En 2018, l’Agence belge de la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a rappelé trois fois plus de produits alimentaires qu’en 2017. Une hausse qu’elle explique par des contrôles plus stricts et plus ciblés mais qui ne convainc qu’à moitié l’Association belge des consommateurs Tests-Achats.
Durant l’année 2018, l’Agence belge de la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a procédé à 171 rappels de produits alimentaires, soit une hausse de plus de 220 % par rapport à 2017, année durant laquelle l’Agence n’avait effectué que 53 rappels (tout comme en 2016). Et les quatre premiers mois de 2019 confirmeraient cette tendance avec déjà 62 rappels et avertissements, rien qu’entre les mois de janvier et de mars (1). Parmi les 171 rappels de produits en 2018, 78 cas concernaient un risque microbiologique (par exemple de la viande de bœuf renfermant la bactérie E. Coli), 61 un risque chimique (traces de pesticides sur des fruits) et 32 un risque physique (présence possible de bris de verre dans de la mousseline de pomme par exemple). Si le nombre de rappels a fortement augmenté, celui des avertissements (signal qu’une substance provoquant une allergie ou une intolérance a été détectée dans un produit et qu’elle n’est pas mentionnée sur l’étiquette) a suivi une trajectoire comparable passant de 24 cas en 2017 à 49 en 2018, soit une hausse de plus de 100 %.
Paradoxalement, le taux de conformité des aliments testés par l’Afsca est resté stable d’année en année. Oscillant autour de 96 % entre l’année 2016 et 2018, ce taux flatteur a permis aux responsables – non seulement de l’Afsca mais également des secteurs de la distribution et de la production – d’affirmer que l’augmentation du nombre de rappels ne signifie aucunement un recul de la qualité ou de la sécurité des produits alimentaires et des boissons belges.
Pour l’Afsca, la forte augmentation des rappels est surtout liée aux exigences renforcées en matière de communication du secteur de la distribution en direction des consommateurs. L’Agence belge ajoute à cela d’autres éléments, notamment l’augmentation des alertes de l’Union européenne avec le système Rasff (Rapid Alert System for Food and Feed) (2) ainsi que l’amélioration des systèmes d’autocontrôle des entreprises alimentaires, très soucieuses de redorer leur image après une série de scandales alimentaires comme celui de Veviba (falsification de renseignements sur la date de congélations de viandes) et des œufs contaminés au fipronil.
Ces arguments laissent quelque peu sur leur faim les responsables de l’Association des consommateurs, Test-Achats. Ces derniers auraient aimé que l’Afsca procède à une analyse dans le détail de cette explosion des rappels de produits en 2018 et qu’elle en donne une explication plus convaincante. D’autant plus, rappelle l’association, que le coût moyen d’un rappel de produit tourne allègrement autour de 500 000 euros… sans compter le préjudice en termes d’image que cela entraîne pour les entreprises alimentaires.
eront publiés qu’à la fin de ce mois de juin dans le rapport annuel 2018 de l’Afsca. Les données qui ont fuité ces derniers jours dans la presse ont été communiquées par l’Afsca lors d’un comité de concertation confidentiel qui a réuni autour des responsables de l’Afsca, en mars 2019, les représentants de l’industrie alimentaire, de la distribution, des producteurs, des associations de consommateurs et des syndicats.
(2) Le Rasff permet un échange rapide et efficace 24 h sur 24 d’informations entre les États membres et la Commission européenne lorsqu’un risque pour la santé humaine est détecté dans la chaîne alimentaire humaine ou animale.
Trois questions à Stéphanie Maquoi, Porte-parole de l’Afsca
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De 53 rappels de produits en 2017, on passe à 171 rappels en 2018: comment expliquez-vous une telle inflationpar rapport aux années antérieures ?
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Quels types de produits ont fait le plus souvent l'objet de rappel, quelle est la part des produits alimentaires belges rappelés par rapport aux produits importés d'Europe ou de pays tiers ?
Les problématiques à l’origine des rappels de produits sont stables d’année en année : microbiologique (45%), chimique (36%) et physique (19 %). 44% des rappels ont pour origine la notification obligatoire ; 24 % font suite à une alerte via le système Rasff, 19 % suite à un contrôle de l’Afsca, 10 % via une notification européenne (2 % autres et 1% plainte). Comme les contrôles sont basés sur le risque, dès qu’un certain danger est identifié, l'Afsca et/ou le système d'autocontrôle de l'exploitant procèdent généralement à des contrôles supplémentaires. Ce fut le cas, par exemple, pour les baies de goji. En avril dernier, l'Afsca a publié un communiqué de presse en réponse à quatre rappels de produits de différents lots et marques de baies de goji après qu'un dépassement de la norme pour certains résidus de pesticides dans ces baies a été établi. En conséquence, l'Afsca a augmenté le nombre de contrôles sur ce produit, généralement importé de Chine.
Devant une telle explosion des rappels de produits, peut-on encore faire une confiance aveugle aux auto-contrôles de l'industrie ?
L’Afsca réalise en moyenne 200 échantillons par jour et les résultats montrent que 96,4% de ces échantillons sont conformes aux normes légales. De leur côté, les entreprises effectuent chaque jour des analyses (voire des dizaines, en fonction de leur activité et de leur taille). Donc, il faut aussi remettre en perspective ces 171 rappels, par rapport notamment aux nombres d’échantillons prélevés chaque jour à l’échelle de la Belgique. Par rapport à l’autocontrôle : les entreprises sont légalement tenues de disposer d'un système d'autocontrôle efficace. Ces systèmes d’autocontrôle sont également contrôlés (par l’Afsca mais aussi via des audits externes). Maintenant, si l’entreprise, via son auto-contrôle, a des raisons de penser qu’un produit peut porter atteinte à la sécurité alimentaire, elle doit non seulement prendre des mesures correctrices, mais elle est aussi légalement tenue d’informer l’Afsca. C’est ce qu’on appelle la notification obligatoire. C’est un principe européen mais, en Belgique, nous allons un pas plus loin puisque cette notification obligatoire est également valable pour les laboratoires, organismes d’inspection ou de certification, dans le cas où l’entreprise ne prendrait pas ses responsabilités. En outre, les entreprises communiquent mieux et plus rapidement avec le consommateur, ce qui peut être considéré comme une tendance positive.
Propos recueillis par Aziz Ben Marzouq