Le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) a passé en revue le bilan de la Commission européenne sortante, en matière de sécurité des aliments. S’il reconnaît des avancées certaines dans la bonne direction, le Beuc demande dans le même temps à la future Commission de continuer dans cette voie.
À trois mois environ de la prise de fonction de la prochaine Commission européenne, le Beuc a passé en revue le bilan de la Commission sortante en matière de sécurité des aliments ainsi que les défis qui attendent le futur collège européen. Parmi ces défis figurent par exemple celui de l’acrylamide, cette substance chimique qui se forme dans les aliments riches en amidon au cours des processus de cuisson à haute température (friture, cuisson au four mais aussi transformation industrielle à plus de 120° C) et qui est reconnue comme cancérogène pour l’animal et possible pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Le lobby des consommateurs estime que, si les nouvelles mesures concernant l’acrylamide et les acides gras trans (AGT) constituent un premier pas dans la bonne direction (1), l’UE devrait en revanche renforcer ces règles pour mieux protéger les consommateurs, en particulier les plus jeunes. Selon lui, les repères pour ce contaminant doivent être abaissés et rendus contraignants pour les producteurs d’aliments.
Comme on sait, le règlement sur l’acrylamide entré en application depuis avril 2018, suite à un avis de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), établit des mesures d’atténuation et des teneurs de référence pour la réduction de la présence d’acrylamide dans les denrées alimentaires. De leur côté, des associations de consommateurs européennes (dont le Beuc et plusieurs associations françaises) ont testé plus de 500 denrées alimentaires connues pour contenir de l’acrylamide (chips, biscuits, café et céréales pour le petit déjeuner notamment). Ce sont particulièrement les biscuits et gaufrettes qui ont posé problème, avec un tiers des échantillons dont les teneurs en acrylamide atteignent ou dépassent les valeurs indicatives. Le Beuc avait alors demandé à la Commission de réduire les teneurs indicatives en acrylamide et à les rendre contraignantes tout en fixant par ailleurs des teneurs indicatives pour les chips de légumes, dans la mesure où les tests avaient montré qu’en moyenne, les chips de carottes, de betteraves ou encore de panais – souvent perçues comme des alternatives plus saines – contenaient deux fois plus d’acrylamide que les versions à base de pomme de terre.
D’autres tests effectués par des groupes de consommateurs ont montré par ailleurs que certains produits alimentaires tels que la margarine, en particulier en Europe de l’Est, continuent à contenir des niveaux élevés d’AGT (jusqu’à 20 gr dans certains cas). Ces acides se forment lors du chauffage et de la cuisson des huiles végétales à haute température que ce soit au cours de procédés industriels de transformation ou lors de l’utilisation domestique de ces huiles. Une consommation excessive de ces AGT est associée à une augmentation du risque cardiovasculaire. Mais jusqu’ici la Commission a préféré faire la sourde oreille sur ces demandes.
Manque de ressources financières et humaines
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Parmi les autres dossiers sur lesquels le Beuc souhaiterait des avancées plus concrètes figure aussi celui des capacités des autorités chargées des contrôles alimentaires. Il estime que les États membres devraient impérativement allouer des ressources suffisantes à ces autorités en rappelant notamment qu’un audit de la Cour des comptes de l’UE de janvier 2019 avait montré que les États membres tendent à concentrer leurs contrôles sur les résidus de pesticides, les médicaments vétérinaires et les contaminants (des produits ajoutés de façon non intentionnelle), mais ne couvrent pas toujours certains ingrédients réglementés, comme les additifs, les arômes alimentaires et les enzymes. Tout cela par manque de ressources financières et humaines.
Concernant les additifs alimentaires, le lobby des consommateurs souligne que le dioxyde de titane (E 171) doit être interdit et rappelle, qu’avec d’autres organisations de consommateurs, il avait réclamé en mai 2019 à la Commission européenne d’étendre l’interdiction française de cet additif dans toute l’Union. Elle devrait, selon lui, appliquer le principe de précaution et proposer de supprimer l’E171 de la liste communautaire des additifs alimentaires autorisés. Celui-ci est largement utilisé dans une vaste gamme d’aliments, y compris la confiserie, la boulangerie et les sauces. Il consiste en un mélange de particules de tailles différentes, dont une fraction nanométrique. En raison de leur taille extrêmement petite, les nanoparticules peuvent traverser les barrières protectrices de l’organisme et pénétrer dans le foie, les poumons ou les intestins. À titre de rappel, le 17 avril 2019, la France a annoncé qu’elle avait adopté un décret visant à suspendre la mise sur le marché français de denrées alimentaires contenant le dioxyde de titane à compter du 1er janvier 2020. Le décret a ensuite été notifié à la Commission européenne. Il est toujours en cours d’analyse. Le Beuc considère enfin que les règles concernant les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments devraient être revues car elles ne protègent pas suffisamment les consommateurs contre les produits chimiques dangereux qui migrent des emballages vers les aliments.
(1) Depuis le 11 avril 2018, un règlement communautaire exige que les fabricants d’aliments réduisent l’acrylamide cancérigène dans les chips, les biscuits et autres féculents cuits à haute température. Les aliments transformés (biscuits, pizzas et gaufrettes) doivent être exempts d’acides gras trans (AGT) obstruant les artères. À partir de 2021, les fabricants d’aliments devront réduire la quantité d’AGT produits industriellement à moins de 2 g pour 100 gr de gras.