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Sécurité alimentaire : Paris précise les contours de l’initiative Farm

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Pour prévenir les effets collatéraux de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale, l’initiative Farm (Food and agricultural resilience mission) lancée le 24 mars par le président français Emmanuel Macron, repose sur trois piliers : commercial, solidarité et production. Il s’agit d’une « approche multilatérale » qui doit rassembler différents acteurs (États, organisations internationales, secteur privé et société civile).

À la suite du lancement du programme Farm (Food and agricultural resilience mission ou mission de résilience alimentaire agricole) par Emmanuel Macron, lors du Sommet extraordinaire du G7 le 24 mars, Paris en a précisé les principaux objectifs lors d’un briefing presse le 31 mars. En raison de la guerre en Ukraine, cette initiative (en cours de préparation) qui vise à garantir la sécurité alimentaire pour les pays les plus vulnérables repose sur trois piliers. D’abord un pilier "commercial" « pour fluidifier les marchés, apaiser les tensions en garantissant l’ouverture et en limitant à la fois les restrictions à l’exportation et la détention de stocks publics », explique la France. Avant de préciser qu’« il sera crucial que tous les États s’engagent à être pleinement transparents sur le niveau de leurs stocks et sur les prix pratiqués ».

Pilier solidarité

Un second pilier "solidarité" devra soutenir les capacités agricoles ukrainiennes, assurer un accès à prix raisonnable aux denrées agricoles dans les pays les plus touchés, et préparer à pallier les effets de la guerre sur le niveau de production agricole, ajoute l’Élysée. À cette fin, un mécanisme de préparation aux crises alimentaires sera mis en place, à travers lequel « des réunions seront organisées entre États et spécialistes de la réallocation de denrées alimentaires dans les pays les plus vulnérables que sont ceux du PAM (Programme alimentaire mondial) pour identifier les besoins réels des pays vulnérables et apporter ensuite des réponses spécifiques et adaptées ». Dans ce cadre, Paris explique qu’« il faudra à la fois s’assurer que les marchés fonctionnent bien pour les pays les plus vulnérables et que le PAM soit en capacité de s’approvisionner et de livrer dans les pays concernés ». Avant de souligner l’importance « d’engager un vrai dialogue avec les exportateurs qui pour certains, peuvent travailler sur leurs marges et augmenter éventuellement leur production ou alors mobiliser des stocks importants qui existent », citant l’Inde où les stocks de céréales sont très importants. La France précise aussi que « ce mécanisme va requérir des financements. Le PAM étant aujourd’hui sous-financé, Farm sera l’occasion d’attirer l’attention des pays donateurs sur le besoin, en particulier sur la sécurité alimentaire ».

Pilier production

Enfin, un pilier "production" consistera à « investir où cela est nécessaire » pour renforcer les capacités agricoles de manière durable dans les pays les plus concernés. Au sein de toutes les régions vulnérables issues des pays d’Afrique subsaharienne, explique l’Élysée, « la marge pour augmenter la productivité de l’agriculture est importante, dans le respect évidemment de l’agenda climatique et de biodiversité afin que les pays africains soient en capacité de produire dans la durée ». Avant d’ajouter que « l’initiative lancée en février lors du sommet UE-UA en faveur des protéines végétales ou encore la Grande Muraille verte qui est un programme de lutte contre la désertification, répondent précisément aux préoccupations liées à la sécurité alimentaire ». « Sur ce pilier, il s’agit de profiter de cette période pour catalyser les investissements, monter en puissance avec les grands partenaires internationaux comme la Banque mondiale, le Fida (Fonds international de développement agricole) et un certain nombre d’acteurs tels que des banques régionales de développement pour investir massivement », souligne encore Paris. L’initiative Farm aura également, ajoute l’Élysée, « pour objectif de s’assurer que l’Ukraine ait accès aux intrants tels que les semences mais aussi du carburant pour les tracteurs ou encore des pièces détachées ».

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Réunis autour de la mise en œuvre de l’initiative Farm le 5 avril, les ministres français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, de l’Agriculture, Julien Denormandie, et du commerce extérieur, Franck Riester, ont rappelé qu’ « il s’agissait avant tout d’une approche multilatérale et inclusive dans laquelle les différents acteurs internationaux, organisations internationales, représentants du secteur privé et de la société civile auront pleinement leur place ».

Guerre en Ukraine : menace d’une crise alimentaire sans précédent

En raison de la guerre en Ukraine, le Programme alimentaire mondial a alerté le 4 avril, « contre l’imminence d’une crise alimentaire dans les régions affectées par le conflit et contre des risques de famine aggravée dans le monde en raison de l’interruption de la production et des exportations de produits comme les céréales ». « La crise alimentaire mondiale pourrait ainsi atteindre des niveaux jamais vus auparavant », s’est alarmé son directeur David Beasley. De son côté, la FAO a indiqué dans une note sur l’impact de la guerre sur la sécurité alimentaire en Ukraine publiée le 25 mars, que « malgré une très bonne récolte en 2021, le conflit, s’il était amené à perdurer, pourrait menacer la sécurité alimentaire de nombreux ménages ruraux surtout pour ceux qui n’ont pas de stocks ou d’autres ressources, qui possèdent de petites propriétés foncières ou qui n’ont pas de soutien financier principal, y compris un grand nombre de personnes handicapées, veuves ou âgées ».