FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie européenne de l’alimentation et des boissons, vient de mettre à jour sa "boîte à outils acrylamide", une méthode visant à réduire la teneur de cette substance présente notamment dans les frites ou le café et qui a été reconnue comme potentiellement cancérogène.
FoodDrinkEurope, le lobby de l’industrie européenne de l’alimentation et des boissons, vient de mettre à jour sa "boîte à outils acrylamide", une méthode visant à réduire la teneur de cette substance présente notamment dans les frites ou le café et qui a été reconnue comme potentiellement cancérogène.
La 15e édition de la « boîte à outils acrylamide » intègre, selon FoodDrinkEurope (FDE), les derniers développements et connaissances scientifiques sur la transformation industrielle des aliments. Elle représenterait même, « la collection la plus complète de connaissances sur la formation et l’atténuation de l’acrylamide dans une variété de denrées alimentaires ». Reflétant plus de 15 ans de coopération entre l’industrie agroalimentaire et les autorités nationales de l’Union européenne, elle montre, selon une porte-parole de FDE, « l’engagement permanent de l’industrie à étudier les voies de formation de l’acrylamide et les interventions possibles visant à réduire l’exposition des consommateurs aux risques soulevés par l’acrylamide ». Une substance chimique qui se forme au moment de la cuisson à haute température de certains aliments riches en amidon et en asparagine (acide aminé) et qui a été reconnue comme cancérogène avérée pour l’animal et possible pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Cette nouvelle version de la boîte à outils décrit les différentes étapes d’intervention qui peuvent prévenir et réduire la formation d’acrylamide dans des catégories de produits spécifiques. Parmi les changements clés de cette 15e édition figure notamment une distinction plus approfondie entre les outils applicables aux collations à base de pommes de terre et ceux applicables aux frites. En raison des différences dans la transformation et les caractéristiques des produits finis, les experts de l’industrie expliquent que « l’on ne peut s’attendre aux mêmes résultats d’atténuation pour différentes catégories de produits et que dès lors ceux-ci ont été ajustés de façon appropriée ». Autre modification par rapport aux autres versions précédentes : le café et les succédanés du café (principalement à base de céréales et de chicorée) sont maintenant deux catégories distinctes, ce qui permettrait une désignation plus précise des mesures d’atténuation de la présence d’acrylamide dans les aliments.
La section sur les « méthodes d’analyse et d’échantillonnage » a quant à elle été réécrite afin d’examiner plus à fond les questions entourant l’incertitude des mesures. De leur côté, les exigences pertinentes en matière d’analyse du récent règlement de la Commission européenne sur l’acrylamide (n° 2158/2017 établissant des mesures d’atténuation et des teneurs de référence pour la réduction de la présence d’acrylamide dans les denrées alimentaires) et les travaux de normalisation du Comité européen de normalisation (CEN) sur les méthodes d’analyse de l’acrylamide dans certaines denrées alimentaires ont également été incluses dans la nouvelle boîte à outils.
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Le porte-voix de l’industrie agroalimentaire de l’UE estime que compte tenu du large éventail de catégories de produits, de processus et de facteurs à prendre en compte dans les matières premières utilisées dans les produits alimentaires, « la boîte à outils peut aider les fabricants individuels, y compris les PME disposant de ressources limitées en R&D, à évaluer les étapes de l’intervention qui peuvent être les plus utiles ». Cependant, le lobby de l’industrie agroalimentaire européenne se veut précautionneux en soulignant que la boîte à outils ne doit pas être considérée comme un manuel normatif ou un guide officiel. Elle doit être perçue comme un "document vivant" avec un catalogue de concepts testés à différents stades des essais, lequel serait mis à jour au fur et à mesure que de nouveaux résultats seront communiqués. De plus, ajoute-t-il, elle pourrait fournir des pistes utiles dans les secteurs voisins tels que la restauration collective, le commerce de détail, les restaurants et la cuisine domestique.
Les consommateurs pour la baisse obligatoire des teneurs de référence
En avril 2018 est entré en vigueur le règlement 2158/2017 sur l’acrylamide qui a fixé des valeurs de référence par catégorie d’aliments (chips de pommes de terre, frites, biscuits, etc.). Dix associations de consommateurs de l’UE – dont Que Choisir en France – ont décidé d’analyser la teneur en acrylamide de plus de 500 aliments consommés quotidiennement pour vérifier si le règlement était bien respecté. Comme les conclusions de ces analyses n’ont pas été rassurantes, ces organisations ont donc demandé à la Commission européenne de renforcer la réglementation en vigueur. Les préoccupations portent notamment sur les biscuits industriels : un tiers des échantillons ont révélé des teneurs en acrylamide atteignant ou dépassant les valeurs recommandées. Des résultats d’autant plus préoccupants que ce sont les enfants de moins de trois ans qui consomment souvent ces produits. Par ailleurs, 13 % des aliments pour bébés, près de 8 % des chips ainsi que 3 % des frites ne respectaient toujours pas les normes recommandées. Les tests ont montré également que les chips de carottes, de betteraves ou encore de panais – souvent perçus comme des alternatives plus saines – contiennent deux fois plus d’acrylamide que celles à base de pommes de terre. Raisons pour lesquelles Monique Goyens, directrice du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), a demandé à la Commission européenne de réduire les teneurs de référence actuelles et, surtout, de les rendre contraignantes pour les industriels.