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Filière lait Saisir les opportunités nouvelles du marché mondial, suggère le Cniel

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Même si la volatilité est pour elle un handicap, la France laitière a un rôle à jouer à court terme : elle devrait saisir les opportunités nouvelles qu’offre la demande mondiale pour exporter davantage, soutient le Cniel au détour d’une analyse du marché. Il n’y a pas tant de pays producteurs qui peuvent profiter de cette situation marquée à court terme par le déséquilibre offre-demande.

Le marché mondial des produits laitiers se trouve dans une situation nouvelle à l’orée de 2011, montrent les économistes du Cniel, l’interprofession française. La production mondiale n’a connu qu’une très faible croissance en 2009 (+0,8 %) car la très forte baisse des prix à la ferme a découragé les producteurs et parce qu’en Chine, la crise de la mélamine a entraîné une grande défiance tant au niveau de la production que de la consommation. Depuis, la reprise n’a été que de +1,8 % sous l’effet de nombreux incidents climatiques (sécheresse en Russie et en Nouvelle-Zélande, inondations au Pakistan).

Moteur asiatique
Le moteur asiatique s’est grippé alors qu’il assurait jusqu’ici plus de 40 % de la croissance mondiale (la Chine croissant de 7 % l’an, l’Inde et le Pakistan de 4 %) tandis que les pays leaders restaient à la traîne (Nouvelle-Zélande +3 %, UE +0,7 % et USA + 2 %). Rapportée à sa population la production est encore bien trop faible en Asie et 10 fois moindre que celle de l’Océanie. Par rapport à sa consommation, le déficit de l’Asie se creuse rapidement pour atteindre 20 millions de tonnes et ses importations s’accélèrent (+4,5 % en 2010). A l’inverse, son principal fournisseur, l’Océanie, ne peut suivre cette demande avec une production ralentie (+0,8 % l’an dernier contre un rythme de +2,5 % sur longue période).
Les échanges mondiaux, de par leur structure, sont facteurs de volatilité alors qu’ils ne pèsent que 6 % des volumes produits car, explique le chef du service économique du Cniel, ils sont concentrés entre les mains de très peu d’intervenants, l’Union européenne pour à peine un quart et surtout la Nouvelle Zélande pour un tiers. Or, la première ne régule plus son activité à l’export et la seconde n’a pas de système d’intervention et ses disponibilités varient fortement au gré de la pousse de l’herbe. Avec un exportateur quasi unique (Fonterra), les données manquent de transparence et aucun pronostic n’est possible, selon Benoît Rouyer, ce qui entraîne « des comportements court-termistes alors même qu’il n’y a ni dérivés ni marchés à terme ».
Autant d’éléments qui pour l’heure concourent à un nouveau cycle haussier surtout comparé aux cours très bas de 2009 : la demande des pays tiers est soutenue : la Chine double ses achats de poudre à 330 000 t et la Russie achète plus de beurre que jamais (290 000 t). En face, l’offre des principaux fournisseurs du marché est insuffisante (+1 % de collecte 2010 en Nouvelle-Zélande, -0,2 % en Australie, +1,1 % en Europe, +1,7 % aux USA). Au point que les sorties de poudre de lait écrémé néo-zélandaise reculent de 16 %, celles de l’Australie de 27 %. Ce qui profite aux exportations américaines (+44 %) et à celles de l’UE (+80 %). Les stocks sont quasi inexistants aux USA et, en Europe, ils sont proches de zéro pour le beurre et les 175 000 t de vont fondre rapidement. C’est assez pour que les prix flambent quand déjà 2009 et 2010 ont vu un doublement des prix du beurre et du cheddar et des hausses plus que sensibles sur les poudres.

Des clients à reconquérir
Pour la filière française, la leçon est claire, selon le Cniel : elle est désormais de plus en plus exposée aux événements mondiaux. Pour l’heure, elle ne doit pas mésestimer ses atouts que n’ont pas tous ses concurrents européens ni les grands intervenants du commerce mondial : un climat tempéré qui la met à l’abri des aléas extrêmes de ses concurrents, un système diversifié qui permet de recourir au fourrage produit sur l’exploitation et pas seulement aux achats d’aliment dont le prix flambe aujourd’hui dans le sillage des céréales. La difficulté est en revanche de supporter la volatilité qui a déjà mis à mal l’interprofession il y a deux ans : cela vaut pour les éleveurs qui vendent certes leur lait plus cher cette année mais dont les coûts resteront élevés même si les prix repartent à la baisse ; de même pour les industriels qui peinent toujours à réviser leurs tarifs en GMS. Sur le marché français, pourtant, le risque de dé-consommation est faible même avec quelques centimes de plus : « Les hausses seront inférieures à 10 % et s’étaleront dans le temps », suppute Benoît Mangenot, directeur du Cniel, qui rappelle que la distribution a su faire baisser les prix depuis deux ans.
En tout cas, la nouvelle marge de manœuvre qui est celle de la France sur le marché mondial devrait dissiper le sentiment de déprime qui prévalait dans la filière il y a encore un an.

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