Lors d’un colloque organisé par la société Syngenta le 12 octobre à Paris, plusieurs chercheurs ont fait le point sur l’état d’avancement de la résistance du champignon pathogène Septoria tritici, responsable de la septoriose du blé tendre, à la famille chimique des strobilurines en France et en Europe. La situation n’est pas fameuse. Seule solution : réduire l’utilisation de ces fongicides et utiliser le chlorothalonil.
La résistance du champignon responsable de la septoriose du blé, Septoria tritici, à la famille chimique des strobilurines a commencé a se manifester en 2002. On a alors commencé à détecter des isolats de Septoria tritici résistants dans cinq pays du Nord de l’UE (Irlande, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Allemagne et Danemark). Depuis, la situation n’a fait que s’aggraver dans tous ces pays. En fin de saison 2005, la fréquence de souches résistantes est très élevée dans la plupart des pays européens. En France, elle est supérieure à 70 % dans les régions Nord, Picardie et Champagne-Ardenne ainsi que la Lorraine. La fréquence se situe entre 20 et 70 % sur tout le reste de la moitié Nord. Pourquoi cette résistance s’est-elle installée si vite ? La septoriose est la maladie la plus fréquente dans la moitié Nord de l’Europe et la plus dommageable sur les rendements (souvent plus de 20 à 25 q/ha de perte). D’où des traitements fongicides répétés ; quand les strobilurines sont arrivées sur le marché, elles ont apporté un « plus » incontestable sur cette maladie, ce qui explique leur succès.
Résistance croisée
Mais la résistance est de type monogénique, c’est-à-dire que la mutation d’un seul gène suffit pour rendre le champignon totalement résistant. De plus, on a mis en évidence une résistance croisée entre toutes les strobilurines, c’est-à-dire que lorsqu’une souche est résistante à une strobilurine, elle l’est à toutes les autres. Le type de résistance n’est pas du tout le même pour les fongicides de la famille des triazoles, qui est polygénique. On parle plutôt dans ce cas, d’une « dérive de sensibilité ». Par exemple, en Grande-Bretagne, l’efficacité des triazoles sur septoriose était de 90 % à moitié dose en 1997, puis de 70 % en 2001, pour tomber à 57 % en 2004. « Cette dérive de sensibilité est à peu près la même pour toutes les triazoles et vont sans doute se poursuivre dans les années à venir», précise Ulrich Gisi, chercheur chez Syngenta.
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Réduire le nombre d’applications
Aujourd’hui, toute la moitié Nord de la France est concernée par la résistance aux strobilurines. Alors que faire ? Pas d’autres solutions que de ressortir la « bonne vieille » molécule multisite, telle que le chlorothalonil utilisé en association avec les triazoles et les strobilurines en fin de cycle. C’est ce que font les agriculteurs anglais qui ont 100 % de résistance de la septoriose aux strobilurines sur leur territoire. En revanche, le fait de réduire les doses n’a pas d’impact sur le développement de la résistance, selon les chercheurs. Faut-il abandonner l’utilisation des strobilurines ? Les spécialistes sont unanimes : non car elles restent efficaces sur les autres maladies. Mais il faut réduire le nombre de traitements. En Grande-Bretagne et en Irlande, les autorités l’ont imposé. Et si l’on arrêtait totalement de les utiliser, la résistance s’estomperait-elle ? Cette solution a été tentée au Brésil contre le mildiou de la vigne. Après trois ans d’arrêt d’utilisation, la résistance avait totalement disparu. Mais elle est redevenue totale après un an seulement de nouvelle utilisation. Il va donc falloir vivre avec et développer de nouvelles stratégies.