Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a annoncé, le 22 août, de nouvelles mesures visant à aider les agriculteurs touchés par la sécheresse, notamment concernant les obligations de semis de cultures intermédiaires. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan complet de la sécheresse, a-t-il convenu.
À l’occasion d’une conférence de presse le 22 août, le ministre de l’Agriculture a annoncé plusieurs mesures de soutien aux agriculteurs touchés par la sécheresse, dont la plus attendue concerne les semis des cultures intermédiaires qui ont été déclarées par les agriculteurs pour remplir leurs obligations de SIE (surfaces d’intérêt écologique). Marc Fesneau a annoncé qu’il ouvrait la possibilité de déroger individuellement à l’obligation de ces semis, à condition d’adresser une demande motivée aux services préfectoraux, et que celle-ci soit acceptée. Jusqu’ici, ces demandes d’exemption individuelle au titre des SIE n’existaient que pour l’obligation de levée. Ces derniers jours, la FNSEA plaidait pour une « dérogation générale » aux semis de SIE et Cipan. Un scénario qui aurait exposé la France à des procédures d’apurement des aides de la part de la Commission européenne, a assuré le ministre de l’Agriculture, revendiquant une attitude « pragmatique ».
La FNSEA avait par ailleurs demandé un assouplissement exceptionnel du régime des calamités agricoles, ce qui n’a pas été annoncé par le ministre, ainsi qu’une « levée des freins » à la constitution de réserves d’eau ; à ce sujet, le ministre n’a pas fait d’annonce précise, mais manifesté une volonté d’avancer dans cette direction. Dans un communiqué le 19 août, la Coordination rurale avait proposé des mesures similaires à la FNSEA, ajoutant une « aide à l’achat et au transport de paille et fourrage », une aide au re-semis, et la « bienveillance de l’INAO » sur les cahiers des charges… Sur ce dernier point, Marc Fesneau a assuré que le message avait été passé.
De son côté, la Confédération paysanne se distinguait en plaidant pour une « aide d’urgence forfaitaire par actif », une « priorisation de l’irrigation en période de restrictions pour les cultures vivrières et les cultures à forte valeur ajoutée en emplois », et "l’interdiction d’alimenter les méthaniseurs », listait le porte-parole national Nicolas Girod, contacté par Agra Presse à la veille des annonces. Aucune de ces demandes n’a été entendue.
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Trop tôt pour la décapitalisation
Au-delà des SIE, le ministre a présenté plusieurs mesures déjà mises en œuvre l’an passé, ou de droit commun. Comme depuis deux ans, les avances d’aides Pac versées le 16 octobre vont être gonflées : elles seront de 85 % pour l’ICHN (contre 50 % habituellement), et de 70 % pour les aides directes (50 % habituellement). L’enveloppe annuelle de dégrèvement de cotisations sociales sera mobilisée, à hauteur de 15 M€ à l’automne et 15 M€ au printemps. Enfin, le régime actuel des calamités sera opérationnel, et comme prévu par le code des impôts, des dégrèvements de TAFNB seront opérés « après détermination d’un taux de perte par zone géographique et par production ».
Avant ces annonces, le ministre de l’Agriculture avait dressé un premier état des lieux des dégâts de la sécheresse sur la ferme France, rappelant des chiffres déjà connus en grandes cultures, arboriculture et prairies (voir ci-après), et soulignant qu’il était encore trop tôt pour évaluer d’éventuels phénomènes de décapitalisation du cheptel bovin. « À date, nous n’avons pas d’éléments sur la décapitalisation, plutôt des inquiétudes. Le risque est devant nous », a répondu Marc Fesneau, interrogé sur le sujet. En cas de sécheresse estivale, ce type de phénomène, dû aux manques de trésorerie et de fourrage, s’observe généralement plus tard dans l’année, a-t-il rappelé.
De même, le ministre s’est dit attentif à un risque de perte de fonds sur certaines productions de fruits rouges, comme le cassis ou la framboise. Enfin, des estimations sont encore attendues pour deux cultures de printemps : en pomme de terre, où de premiers chiffres doivent être publiés dans les prochains jours, qui s’annoncent très mauvais, selon les professionnels. Quant à la culture de betterave, les premiers bilans ne sont pas attendus avant mi-septembre.