. A l’international il contrôle à 100% les sucreries de Silésie (Slaska Spolka Cukrowa) et détient 49,5% du groupe Eastern Sugar.