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Santé : réduire les épandages pour limiter les fragilités face au coronavirus

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Face à des pics de pollutions aux particules fines dans plusieurs régions, le collectif nommé Air-Santé-Climat, rassemblant plusieurs médecins et chercheurs demande dans une lettre ouverte adressée le 24 mars aux préfets, à Matignon et à quatre ministères « de limiter drastiquement les épandages agricoles » afin de limiter les risques sanitaires additionnels au coronavirus.

« En temps normal, la majorité des particules fines vient du trafic routier et du tertiaire, avec le chauffage au bois et au fioul. Mais dans les derniers jours, les épandages d’engrais s’y sont rajoutés, et c’est cela qui nous a rapprochés des normes autorisées », explique Thomas Bourdrel, radiologue et membre fondateur du collectif Air-Santé-Climat.

Comme le montre la synthèse d’Atmo France, l’association rassemblant l’ensemble des organisations de surveillance de qualité de l’air, des pics de particules fines ont effectivement été signalés localement depuis le 20 mars.

En Ile-de-France, notamment, le niveau de 72 microgrammes/m3 d’air de PM10 enregistré le 28 mars a frôlé la limite réglementaire fixée par la loi sur l’air de 1996 à 80 microgrammes/m3 d’air. Des phénomènes similaires ont également été observés en Pays-de-Loire, en Bourgogne, en Nouvelle Aquitaine, en Corse en Provence-Cote-d’Azur, ou encore dans le Grand-Est.

Les particules agricoles

Dans une note datant de 2012, citée par le collectif, l’Ademe explique que l’agriculture émet deux types de particules fines. Des particules primaires, issue du travail des sols ou de l’activité dans les bâtiments, mais également des particules secondaires, qui se constituent par réaction chimique dans l’air entre des particules agricoles et d’autres composés.

C’est l’ammoniac (NH4), issu à 97 % de l’agriculture et principalement de l’élevage, qui représente le principal polluant secondaire agricole. Suspendu dans l’air, comme l’explique l’Ademe, cet ion « réagit avec les composés acides tels que les oxydes d’azote (NO4) ou de soufre (SO4) provenant de l’ensemble des sources anthropiques, pour former des particules très fines de nitrate ou de sulfate d’ammonium ».

Or, pour le 28 mars, les données du programme satellitaire européen Copernicus montrent que les particules fines étaient constituées à 26 % de NO3, 10 % de S04, et 10 % de NH4. Si cette dernière composante est uniquement attribuable au secteur agricole, les deux premières, même avec un trafic routier réduit, peuvent également avoir des origines industrielles ou tertiaires.

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En règle générale, l’agriculture n’est pas la plus grande émettrice de particules fines. Pour l’année 2018, les chiffres du Citepa, l’association chargée d’effectuer les bilans d’émissions pour le gouvernement, souligne que ce secteur émet 21 % des PM10, les plus grosses particules, et 9 % des PM2.5, quand le secteur résidentiel émet 33 % des PM10, et 50 % des PM2.5.

Loin d’une bataille franco-française, le pic d’émissions serait par ailleurs sans doute expliqué par les activités de nos voisins. Les données de Copernicus pour la ville de Paris montrent ainsi que pour les concentrations du 28 mars, 50 % des particules proviennent d’émissions étrangères hors émissions naturelles, dont 20 % d’Allemagne, 11 % de Belgique, et 11 % de Pologne. Au total, seulement 10 % des particules non-naturelles étaient d’origine française.

Coïncidence malheureuse

Une hausse des émissions de particules fines est toujours observée au printemps avec la reprise des travaux des champs, et des conditions plus douces. En 2019, à Paris, un pic de PM10 avait ainsi déjà été détecté par Copernicus à 66 microgrammes/m3 d’air.

Mais en 2020, dans le contexte du coronavirus, ces concentrations records « tombent extrêmement mal », comme le résume Thomas Bourdrel. « On ne peut pas se permettre d’avoir des sources de particules fines alors qu’on atteint le pic d’épidémie », estime le médecin.

L’inquiétude principale du collectif concerne avant tout les risques additionnels pour des patients fragiles. « L’exposition aux particules fines rend nos systèmes de défense plus fragiles, et c’est pour cette raison qu’elle peut être un facteur aggravant », souligne Thomas Bourdrel.

« On ne peut pas se permettre d’avoir des sources de particules fines alors qu’on atteint le pic d’épidémie »