Quelques semaines après l’annonce de la réforme de l’OCM sucre, deux groupes sucriers ont décidé de fusionner pour « faire face au défi du futur régime sucre et parfaire leur taille sur le marché européen ». Dans un communiqué adressé à la presse le 16 août, le conseil d’administration des Sucreries et distilleries des Hauts de France (SDHF) et le conseil de surveillance de Tereos ont en effet annoncé leur décision de soumettre à leurs assemblées générales respectives la fusion de leurs sociétés.
Une semaine plus tard, Cristal Union, autre groupe coopératif sucrier qui avait hérité de deux sucreries de Béghin Say lors de la fusion – sous le nom de Tereos – entre Union SDA et Beghin Say en janvier 2003, est monté au créneau et a remis une proposition alternative de rapprochement à SDHF. Ayant à vrai dire passé plusieurs mois à discuter avec SDHF d’une alliance analogue, « Cristal Union tient à rappeler qu’elle constitue une alternative solide à ce projet, notamment du fait des réalités que constituent les activités déjà communes entre les coopératives SDHF et Cristal Union », a déclaré le groupe de Bazancourt dans un communiqué.
De bons arguments des deux côtés
Les coopérateurs de SDHF disposent en effet, selon Cristal Union, de l’accès à des droits à produire des hectares de betteraves éthanol qui se traduisent à travers de tout récents accords intervenus au printemps dernier. Ils se concrétisent dans la future unité de production Cristanol créée, avec Champagne Céréales, à Bazancourt dans la Marne, qui s’est vue attribuer en juin un agrément de 80 000 tonnes de bio-éthanol par an, équivalent à 1 million de tonnes de betteraves. Pour donner plus de poids encore à sa « contre-offre », Cristal Union, qui produit 17 % du quota français de sucre, a également rappelé qu’il était associé à SDHF dans trois sociétés qui commercialisent depuis plusieurs décennies les productions des coopérateurs des deux groupes : Sucre Union (marque Daddy), dont SDHF possède 35 % du capital, France Alcools et Ethanol Union pour les carburants d’origine agricole.
Mais Cristal Union, deuxième groupe sucrier français (si l’on ne tient pas compte de Saint-Louis, propriété de l’allemand Südzucker), semble avoir perdu la partie face à son rival Tereos, faute d’avoir réussi à convaincre à temps les planteurs de SDHF. Car la future mariée, tant convoitée, a tranché : son conseil d’administration réuni le 26 août a en effet rejeté la proposition de Cristal Union. « Nous sommes convaincus de la qualité du dossier de Tereos et il nous paraît aujourd’hui important de travailler sur ce projet commun », nous a en effet rapporté Christian Clay, président du conseil d’administration de SDHF, au sortir de la réunion. Celui-ci considère que « la mise en œuvre des complémentarités géographiques (avec Tereos) et des nombreuses synergies sera directement profitable aux revenus de tous les associés-coopérateurs ». Le groupe Cristal Union, qui affiche pourtant une production de 614 000 tonnes de sucre et de 1,6 million d’hectolitres d’alcool et d’éthanol (1er rang européen), n’aura donc pas réussi à contrecarrer le projet de fusion annoncé avec Tereos, déjà numéro 2 européen du sucre derrière Südzucker.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Un bond de 30% pour Tereos
Le groupe Tereos, constitué de 9 sucreries et raffineries, va donc hériter avec SDHF de 6 200 planteurs de betteraves et de trois sucreries du Pas-de-Calais (à Lillers et Attin) et de la Somme (à Abbeville) qui ont produit en 2005 400 000 tonnes de sucre ainsi que 450 000 hectolitres d’alcool de betterave. Déjà présent dans l’Artois, le leader français, qui compte pour l’heure 9 000 planteurs et produit 1,4 million de tonnes de sucre et 1,4 M d’hectolitres d’alcool, va pouvoir bénéficier d’une complémentarité territoriale et accroître son activité de près de 30% en portant sa part du quota national à plus de 40% (contre 24% pour Saint-Louis).
Grâce à cette restructuration supplémentaire du secteur sucrier en France, il est certain que le leader va mieux tirer son épingle du jeu lorsque vont baisser les marges de l’industrie au fil de la réforme du règlement européen. Les autres opérateurs vont devoir trouver eux aussi des solutions d’adaptation, en particulier Cristal Union, un peu seul dès lors dans Sucre Union mais redevenu optimiste depuis qu’il a obtenu de nouveaux droits à produire en bio-éthanol et qu’il a accéléré son désendettement, mais aussi le groupe familial Vermandoise Industrie (SVI) dans l’Oise, qui dispose de 11,5% des quotas betteraviers, et sans parler des tout petits qui se partagent le reste.