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Phytos Ségolène Royal veut interdire totalement l'épandage aérien de pesticides

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La ministre Ségolène Royal s'est engagée le 26 mai à signer un arrêté interdisant l'épandage aérien de pesticides, alors que la Direction générale de l'Alimentation (DGAL) a maintenu des dérogations pour certains agriculteurs. « Moins de 1 % des surfaces de maïs en 2012 » ont bénéficié de telles dérogations et « aucune en 2013 », d'après Maiz'europ'.

DANS un communiqué, la ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie a indiqué qu'elle « signera dans les meilleurs délais (...) un arrêté interdisant l'épandage aérien de pesticides pour l'ensemble des cultures qui pouvaient bénéficier d'une dérogation ». Une note de la DGAL du 20 mai autorise certains agriculteurs à procéder à des épandages aériens, en dépit de la décision du 6 mai du Conseil d'État de supprimer toutes les dérogations.

Ségolène Royal a précisé que cette interdiction devrait intervenir « sans délai pour le maïs doux, maïs pop-corn et bananes ; dans 18 mois pour quelques cultures spécifiques de riz et de certains vignobles, pour lesquels il est nécessaire de trouver une alternative garantissant la sécurité des utilisateurs ».

Les dérogations précisées par la DGAL

L'épandage aérien est théoriquement interdit sur le territoire, mais des dérogations sont possibles dans certains cas. Le Conseil d'Etat, saisi par des associations environnementales basées en Guadeloupe, a suspendu toute dérogation, jugeant notamment qu'il y avait un « doute sérieux » sur la légalité de l'arrêté les autorisant, dans l'attente d'une décision sur le fond.

Mais, dans une note datée du 20 mai, la DGAL précise les modalités d'application de cette décision. Et il en ressort que toutes les dérogations accordées avant le 6 mai 2014 restent valides. En revanche, « aucun autre épandage, sauf cas d'extrême urgence et absolue nécessité » ne sera accordé. « L'extrême urgence pourrait être qualifiée au vu du constat d'un danger ne pouvant être maîtrisé par d'autres moyens lorsque la hauteur des végétaux ou la pente ou le dévers des parcelles ou la portance des sols, rendent totalement impossible le traitement des cultures par voie terrestre », précise encore la DGAL.

Un projet « irréaliste et inapplicable », d'après la CR

LA Coordination rurale (CR) a dénoncé le 28 mai l'engagement pris par Ségolène Royal d'interdire totalement les épandages aériens de pesticides, y voyant un projet « irréaliste et inapplicable ». Le syndicat « s'inquiète vivement de cette interdiction qui, au-delà d'un apparent mépris du métier d'agriculteur et de ses contingences (...), révèle une complète déconnexion des réalités de la production agricole », selon un communiqué. Une telle décision mettrait « dans l'impossibilité de produire » les viticulteurs dont les vignobles sont en pente forte, ainsi que les riziculteurs, « pour lesquels le passage d'engins mécaniques est impossible ». L'interdiction « précipiterait aussi les producteurs de maïs des zones exposées à la pyrale vers les variétés OGM », estime le syndicat. Dans ces conditions, la CR « appuie sans aucune réserve » une proposition de loi déposée le 14 mai visant à « suspendre toute disposition qui conduirait les producteurs dans une impasse technique et qui mettrait donc en danger les récoltes à venir ».

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L'engagement de la filière maïs

Dans une lettre adressée le 27 mai à Ségolène Royal, la collective Maiz'europ' se dit « surprise » de l'annonce faite par la ministre. « La filière s'est engagée dès 2013 à ne plus recourir aux demandes de dérogations en maïs grain et semence », écrivent Christophe Terrain, président de l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs), et Jean-Paul Lataste, président de la section Maïs doux. D'après eux, « moins de 1 % des surfaces de maïs en 2012 » ont bénéficié de telles dérogations pour des épandages aériens et « aucune en 2013 ». Maiz'europ' appelle, dans son courrier, à « ne pas interdire la gestion d'évènements exceptionnels (aléas climatiques ou sanitaires) ».

Débat autour des produits phytosanitaires

Le dossier de l'épandage aérien est, depuis de nombreux mois, l'objet d'un âpre débat entre les associations de défense de l'environnement et les producteurs de banane des Antilles, qui demandent d'avoir les moyens de lutter contre la prolifération de champignons parasites et notamment la cercosporiose noire qui attaque les feuilles de bananiers.

Mais d'une manière plus générale, les modalités d'épandage des produits phytosanitaires font de plus en plus débat en France. Le ministère de l'Agriculture a notamment annoncé que les épandages de certains produits chimiques jugés dangereux pour les abeilles seraient d'ici trois ou quatre mois interdits le jour pour protéger la santé des colonies.

Par ailleurs, l'épandage mi-mai d'un fongicide sur des vignes à proximité d'une école en Gironde qui a provoqué des malaises parmi des élèves et une enseignante, a suscité une vive émotion. À la suite de cet épisode, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal a promis d'annoncer « très prochainement », avec son collègue de l'Agriculture, une interdiction des épandages de produits phytosanitaires « à moins de 200 mètres des écoles ».