Lors du dernier comité permanent de l’Onic le 12 janvier, il n’a été question que de parité euro/dollar, qui pénalise fortement le blé européen sur le marché mondial. La filière céréalière espère convaincre Bruxelles d’instaurer des restitutions en blé. Dans ce contexte, l’Onic a révisé ses bilans de campagne européens et français. Les stocks de report s’annoncent colossaux.
« Nous tirons la sonnette d’alarme. Il est urgent d’agir. Nous nous acheminons vers une fin de campagne catastrophique si rien ne change ». Tels ont été les propos de Christian Lapointe, président du comité central de l’Onic, l’office des céréales, à l’issue du comité permanent de l’Onic du 12 janvier. Toute la filière céréalière française réclame à la Commission européenne d’instaurer des restitutions à l’exportation pour le blé, afin de compenser la perte de compétitivité du blé européen en raison d’un euro fort. Si on ramène tous les prix en dollars, le différentiel de prix du blé français avec le blé argentin est très important : 142 $/t à Rouen contre 107 $/t Fob pour l’Argentine. En revanche, les prix sont comparables avec le blé américain qui est à 144 $/t pour le SRW à Chicago. De fait, l’Argentine rafle tous les marchés traditionnels de la France : Algérie, Maroc, Egypte, Afrique du Sud, Afrique noire. « Si on compare les prix du blé rendu au port d’importation, le différentiel est de 15 à 20 $/t. C’est ce qu’il faudrait comme restitution », a ajouté Daniel Perrin, directeur général de l’Onic.
On s’achemine vers 10 Mt de blé à l’intervention fin 2004/2005
Etant donné la conjoncture défavorable au blé européen, l’office des céréales a dû réviser ses bilans 2004/2005. Il estime désormais que les exportations de blé (grains) vers les pays tiers atteindront 11,2 Mt en fin de campagne, contre 13 Mt estimé en octobre 2004. « Compte tenu de l’agressivité des blés argentins et de la faiblesse du billet vert, l’estimation de 11,2 Mt n’est réalisable que si les restitutions sont mises en place », précise l’Onic. Le stock final de blé en UE pour la campagne en cours est estimé à 21,4 Mt, le double de l’an passé (11 Mt), « ce qui est considérable, alors que la récolte 2005 s’annonce déjà prometteuse », s’inquiète Daniel Perrin. Cela veut dire qu’il y aura sans doute 11 à 12 Mt de stock outil et au moins 10 Mt de blé à l’intervention ! Il en est de même en France : le stock de report de fin de campagne 2004/2005 est estimé à 4,7 Mt contre 1,9 Mt la campagne passée.
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Bonne utilisation du maïs et de l’orge en alimentation animale
Le bilan européen en maïs est moins catastrophique que prévu grâce à une bonne utilisation par les fabricants d’aliments du bétail. Les pays européens traditionnellement déficitaires en maïs (Espagne, Portugal, Italie, Grèce,...) privilégient les sources d’approvisionnement proches (France, Hongrie, Autriche). Le stock final est estimé à 9,4 Mt (6,6 Mt en 2003/2004), dont 3,1 Mt en France. Déjà 1,9 Mt de maïs sont à l’intervention, provenant principalement de Hongrie. Comme pour le maïs, le bilan européen de l’orge est soutenu par les utilisations en alimentation animale, même si elles restent inférieures à l’an passé (36,8 Mt contre 38,6 Mt en 2003/2004). Mais la filière s’inquiète de voir que les faibles adjudications en orge des dernières semaines se prolongent. Il faudrait alors revoir à la baisse les exportations pays tiers aujourd’hui à 3,1 Mt, et revoir à la hausse le stock final estimé à 12,6 Mt (contre 7,2 Mt la campagne passé).
Les silos vont être plein à craquer en juin prochain ! Pour l’instant, la France a fait très peu d’offre à l’intervention. « C’est la plus mauvaise destination », commente Christian Lapointe. « Il y a beaucoup de blé en ferme, les agriculteurs ne vendent pas en attendant que les prix montent », explique le directeur général de l’Onic. Ce dernier redoute que toutes les offres à l’intervention se fassent en mai, ce qui risque d’engendrer des problèmes de logistique.