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Bière Scottish & Newcastle en passe de changer de mains

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Un nouveau grand mouvement se prépare sur le marché mondial de la bière. Après quatre tentatives avortées, Carlsberg et Heineken ont réussi à obtenir des négociations avec Scottish & Newcastle concernant sa vente. Les deux brasseurs avaient théoriquement jusqu’au 21 janvier pour déposer une offre, cette fois-ci définitive avant une période de six mois, sur le brasseur britannique. Cette date limite a été reportée au 24 janvier. Si leur dernière proposition valorisant le groupe à 10,3 milliards d’euros est acceptée, Carlsberg et Heineken se partageraient Scottish & Newcastle. Le néerlandais récupèrerait le marché britannique et une partie de l’Europe, tandis que le danois s’attribuerait les activités grecques et françaises, dont la marque Kronenbourg, mais surtout les 50 % de la joint-venture russe BBH, qu’il ne détient pas encore, et notamment la marque russe Baltika.

La fin de la saga semble proche même si, à l’heure où nous mettons sous presse, il ne semble y avoir aucune certitude sur l’épilogue. Toutefois, un virage semble avoir été pris par Scottish & Newcastle qui a enfin accepté de négocier sa vente avec le danois Carlsberg et le néerlandais Heineken, après avoir refusé à trois reprises leur offre commune. Les deux brasseurs pourraient finalement persuader les actionnaires de Scottish & Newcastle de céder leur groupe à un prix d’environ 800 pence par action, valorisant le britannique à 7,8 milliards de livres, soit 10,3 milliards d’euros. Le danois et le néerlandais ont ainsi augmenté de 2,6% leur troisième offre et de 11 % leur toute première proposition, annoncée en octobre Cf Agra alimentation n°1992 du 25/10/2007 page 28. Lors de la première offre, le p.-d.g. de Scottish & Newcastle avait alors déclaré : « Cette proposition non sollicitée et dérisoire est une tentative pour s’octroyer le portefeuille d’activités incomparable de S&N à vil prix ». La différence de prix serait entièrement financée par Carlsberg. La date limite de dépôt de l’offre avait été fixée au 21 janvier par le régulateur des fusions britanniques, le Takeover Panel, qui a finalement accepté à la demande des trois groupes de reporter cette date au 24 janvier. Au-delà, Carlsberg et Heineken devraient s’abstenir durant une période de six mois, selon une règle du code britannique des régulations surnommée « déclare-toi ou tais-toi ».

Baltika au cœur des convoitises

Si les pourparlers entre les trois groupes aboutissent, Carlsberg mettrait la main sur les activités grecques (Foster’s et Mythos notamment) et françaises de Scottish & Newcastle, dont la marque Kronenbourg, leader du marché français avec 35 % de part de marché. Il ne devrait pas y avoir de problème de concurrence, étant donné que le groupe danois distribue déjà sa bière en France à travers les Brasseries Kronenbourg.

Le danois récupérerait surtout les 50 % de la joint-venture russe BBH (Baltic Beverages Holding), qui contrôle notamment la très convoitée bière russe Baltika. Les 50 % de BBH qui reviendraient à Carlsberg ont représenté, en 2006, un chiffre d’affaires de 1,039 Md EUR avec un bénéfice de 229,64 M EUR, pour une production de 23,4 millions d’hectolitres. Sous les marques Baltika mais aussi Tuborg, BBH est présent en Russie, en Ukraine, au Kazakhstan, dans les pays baltes et depuis peu en Ouzbekistan et en Biélorussie. En Russie, le plus important marché de la joint-venture avec une croissance de 10 % en moyenne par an, ce sont 19,2 millions d’hectolitres qui ont été vendus en 2006. Carlsberg se présente comme étant le numéro un des brasseurs d’Europe du Nord et en huitième place au niveau mondial en terme de volumes de production. Son chiffre d’affaires a atteint 41 milliards de couronnes danoises (5,503 Mds EUR), en 2006, pour un résultat opérationnel de 4,05 millions de couronnes (543,47 M EUR). Le groupe vend 83 millions de bouteilles par jour dans plus de 150 pays et emploie 30 000 salariés.

Associé mais non moins concurrent

De son côté, Heineken se réserverait les activités du britannique au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe, notamment au Portugal, en Belgique et en Finlande. Le sort réservé aux activités asiatiques et américaines de Scottish & Newcastle n’a pas été jusqu’à présent annoncé. Au Royaume-Uni, Scottish & Newcastle est le leader du marché avec une part en volume de 26,5 % en 2006, contre 25,3 % en 2005, représentant une production de 17,5 millions d’hectolitres. Employant 5 200 personnes outre-Manche, il y réalise un chiffre d’affaires de 1,864 milliards de livres (2,49 Mds EUR), pour un résultat opérationnel de 206 millions de livres (276,11 M EUR). Le Royaume-Uni a représenté 37,9% du résultat opérationnel du groupe.

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En Europe de l’ouest, Heineken a enregistré un chiffre d’affaires de 5,4 milliards d’euros, pour un Ebitda de 920,2 millions, et une production de 32,1 millions d’hectolitres. Les activités de Scottish & Newcastle renforceraient la présence du néerlandais dans les pays d’Europe de l’ouest. Au global, Heineken réalise des ventes de 11,29 milliards d’euros, en progression de 9,6 % en 2006, pour un résultat net de 1,211 milliards.

Déclin en Europe, croissance en Asie

Si Carlsberg et Heineken s’associent pour tenter de mettre la main sur Scottish & Newcastle, il n’en reste pas moins que la concurrence entre les deux groupes n’en deviendra que plus ardue sur un marché qui tend à stagner voire diminuer dans les pays développés. Alors que le marché de la bière en Europe de l’ouest tend à décliner représentant, en 2006, 17,7 % de la production mondiale, contre 19,3% en 2004 et 21,2% en 2001, selon Canadean, un cabinet d’études du marché des boissons au niveau mondial (voir tableau ci-dessus), le marché semble être sur la voie de la croissance en Asie (30,7% en 2006 contre 26,7% en 2001) ainsi qu’en Europe de l’est (14,4% en 2006 contre 12,2 en 2001).

L’affaire entre les trois brasseurs britannique, danois et néerlandais n’est en tout cas pas encore conclue, Scottish & Newcastle ne souhaitant pas voir partir si rapidement son groupe. En novembre 2007, le britannique a d’ailleurs cédé sa filiale française de distribution Elidis au réseau d’indépendants C10 pour 119 millions d’euros Cf Agra alimentation n°1996 du 22/11/2007 page 20. Cette transaction visait justement à contrer l’OPA de Carlsberg et Heineken. Le britannique avait également annoncé vouloir prendre plusieurs initiatives pour doper la création de valeur de ses actionnaires. Au Royaume-Uni, il avait notamment décidé d’établir une co-entreprise avec la filiale britannique du groupe américain Coors pour fabriquer et distribuer jusqu’à 3 millions d’hectolitres de bière par an. Il se montrait alors confiant en sa capacité à redresser sa situation en Europe de l’ouest et à réaliser de bonnes performances sur l’année 2008.

Concentration

Pour peser sur un marché mondialisé où l’orge vient à manquer pour certains, les grands noms de la bière poursuivent la restructuration du secteur entamée en 2004 avec le rapprochement entre le belge Interbrew et le brésilien AmBev, donnant naissance au groupe InBev, désormais leader du marché mondial devant l’américain Anheuser-Busch. Les analystes tablent d’ailleurs sur une possible alliance entre Anheuser-Bush et le belge InBev dans les mois à venir. Plus récemment, l’anglo-sud-africain SABMiller et l’américain Molson Coors ont annoncé leur rapprochement en novembre 2007 Cf Agra alimentation n°1990 du 11/10/2007 page 29, donnant naissance à un groupe baptisé MillerCoors représentant un chiffre d’affaires de 6,6 milliards de dollars et une production de 81 millions d’hectolitres. Outre ces mouvements entre les cinq premiers au niveau mondial, les principaux groupes continuent également leur stratégie de croissance externe dans les pays émergents. Ces derniers mois, Heineken a multiplié les acquisitions en Europe de l’Est en reprenant la société tchèque Krusovice au groupe allemand Radeberger, le serbe Rodic Brewery, le brasseur biélorusse Syabar, et l’algérien Tango. Un signe de sa volonté de se développer fortement en Europe. Des rumeurs lui prêtaient également l’intention d’acquérir la bière Guinness auprès du groupe Diageo à l’été 2007. De son côté, Carlsberg a intégré la société indienne Parag Breweries en 2007, après s’être concentré sur le marché asiatique avec notamment l’acquisition de 50 % de la brasserie cambodgienne Cambrew.