Pour aider les agriculteurs à faire face à la sécheresse, le fauchage des jachères comptabilisées comme surfaces d’intérêt écologique (SIE) a été autorisé dans 27 départements supplémentaires (60 au total). Et comme l’an passé, il a été autorisé pour les céréaliers. Les agriculteurs pourront demander de décaler au « 20 août » la date de début de présence obligatoire des cultures dérobées. Le taux des avances d’aides Pac versées en octobre a été augmenté.
Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a annoncé, dans un communiqué du 29 juillet, sa décision d’élargir à « 27 nouveaux départements » la dérogation permettant aux agriculteurs de valoriser leurs jachères comptabilisées comme surfaces d’intérêt écologique (SIE), pour cause de sécheresse. 60 départements sont désormais concernés par cette dérogation, prévue en cas de « force majeure ». Quelques jours plus tôt, la Commission européenne a accordé comme l’an passé que cette dérogation soit étendue aux céréaliers. Par ailleurs, les agriculteurs pourront demander de décaler au « 20 août » la date de début de présence obligatoire des cultures dérobées, ce qui leur sera accordé « en fonction de l’évolution de la situation climatique », selon le ministre.
Le 25 août, Bruxelles a donné son feu vert pour que Paris verse « un pourcentage plus élevé » des avances d’aides Pac « en matière de paiements directs et paiements au titre du développement rural ». Le taux des avances « a été augmenté à 70 % des montants finaux pour les aides directes (au lieu de 50 %) et à 85 % des montants finaux pour l’ICHN (au lieu de 75 %) ». Huit autres États membres de l’UE (Pologne, Espagne, Roumanie, Portugal, Lituanie, Finlande, République tchèque et Grèce) ont adressé des demandes similaires.
Didier Guillaume appelle le secteur à « faire preuve de solidarité » entre « les départements disposant de fourrages et ceux en pénurie ». Le dispositif de calamités agricoles sera activé « dès le bilan de la sécheresse 2019 connu ». À l’issue d’un rendez-vous avec le ministre de l’Agriculture le 29 juillet, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a salué des « avancées ».
La FNSEA demande des péages gratuits pour le transport de fourrage
Comme cela avait instauré en 2011, la FNSEA demande la gratuité des péages autoroutiers pour les transports de fourrages à destination des éleveurs touchés par la sécheresse, a expliqué la présidente du syndicat, à la sortie de ce rendez-vous.
Pour ce faire, la FNSEA demande que soit ré-installée, comme en 2011, une « cellule de coordination » intégrant les ministères de l’Agriculture, des Transports et de l’Intérieur, mais aussi les sociétés d’autoroute. Le syndicat souhaite que la gratuité profite au maximum aux échanges entre agriculteurs français et aux fourrages d’origine française. La présidente de la FNSEA a fait état d’importants flux d’importations de fourrage en provenance d’Espagne et d’Allemagne. En 2011, l’opération avait été pilotée par les chambres d’agriculture, qui délivraient des certificats aux transporteurs pouvant bénéficier de la gratuité.
Manque d’herbe dans près de la moitié des régions fourragères françaises
Le lendemain, le service de statistiques du ministère de l’Agriculture a fait paraître son bilan de la pousse des prairies selon des observations arrêtées au 20 juillet, soit quelques jours avant les pluies qui ont bénéficié à une large partie du territoire national.
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Didier Guillaume appelle le secteur à « faire preuve de solidarité »
Dans la norme en juin, la pousse cumulée des prairies permanentes françaises est devenue déficitaire de 11 % en juillet par rapport à la pousse de référence à la même période, observe Agreste dans sa note de conjoncture. « Le cumul de précipitations, déficitaire de 15 % en moyenne au plan national, combiné à des températures élevées puis caniculaires sur la dernière décade de juin ont stoppé la pousse d’herbe ».
Près de la moitié des régions fourragères sont déficitaires. Parmi elles, 21 % présentent un déficit important. Le Sud et le Centre sont les zones les plus touchées. L’Auvergne Rhône Alpes est la plus affectée : 46 % des régions fourragères y présentent un déficit important – pour l’Auvergne seule, ce taux monte à 67 %. La production cumulée d’herbe en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire, Occitanie et Paca est également déficitaire, de 17 % par rapport à la norme. A contrario, seules 7 % des régions fourragères nationales sont excédentaires, principalement en Bretagne et en Nouvelle-Aquitaine.
Viticulture : effets localisés de la canicule, installation progressive de la sécheresse
Outre des effets localisés de la canicule dans le Sud (Hérault, Gard et Aude) en viticulture, la sécheresse s’installe peu à peu sur le vignoble français, a indiqué Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer, le 29 juillet à Agra Presse. « On a un cumul de situations : d’une part les brûlures de vignes dues à la canicule, que le ministre de l’Agriculture a constatées dans l’Hérault, le Gard et l’Aude [lors de sa visite début juillet], d’autre part la sécheresse qui progresse, malgré quelques orages ». En général très localisés, ceux-ci « ne profitent pas vraiment à la végétation, parce que souvent, dans ce genre de cas, l’eau ruisselle », a-t-il ajouté.
Pommes de terre : les niveaux d’eau « de plus en plus préoccupants » en Europe
Dans presque toutes les zones de culture du NEPG (North-West European Potato Growers, Groupe des producteurs de pommes de terre du Nord-Ouest européen), la sécheresse et les niveaux d’eau (pour ceux qui ont le moyen d’irriguer) « sont de plus en plus préoccupants pour les producteurs », a indiqué le NEPG le 29 juillet. Lors des rencontres entre les différents pays du NEPG (France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Royaume-Uni), le niveau des nappes phréatiques, la chaleur et le manque de capacité d’irrigation sont les principaux sujets abordés. Les producteurs, mais aussi le marché à terme de la pomme de terre, éprouvent « la crainte que les cinq pays n’atteignent pas le rendement moyen ».