C’est un des plus grands scandales de ces dernières années : le fait que les paysans des pays les plus pauvres n’aient en rien profité des diverses flambées des prix que l’on a connues. Pire encore, les citadins de ces pays pauvres ont subi l’impact de ces flambées sans pouvoir mieux être nourris par la production locale.
Voilà pourquoi, nous explique la FAO, la réduction lente du nombre de mal nourris a été stoppée net en 2007-2008. Les raisons de ce scandale sont bien connues : les paysans du tiers monde n’ont en fait pas accès au marché autre que local. Pas de route, pas de moyen de communication, pas de capacités de stockages qui permettraient de ne pas tout vendre à la récolte. Pas de crédit à des taux abordables. Pas d’organisation mutualiste qui permettraient un minimum d’entraide et d’assurance. Pas ou quasiment pas de coopératives. Tout ce dont les Occidentaux ont, jadis, profité, en somme. Il est urgent de transmettre à ces paysans notre savoir faire. Un savoir faire pas seulement technique mais aussi organisationnel. Certains y travaillent comme Farm ou l’Afdi mais c’est une goutte d’eau dans un océan de pauvreté. Au moment où l’Europe cherche une nouvelle légitimité, elle devrait peut-être inventer un nouveau type de restitutions, ces subventions accordées aux exportateurs hors d’Europe: ces restitutions viendraient soutenir l’exportation de savoir faire. Bien sûr il n’y a plus beaucoup d’argent dans les caisses de l’Etat. Mais il existe encore des restes de subventions à l’export. L’affaire Doux l’a bien montré. Plutôt que de lui donner 60 millions d’euros pour envoyer des poulets congelés en Afrique ou Moyen Orient, ne faudrait-il pas former les producteurs locaux ? Et inciter les élevages français à remplacer nos importations, plutôt qu’à concurrencer ceux du tiers monde.
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