Dans l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, Lactalis est incriminé pour "blessures involontaires", « mise en danger de la vie d'autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d'une procédure de retrait ou de rappel d'un produit ». Selon l’institut Pasteur, la bactérie incriminée semble être la même qu'en 2005 ; elle aurait pu entrer en contact avec les aliments à la faveur de travaux réalisés dans l’usine mayennaise de Craon.
L’affaire des laits infantiles contaminés par des salmonelles a pris un tour judiciaire à la veille de Noël avec l’ouverture d’une enquête par la justice. Le 21 décembre, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "blessures involontaires", "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine" et "inexécution d'une procédure de retrait ou de rappel d'un produit" préjudiciable à la santé. Elle a été confiée aux gendarmes de la section de recherches d'Angers et de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), spécialisé dans ce type de dossier.
Une première plainte avait été déposée à la mi-décembre par Quentin Guillemain, père d'une fille de trois mois qui avait consommé un lot concerné par les rappels mais n'était pas tombée malade. L'association de consommateurs UFC-Que Choisir avait annoncé son intention de faire de même.
"L'ouverture de cette enquête est une très bonne nouvelle. Le parquet a été très réactif et cela montre que les éléments que nous avions dénoncés donnaient matière à une enquête. J'attends désormais la désignation d'un juge d'instruction et l'ouverture d'une information judiciaire", a réagi Jade Dousselin, l'avocate de Quentin Guillemain.
Une contamination déjà constatée en 2005
La bactérie identifiée lors des derniers prélèvements sur le site de Craon aurait déjà été présente dans l’usine de longue date. "D'après les analyses, les deux salmonelles, celle de 2005 (date à laquelle le site avait été frappé par une salmonelle, NDLR) et de 2017, sont extrêmement proches", a déclaré le bactériologiste Simon Le Hello, confirmant une information de la Revue de l'industrie agroalimentaire (RIA). Simon Le Hello codirige le Centre national de référence salmonelle de l'Institut Pasteur à Paris, qui enquête sur cette bactérie ayant contaminé des laits infantiles.
"On va probablement confirmer, parce que ça reste une hypothèse, que la souche de 2017 dérive de celle de 2005. Et on va s'assurer qu'il n'y a pas eu de cas de contamination très sporadiques entre ces deux dates", a poursuivi le scientifique. Pasteur conserve en effet des souches anciennes qui vont permettre une comparaison.
"Soit il y a eu de rares cas de salmonellose entre 2005 et 2017, soit il n'y en a pas eu et c'est un phénomène réémergent", a-t-il avancé. Une hypothèse qui concorde avec les propos d'une porte-parole de Lactalis, qui rappelait encore le 3 janvier que les "causes potentielles" de contamination étaient connues, évoquant des "travaux" réalisés au premier semestre 2017.
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Des conséquences économiques et sociales
Le premier groupe laitier français a annoncé mi-décembre qu’il rappelait toute sa production de laits infantiles de l'usine de Craon depuis février. Le volume concerné par le rappel des produits Picot (poudres et céréales infantiles), Milumel (poudres et céréales infantiles) et Taranis se chiffre en milliers de tonnes, sans que Lactalis ne précise la quantité exacte. Une partie des 350 employés de l'usine vont subir des mesures de chômage technique, selon le groupe.
Les conséquences sont potentiellement très importantes en termes d’image pour le groupe et les marques touchées par le retrait. Une partie des produits étaient destinés à la Chine où cette affaire a été abondamment commentée. En 2008, un scandale retentissant de lait en poudre infantile contaminé à la mélanine a durablement marqué les consommateurs et discrédité la filière lait locale.
Leclerc a continué la vente en dépit de l’ordre de retrait
En dépit du rappel de produits Lactalis fabriqués à Craon, Leclerc a reconnu le 9 janvier que "984 produits ont malgré tout été vendus après le rappel dans plusieurs magasins", a-t-il indiqué dans un communiqué, sans localiser les points de vente concernés. E. Leclerc explique avoir constaté le problème après avoir procédé à "un audit interne de vérification de la bonne application des mesures de retrait des produits de l'entreprise Lactalis" à la suite d'un problème identifié dans le magasin E. Leclerc de Seclin (Nord).
Les centres E. Leclerc procèdent à "un audit des procédures afin d'identifier précisément les raisons de ce dysfonctionnement et de mettre en place les mesures correctives nécessaires", ajoute le groupe qui dit avoir informé "l'administration compétente". En parallèle, La DGCCRF a lancé "des investigations" chez le distributeur pour comprendre comment ces produits ont pu être mis en vente, a indiqué Loïc Tanguy, directeur de cabinet de ce service de Bercy.