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Forum Terroirs & Cultures Se préparer à une part plus active des terroirs dans l’alimentation

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« Il est temps de se préparer à une part plus active des terroirs dans l’alimentation, à l’heure où l’on assiste à l’incapacité du modèle agro-industriel mondial à se réformer en profondeur », a fait ressortir le forum de l’association Terroirs & Cultures qui s’est tenu le 1er décembre à l’Unesco. Des expériences alternatives à ce modèle menées dans le monde existent.

«Nous voulons renforcer notre réflexion sur la capacité des terroirs à prendre une part encore plus active dans la recherche de solutions face au besoin impérieux de nourrir convenablement les peuples », a indiqué Dominique Chardon, président de l’association Terroirs & Cultures, qui a organisé les deuxièmes Rencontres internationales Planète Terroirs, le 1er décembre à l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). L’expérience « autorise à proposer un cadre de développement local respectueux des communautés humaines, des diversités et des ressources matérielles et immatérielles », a-t-il précisé.
Cette seconde édition de Planète Terroirs, après celle de 2005, a été marquée par la volonté de réfléchir activement à des alternatives au modèle agro-industriel dominant, après plusieurs crises majeures. En effet, depuis 2005, deux crises alimentaires, celle de 2008 et celle des prix élevés des grains en 2010, ont secoué le monde, et deux crises financières, celle de 2008 et celle qui se déroule en ce moment, contraignent les économistes à entrevoir des solutions d’adaptation. Ainsi, en quelques années, la donne du modèle mondial des échanges alimentaires se trouve fortement bousculée.

« Le modèle craque de partout »

« Le modèle craque de partout ! », a déclaré Dominique Chardon dans son discours d’ouverture du forum. Jacques Lefort, ancien chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et secrétaire général de Terroirs & Cultures, a développé cette affirmation de Dominique Chardon, en marge du forum.
« Le modèle agro-industriel qui domine les échanges agro-alimentaires mondiaux, qui est lié à des groupes industriels et à des puissances agricoles dans le monde, n’a ni la volonté ni les moyens de se rénover, bien qu’il montre qu’il est toujours la référence et qu’il parvient à garder une audience chez les universitaires et dans les instances internationales », a-t-il expliqué.
Ce modèle, « qui laisse au bord de la route des millions de paysans dans le monde », tant dans les pays du Sud que dans ceux du Nord, est source d’instabilité et de coûts très élevés en énergie du fait des milliers de kilomètres parcourus entre les étapes de production, de transformation, de distribution.
Dans ces conditions, pour Jacques Lefort, les terroirs doivent se poser en alternatives pour contribuer à nourrir le monde, le modèle agro-industriel fournissant moins de la moitié de la nourriture mondiale.

Relocaliser les productions

Plusieurs voies méritent d’être explorées, selon le chercheur.
D’abord relocaliser les productions, les régions pouvant concourir davantage à l’alimentation des petites villes et des usines les plus proches. La promotion des modes culinaires locaux est une façon de rendre les marchés de proximité plus captifs.
Ensuite la labellisation des produits est un moyen d’identifier leur origine (IGP, Indication géographique protégée), leur origine et leur mode de production (AOP, Appellation d’origine protégée), leur qualité organoleptique (Label rouge), leur qualité environnementale (bio). « Tous ces modes de labellisation peuvent redonner confiance à des agriculteurs qui sont tentés d’abandonner leurs productions ».
Enfin, la labellisation des expériences. Ce domaine est en pleine expansion, comme l’a mis au jour le forum. Ainsi, Christine Nieuwenhuyse, directrice du bureau exécutif du Programme alimentaire mondiale (Pam), a indiqué que le Programme alimentaire mondial a acheté pour 1,25 milliard de dollars de produits alimentaires à des agriculteurs ou à des groupes d’agriculteurs de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie pour soutenir leurs marchés, à travers plus de mille organisations représentant 1,1 million d’agriculteurs.
Parviz Koohafkan, directeur de la division de l’eau et des terres à la FAO (Agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), a exposé les actions entreprises sous l’angle de la biodiversité à travers les Systèmes ingénieux des patrimoines agricoles mondiales (Sipam), qui « encouragent l’usage coutumier des ressources biologiques conformément aux pratiques culturelles traditionnelles qui sont compatibles avec la conservation ou de leur utilisation durable».
Stéphane Le Moing, chargé des relations internationales au ministère de l’Agriculture, représentant Bruno Le Maire, a encouragé l’association Terroirs & Cultures à ne pas se laisser piéger par ceux qui veulent « vous enfermer dans une position de passéiste » et qu’il est important que l’agriculture de terroir montre qu’elle est capable de s’adapter à un monde en évolution.
Le prochain forum des terroirs se tiendra à Dakar en novembre 2012, co-organisé avec le Réseau des organisations paysannes et de producteurs d’Afrique de l’Ouest (Roppa).

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